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Questions & Réponses

Réponses aux questions : 1 - Le Taqlid et l'abandon de l'avis d'un Mujtahid pour un autre 2 - La réalisation de plus d'une valeur dans une seule action

July 09, 2014
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(Série de réponses du grand savant Ata bin Khalil Abu al-Rashta, Émir du Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook "Jurisprudence et Pensée")

À : Hijazi Shaheen

Question :

Assalamu Alaikum wa Rahmatullahi wa Barakatuh,

Premièrement... qu'Allah illumine votre vue et votre clairvoyance... qu'Il fortifie vos mains et vous accorde la victoire.

J'ai plusieurs questions importantes concernant les livres du Parti, étant moi-même un fils du Parti, et j'espère que vos réponses apaiseront les cœurs comme vous nous y avez habitués.

1- Il est mentionné dans le livre Le Système de l'Islam (Nidham al-Islam) : « Et le muqallid, s'il a suivi (qallada) certains mujtahids concernant la règle d'un événement donné et a agi selon sa parole, il ne lui est absolument plus permis de s'en détourner pour un autre concernant cette même règle par la suite. »

Le mot « absolument » (mutlaqan) ici ne me semble pas correspondre à ce que nous avons appris, à savoir que lorsque nous réalisons une erreur, nous la délaissons pour ce qui est correct. Qu'en est-il si j'ai suivi un cheikh et qu'il m'apparaît plus tard qu'il est un pervers ou un hypocrite ? Dois-je rester sur mon suivi (taqlid) ? Si je réalise que ce mujtahid que j'ai suivi était faible, dois-je continuer à le suivre ? S'il m'apparaît, par exemple, que celui dont j'ai pris l'interdiction d'une chose s'appuyait sur un hadith très faible... dois-je rester sur ce que j'ai pris de lui ?!

2- Il est également mentionné dans le livre Le Système de l'Islam qu'il est permis au mujtahid de renoncer à son avis pour l'intérêt des musulmans, comme cela s'est produit avec Uthman lors de son allégeance (bay'ah). Je souhaiterais connaître les sources de ce récit car, en le cherchant, je n'ai pas trouvé sa validation, mais j'ai lu qu'il n'était pas authentique. Existe-t-il d'autres versions authentiques ? Avec, si vous le permettez, la preuve du consensus des Compagnons (Ijma as-Sahaba) sur la permission du taqlid.

3- Pouvons-nous réaliser plus d'une valeur (qimah) à travers une seule action ? Par exemple, si j'étudie une science précise en visant l'agrément d'Allah et un gain matériel ? Fin.

Réponse :

(Wa Alaikum Assalam wa Rahmatullahi wa Barakatuh)

Premièrement : Le sujet du Taqlid. Avant de répondre à votre question sur le mot « absolument », je vous rappelle ce qui suit :

1- Les preuves de la permission du Taqlid proviennent du Livre (le Coran) et du consensus des Compagnons :

Quant au Livre, c'est la parole du Très-Haut :

فَاسْأَلُوا أَهْلَ الذِّكْرِ إِنْ كُنْتُمْ لَا تَعْلَمُونَ

"Demandez donc aux gens du Rappel si vous ne savez pas." (Sourate An-Nahl [16]: 43)

Le Seigneur, qu'Il soit glorifié, a ordonné à celui qui n'a pas de science d'interroger celui qui est plus savant que lui. Le verset dit :

وَمَا أَرْسَلْنَا مِنْ قَبْلِكَ إِلَّا رِجَالًا نُوحِي إِلَيْهِمْ فَاسْأَلُوا أَهْلَ الذِّكْرِ إِنْ كُنْتُمْ لَا تَعْلَمُونَ

"Nous n'avons envoyé avant toi que des hommes à qui Nous faisions des révélations. Demandez donc aux gens du Rappel si vous ne savez pas." (Sourate An-Nahl [16]: 43)

Le mot « demandez » est venu de manière générale, c'est-à-dire demandez pour savoir qu'Allah n'a envoyé aux nations précédentes que des êtres humains ; cela concerne la connaissance et non la foi. Et bien que les « gens du Rappel » mentionnés dans le verset désignent à l'origine les Gens du Livre, le propos est général et englobe tous les gens de savoir. Les musulmans sont des gens du Rappel car le Coran est un Rappel (Dhikr), le Très-Haut a dit :

وَأَنْزَلْنَا إِلَيْكَ الذِّكْرَ لِتُبَيِّنَ لِلنَّاسِ مَا نُزِّلَ إِلَيْهِمْ

"Et vers toi, Nous avons fait descendre le Rappel, pour que tu exposes clairement aux gens ce qu'on a fait descendre pour eux." (Sourate An-Nahl [16]: 44)

Ceux qui connaissent les règles légales (ahkam shar'iyyah) font partie des gens du Rappel, qu'ils les connaissent par voie d'Ijtihad ou par voie de transmission (talqi). Le muqallid (celui qui suit) ne fait qu'interroger sur la règle légale d'une ou plusieurs questions.

Quant au consensus des Compagnons (Ijma as-Sahaba), il est authentifié qu'Umar a dit à Abou Bakr : « Notre avis suit ton avis ». Il est aussi authentifié qu'Umar, lorsqu'il ne trouvait pas dans le Coran ou la Sunna de quoi trancher un litige, regardait s'il existait un jugement d'Abou Bakr, et s'il en trouvait un, il jugeait selon celui-ci. Il est également authentifié qu'Ibn Mas'ud (qu'Allah soit satisfait de lui) adoptait l'avis d'Umar. Tout cela se passait au vu et au su des Compagnons lors de multiples incidents sans qu'aucun ne s'y oppose ; c'était donc un consensus tacite (sukuti). De même, le sujet de l'allégeance de Uthman (qu'Allah soit satisfait de lui), par son acceptation de la condition de suivre (taqlid) Abou Bakr et Umar... que lui a demandée Abdurrahman bin Awf, s'est fait devant une assemblée de Compagnons sans dénégation. C'est un consensus des Compagnons sur la permission pour un mujtahid de suivre un autre mujtahid, et cela est, à plus forte raison, permis pour celui qui n'est pas mujtahid.

2- De plus, quiconque suit autrui est un muqallid ; l'essentiel est le fait de suivre autrui. Ainsi, pour connaître la règle légale, il existe deux types de personnes : le mujtahid et le muqallid, et il n'y en a pas de troisième. En réalité, soit l'homme adopte ce qu'il a lui-même atteint par son ijtihad, soit il adopte ce qu'autrui a atteint par son ijtihad. Par conséquent, tout ce qui n'est pas un mujtahid est un muqallid, peu importe son type : que ce muqallid soit un « suiveur » (muttabi'), c'est-à-dire qu'il suive le mujtahid en connaissant sa preuve, ou qu'il soit un homme du commun ('ammi), c'est-à-dire qu'il suive le mujtahid sans connaître sa preuve, mais par simple confiance en lui... Et le mujtahid a le droit de suivre d'autres mujtahids pour toute question sur laquelle il n'a pas encore fait d'ijtihad. Il est alors un muqallid dans cette question précise, car l'ijtihad est une obligation de suffisance communautaire (fard al-kifayah) et non une obligation individuelle (fard 'ayn). S'il connaît déjà la règle légale d'une question, il ne lui est pas obligatoire de faire un ijtihad, mais il peut soit le faire, soit suivre un autre mujtahid.

3- Si le mujtahid a effectué un ijtihad sur une question, il ne lui est pas permis de suivre un autre mujtahid à l'encontre de ce que son propre ijtihad a produit. Il ne lui est pas permis de délaisser sa conviction ou d'arrêter d'agir selon sa conviction dans cette question, sauf dans quatre cas :

Premier cas : S'il lui apparaît que la preuve sur laquelle il s'est basé dans son ijtihad est faible, et que la preuve d'un autre mujtahid est plus forte que la sienne. Dans ce cas, il doit immédiatement délaisser le jugement issu de son ijtihad et adopter le jugement dont la preuve est plus forte.

Deuxième cas : S'il lui apparaît qu'un autre mujtahid est plus apte à lier les textes, ou mieux informé de la réalité, ou qu'il a une compréhension plus forte des preuves, ou une meilleure connaissance des preuves textuelles, etc., et qu'il estime en lui-même que cet autre est plus proche de la vérité dans la compréhension d'une question donnée ou des questions en général. Il lui est alors permis de délaisser le jugement issu de son propre ijtihad pour suivre ce mujtahid.

Troisième cas : Que le Calife adopte une règle qui contredit le jugement issu de son ijtihad. Dans ce cas, il doit obligatoirement délaisser la pratique issue de son ijtihad pour agir selon la règle adoptée par l'Imam, car le consensus des Compagnons s'est établi sur le fait que « l'ordre de l'Imam lève la divergence » et que son ordre est exécutoire pour tous les musulmans.

Quatrième cas : Qu'il y ait une opinion sur laquelle on souhaite unir la parole des musulmans pour leur intérêt. Dans ce cas, il est permis au mujtahid de délaisser ce que son ijtihad a produit pour adopter l'avis visant l'unité des musulmans, comme cela s'est produit avec Uthman.

4- Et le muqallid, s'il a suivi un mujtahid concernant la règle d'un événement donné et a agi selon sa parole, il ne lui est pas permis de s'en détourner pour un autre jugement, sauf s'il existe un facteur de préférence (murajjih) lié à la recherche de l'agrément d'Allah le Très-Haut. Parmi ces facteurs de préférence :

La supériorité en science et en compréhension. Al-Hakim a rapporté dans Al-Mustadrak et a déclaré : « Ce hadith a une chaîne de transmission authentique bien qu'ils ne l'aient pas rapporté » d'après Ibn Mas'ud (qu'Allah soit satisfait de lui) : Le Prophète ﷺ m'a dit :

يَا عَبْدَ اللَّهِ بْنَ مَسْعُودٍ

"Ô Abdoullah bin Mas'oud." J'ai répondu : "Me voici, ô Messager d'Allah", trois fois. Il a dit :

هَلْ تَدْرِي أَيُّ النَّاسِ أَعْلَمُ؟

"Sais-tu quels sont les gens les plus savants ?" J'ai dit : "Allah et Son Messager savent mieux." Il a dit :

فَإِنَّ أَعْلَمَ النَّاسِ أَبْصَرُهُمْ بِالْحَقِّ إِذَا اخْتَلَفَتِ النَّاسُ...

"Certes, les gens les plus savants sont ceux qui discernent le mieux la vérité lorsque les gens divergent..." Sur cette base, le muqallid privilégie celui qu'il sait être plus savant.

Il y a aussi l'intégrité ('adalah) de celui que le muqallid suit et de qui il prend la science... On ne prend pas la science légale de quelqu'un de connu pour sa perversité (fisq).

Puis l'association du jugement à sa preuve. Si le muqallid suivait un savant sans connaître sa preuve, puis qu'il lui devient possible, par l'étude et l'apprentissage, de connaître les preuves d'un autre mujtahid, il est alors permis à ce muqallid de suivre le jugement accompagné de la preuve et de délaisser celui qu'il avait pris sans en connaître la preuve.

Il existe de nombreux facteurs de préférence considérables qui varient selon l'état des muqallids. Pour l'homme du commun ('ammi), sa confiance et sa tranquillité envers la parole du savant à qui il prend la règle suffisent. Ainsi, il est permis au muqallid de quitter le mujtahid qu'il suit pour passer à un autre s'il possède un facteur de préférence lié à la recherche de l'agrément d'Allah le Très-Haut. En revanche, il ne passe pas d'un mujtahid à un autre sans raison valable, car cela reviendrait à suivre ses passions, ce qui est interdit. Allah le Très-Haut a dit :

فَلَا تَتَّبِعُوا الْهَوَى

"Ne suivez donc pas la passion." (Sourate An-Nisa [4]: 135)

5- Maintenant, discutons de votre question sur ce qui est mentionné dans Nidham al-Islam (« Et le muqallid, s'il a suivi certains mujtahids... il ne lui est absolument plus permis de s'en détourner... »). On dirait que vous avez compris que le muqallid ne peut jamais changer d'avis jusqu'à la fin des temps, à cause du mot « absolument » (mutlaqan) ! Ce n'est pas correct. Si vous étiez remonté une ligne ou deux plus haut, vous auriez trouvé ceci : « Sur cette base, la règle légale est celle déduite par un mujtahid possédant l'aptitude à l'ijtihad. Elle est, pour lui-même, la règle d'Allah qu'il ne lui est absolument plus permis de contredire pour en suivre une autre. De même, elle est, pour celui qui le suit, la règle d'Allah qu'il ne lui est pas permis de contredire. » Ici, comme vous le voyez, il a mentionné pour le mujtahid aussi : « qu'il ne lui est absolument plus permis de contredire ». Pourtant, à la page précédente du même livre, il est mentionné : « Si le responsable (mukallaf) possède l'aptitude complète à l'ijtihad dans une question ou dans toutes les questions, et qu'il effectue un ijtihad aboutissant à un jugement, tous s'accordent sur le fait qu'il ne lui est pas permis de suivre un autre mujtahid à l'encontre de sa propre conviction, et qu'il ne lui est pas permis de délaisser sa conviction sauf dans quatre cas... » C'est-à-dire que son propos « il ne lui est absolument pas permis » n'a pas empêché de dire « sauf dans quatre cas ».

Ainsi, le mot « absolument » n'empêche pas, du point de vue des bases du droit (Usul) ou de la langue, la restriction (taqyid). C'est comme un texte absolu (mutlaq) : s'il est restreint, on porte l'absolu sur le restreint. Par exemple, la parole du Très-Haut :

فَمَنْ كَانَ مِنْكُمْ مَرِيضًا أَوْ بِهِ أَذًى مِنْ رَأْسِهِ فَفِدْيَةٌ مِنْ صِيَامٍ أَوْ صَدَقَةٍ أَوْ نُسُك

"Quiconque d'entre vous est malade ou souffre d'une affection de la tête (et doit se raser), devra se racheter par un jeûne, une aumône ou un sacrifice." (Sourate Al-Baqarah [2]: 196)

Dans le verset, « jeûne, aumône, sacrifice » sont des noms indéfinis dans un contexte affirmatif, ce sont donc des termes absolus (mutlaq). Ils ont été restreints par le hadith qui a limité le jeûne à trois jours, l'aumône à trois sa' et le sacrifice à une brebis :

فَاحْلِقْ رَأْسَكَ، وَأَطْعِمْ فَرَقًا بَيْنَ سِتَّةِ مَسَاكِينَ، أَوْ صُمْ ثَلَاثَةَ أَيَّامٍ، أَوْ انْسُكْ نَسِيكَةً

« Rase-toi la tête, et nourris un "faraq" (mesure) entre six pauvres, ou jeûne trois jours, ou fais un sacrifice. » Ibn Abi Najih a dit : « C'est-à-dire égorge une brebis », et le faraq équivaut à trois sa'. Rapporté par Mouslim d'après Ka'b bin 'Ujrah.

Autre exemple, Ibn Umar a rapporté :

أَنَّ رَسُولَ اللهِ صَلَّى اللهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فَرَضَ زَكَاةَ الْفِطْرِ مِنْ رَمَضَانَ عَلَى النَّاسِ، صَاعًا مِنْ تَمْرٍ، أَوْ صَاعًا مِنْ شَعِيرٍ، عَلَى كُلِّ حُرٍّ أَوْ عَبْدٍ، ذَكَرٍ أَوْ أُنْثَى، مِنَ الْمُسْلِمِينَ

"Le Messager d'Allah ﷺ a imposé l'aumône de la rupture du jeûne (Zakat al-Fitr) du Ramadan aux gens : un sa' de dattes ou un sa' d'orge, pour chaque homme libre ou esclave, homme ou femme, parmi les musulmans." (Authentifié). Ici, le mot « sa' » est un terme absolu. Il a été restreint au sa' de Médine et non n'importe quel sa' par le hadith du Messager d'Allah ﷺ :

الْوَزْنُ وَزْنُ أَهْلِ مَكَّةَ، وَالْمِكْيَالُ مِكْيَالُ أَهْلِ الْمَدِينَةِ

"Le poids est celui des gens de La Mecque, et la mesure est celle des gens de Médine." Rapporté par Abou Daoud. Le sa' (la mesure) agréé par le Messager ﷺ était celui des gens de Médine, qui équivaut à cinq livres et un tiers (selon l'ancienne livre de Bagdad). C'est le sa' du Prophète ﷺ comme le disent Malik et les gens du Hedjaz. Aujourd'hui, pour le blé, cela correspond à 2,176 kg.

Ainsi, le mot « absolument » n'empêche pas la restriction. Cela est clair dans Nidham al-Islam, et dans les pages mêmes d'où vous avez tiré votre question : il a précisé que le mujtahid peut revenir sur son avis dans quatre cas bien qu'il ait écrit « qu'il ne lui est absolument plus permis de contredire ». Il en va de même pour le muqallid, sauf que les facteurs de préférence permettant au muqallid de délaisser l'avis suivi diffèrent de ceux du mujtahid. Le mujtahid se concentre sur les preuves et leur évaluation, tandis que les facteurs pour le muqallid (suiveur ou homme du commun) sont ceux que nous avons mentionnés précédemment.

En conclusion, il n'est pas permis au muqallid de délaisser l'avis du mujtahid qu'il suit « absolument » sans motif valable. Mais s'il existe un motif, il lui est permis (ou obligatoire selon le facteur de préférence) de délaisser cet avis pour un autre, conformément aux facteurs et aux cas que nous avons expliqués. C'est parce que le mot « absolument » n'empêche pas la restriction, car il est comme un texte absolu qui peut être restreint.

Maintenant que j'ai répondu sur le sujet du mot « absolument », j'attire votre attention sur le fait que la formulation de votre question n'était pas très convenable... Au lieu de demander la signification du mot « absolument » dans cette phrase, vous avez décrété son sens selon ce qui vous a traversé l'esprit. Non content de cela, vous avez posé des questions affirmatives comme si ce sens était correct, en disant : « Le mot "absolument" ici ne me semble pas correspondre à ce que nous avons appris... comment puis-je rester sur mon suivi si j'apprends qu'il est pervers ? » ! Ne voyez-vous pas, qu'Allah vous fasse miséricorde, que la formulation de la question ainsi n'est pas très heureuse ?!

Deuxièmement : Le sujet du renoncement de Uthman (qu'Allah soit satisfait de lui) à son avis pour suivre Abou Bakr et Umar... selon la condition posée par Abdurrahman bin Awf (qu'Allah soit satisfait de lui) devant une assemblée de Compagnons, et acceptée par Uthman sans dénégation des Compagnons... cette histoire est un fait rapporté de manière profuse (istifadah). Voici quelques citations :

- Il est mentionné dans le livre Usul as-Sarkhasi de Muhammad bin Ahmed bin Abi Sahl Shams al-A'immah as-Sarkhasi (décédé en 483 AH) : « Ensuite, Umar a placé l'affaire en consultation (Shura) entre six personnes. Ils s'accordèrent pour confier la désignation à Abdurrahman après qu'il se fut retiré lui-même. Il proposa à Ali d'agir selon l'avis d'Abou Bakr et d'Umar. Ali répondit : "J'agirai selon le Livre d'Allah et la Sunna de Son Messager, puis je ferai mon propre ijtihad". Il proposa cette même condition à Uthman, qui l'accepta et le suivit (qalladahu). » Fin.

- Dans Al-Bidayah wa al-Nihayah d'Ibn Kathir : « "Lève-toi vers moi, ô Ali". Il se leva vers lui au pied de la chaire. Abdurrahman lui prit la main et dit : "Me prêtes-tu allégeance sur le Livre d'Allah, la Sunna de Son Prophète ﷺ et les actes d'Abou Bakr et d'Umar ?" Il répondit : "Ô Allah, non, mais sur mon effort (juhdi) et ma capacité..." » Fin.

- Dans Tarikh ar-Rusul wa al-Muluk d'At-Tabari : « Il appela Ali et dit : "Prends-tu l'engagement devant Allah d'agir selon le Livre d'Allah, la Sunna de Son Messager et la conduite (sira) des deux Califes après lui ?" Il dit : "J'espère le faire et agir selon l'étendue de ma science et de ma capacité..." » Fin.

- De plus, c'est un fait célèbre et connu même dans les instituts de recherche modernes. Il est mentionné dans la revue de l'Université Islamique de Médine (Doyen de la recherche scientifique - 1423 AH / 2002) : « Abdurrahman bin Awf a rassemblé les musulmans dans la mosquée... puis il a appelé Ali. Abdurrahman avait été délégué pour choisir le Calife à condition que les musulmans le suivent dans l'allégeance. Abdurrahman mit sa main dans celle d'Ali en disant : "Nous te prêtons allégeance à condition que tu agisses selon le Livre d'Allah, la Sunna de Son Messager et l'ijtihad des deux Cheikhs" – désignant Abou Bakr et Umar. Ali n'accepta pas l'ijtihad des deux Cheikhs et dit : "Au contraire, je ferai mon propre ijtihad". Abdurrahman retira sa main et appela Uthman (qu'Allah soit satisfait de lui) qui accepta l'ijtihad des deux Cheikhs. » Fin.

Comme vous le voyez, ces récits sont mentionnés dans des ouvrages de référence. Même s'ils ne figuraient que dans Usul as-Sarkhasi, on pourrait s'y appuyer... Ils indiquent le renoncement de Uthman à son avis...

Bien qu'il existe des versions authentiques ne mentionnant pas qu'Abdurrahman ait commencé par Ali, mais qu'il ait interrogé Uthman directement, elles confirment toutes qu'Abdurrahman a pris la main de Uthman et a posé cette condition qu'il a acceptée devant les Compagnons sans dénégation. La condition est donc établie dans toutes les versions.

Al-Boukhari rapporte dans son Sahih : « ... d'après Az-Zuhri, que Humayd bin Abdurrahman l'a informé que Miswar bin Makhramah l'a informé que le groupe désigné par Umar s'est réuni et a consulté... Jusqu'à la nuit précédant le matin où nous avons prêté allégeance à Uthman. Miswar a dit : Abdurrahman est venu frapper à ma porte tard dans la nuit... il a dit : "Je vois que tu dors, par Allah je n'ai guère goûté au sommeil cette nuit... Appelle-moi Ali..." puis il a dit : "Appelle-moi Uthman..." Lorsqu'il eut dirigé la prière du matin... et qu'ils furent rassemblés, Abdurrahman prononça le témoignage de foi puis dit : "Ensuite, ô Ali, j'ai examiné l'avis des gens, et je ne les ai pas vus préférer quelqu'un à Uthman, ne te crée donc pas de difficulté contre toi-même". Il dit à Uthman : "Je te prête allégeance sur la Sunna d'Allah, de Son Messager et des deux Califes après lui." Abdurrahman lui prêta allégeance, puis les gens parmi les Mouhajirines, les Ansars, les chefs d'armées et les musulmans. » Fin.

Abdurrazzaq as-San'ani rapporte dans son Musannaf : « ... d'après Miswar bin Makhramah : Abdurrahman bin Awf vint me voir la troisième nuit de la Shura... il dit : "Appelle-moi untel et untel – des gens parmi les premiers Ansars... puis appelle-moi Ali... puis appelle-moi Uthman...". Puis il dit : "J'ai observé les gens et je ne les ai pas vus préférer quelqu'un à Uthman. Ne te crée pas de difficulté, ô Ali." Puis il dit : "À toi, ô Uthman, l'engagement devant Allah et Son pacte... d'agir selon le Livre d'Allah, la Sunna de Son Prophète ﷺ et ce qu'ont fait les deux Califes après lui." Il répondit : "Oui". Il passa sa main sur la sienne et lui prêta allégeance, puis les gens le suivirent, puis Ali lui prêta allégeance et sortit... » Fin.

En conclusion, l'acceptation par Uthman de la condition de renoncer à son avis (au profit de celui des deux prédécesseurs) est mentionnée dans tous les récits. Cela signifie que pour toute affaire survenant sous son règne, il ne ferait pas d'ijtihad personnel mais suivrait Abou Bakr et Umar si l'affaire s'était produite sous leur temps et qu'ils avaient tranché. C'était une condition de suivi (taqlid) sur des points précis, et Uthman (qu'Allah soit satisfait de lui) l'a acceptée sans opposition des Compagnons, ce qui constitue un consensus.

Troisièmement : La Valeur (Al-Qimah) :

Concernant votre question sur le fait d'étudier une science précise en visant l'agrément d'Allah et un gain matériel, et si vous réalisez ainsi deux valeurs...

Pour répondre à cette question, il faut clarifier les points suivants :

1- Le principe de base des actions est l'attachement (taqayyud) aux règles. Ainsi, toute action humaine doit être conforme à la règle légale (hukm shar'i) : dans les adorations, dans les transactions et le commerce, dans l'éthique, dans le secours aux affligés, etc. Le serviteur doit réaliser son lien avec son Créateur lors de chaque action... Naturellement, le respect de la règle légale apporte, par la grâce d'Allah, une récompense (le Paradis) et un agrément encore plus grand de la part d'Allah.

2- La « valeur » (qimah) est un terme technique qui désigne l'objectif de celui qui agit, c'est-à-dire ce qu'il veut réaliser par son acte. Chaque acteur doit avoir une intention pour laquelle il agit. Cette intention est la « valeur » de l'action. Il est donc impératif que chaque action ait une valeur que l'homme cherche à atteindre, sinon elle serait futile. L'homme ne doit pas agir futilement, mais doit veiller à réaliser les valeurs des actions pour lesquelles il a agi. C'est là le sens technique du mot Valeur.

3- Par l'observation de toutes les actions et de l'objectif de ceux qui les accomplissent, il apparaît que ce qui est visé est soit :

  • Une valeur matérielle, comme les activités commerciales, agricoles et industrielles. L'objectif est d'en tirer des bénéfices matériels (le profit). C'est une valeur importante dans la vie.
  • Une valeur humaine, comme sauver un noyé ou secourir un affligé. L'objectif est de sauver l'être humain sans considération de couleur, de race, de religion ou autre.
  • Une valeur morale, comme la véracité, l'honnêteté et la miséricorde. L'objectif est l'aspect moral, indépendamment des profits ou de l'humanité (car la morale peut s'exercer envers les animaux). On peut subir une perte matérielle par un acte moral, mais sa valeur (l'aspect moral) doit être réalisée.
  • Une valeur spirituelle, comme les adorations ('ibadat). L'objectif n'est ni le profit matériel, ni l'aspect humain ou moral, mais la pure adoration. On ne doit y rechercher que la valeur spirituelle.

Ces valeurs ne sont ni supérieures ni égales entre elles par nature, car elles n'ont pas de caractéristiques communes permettant de les comparer. Ce sont des résultats visés par l'homme. On ne peut donc pas les mettre dans une même balance, car elles sont différentes, voire contradictoires.

Cependant, dans toutes ces actions qui réalisent une valeur matérielle, humaine ou morale, le musulman doit obligatoirement respecter la règle légale pour obtenir l'agrément d'Allah... C'est-à-dire que l'agrément d'Allah est obtenu, par Sa permission, pour le musulman qui respecte la règle légale dans toutes les valeurs.

4- Par conséquent, si vous apprenez un métier pour obtenir un emploi et un gain matériel, vous visez la réalisation de la valeur matérielle. Quant à l'agrément d'Allah, il est le résultat du respect des règles légales ; il est présent dans chaque valeur dès lors que l'homme agit par obéissance à l'ordre d'Allah. Cela relève du sujet des règles légales et non du sujet de la « valeur ». En obéissant à la règle légale, vous obtenez l'agrément d'Allah dans la valeur matérielle, spirituelle, morale ou humaine.

L'agrément d'Allah n'est pas une valeur séparée des quatre valeurs, mais il est réalisé dans chacune d'elles si le serviteur respecte la règle légale. Il semble que vous ayez pensé qu'en apprenant un métier pour travailler (valeur matérielle), vous réalisiez aussi par votre respect de la règle une valeur spirituelle. Ce n'est pas le cas. L'agrément d'Allah n'est pas propre à une valeur, il accompagne toutes les valeurs tant que le musulman respecte la règle légale :

  • L'agrément d'Allah est obtenu pour le commerçant honnête qui réalise une valeur matérielle.
  • L'agrément d'Allah est obtenu pour celui qui prie et réalise une valeur spirituelle.
  • L'agrément d'Allah est obtenu pour celui qui est véridique et réalise une valeur morale.
  • L'agrément d'Allah est obtenu pour celui qui secourt un affligé et réalise une valeur humaine.

En résumé, en apprenant un métier pour travailler, vous réalisez une valeur matérielle, et vous plaisez à Allah tant que vous recherchez cette science en respectant la règle légale. Mais on ne dit pas qu'en apprenant ce métier vous réalisez à la fois une valeur matérielle et une valeur spirituelle (comme si vous priiez ou jeûniez)... Le terme « Valeur » est un terme technique qui se limite à son sens défini.

Je demande à Allah que cette réponse soit suffisante.

Votre frère,
Ata bin Khalil Abu al-Rashta

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