(Série de réponses du savant Ata Bin Khalil Abu al-Rashtah, Émir du Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook)
Réponses aux questions : 1- Sur le jugement judiciaire 2- La piété filiale
À Fethi Marouani
Question :
Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux,
As-Salamu Alaykum wa Rahmatu Allahi wa Barakatuhu,
Il est mentionné dans le livre L'État Islamique, à la page 140 : « Ainsi, toute personne portant la citoyenneté de l'État bénéficie des droits que la Charia lui a prescrits, qu'elle soit musulmane ou non-musulmane. Quiconque ne porte pas la citoyenneté est privé de ces droits, même s'il est musulman. Ainsi, si un homme musulman a une mère chrétienne portant la citoyenneté islamique, et un père musulman ne portant pas la citoyenneté islamique, sa mère a droit à une pension alimentaire (nafaqah) de sa part, tandis que son père n'y a pas droit. Si sa mère demande une pension alimentaire, le juge tranchera en sa faveur car elle porte la citoyenneté. En revanche, si son père demande une pension alimentaire, le juge ne lui accordera pas et rejettera sa demande. »
La question ici est la suivante : indépendamment du fait que la personne soit musulmane ou non, et qu'elle porte ou non la citoyenneté de l'État Islamique, n'est-il pas obligatoire pour l'être humain d'être bon envers ses parents ? Et de baisser pour eux l'aile de l'humilité par miséricorde... De plus, si ce musulman commet des infractions et agresse des individus hors de l'autorité de l'État, qui sont des étrangers ne portant pas la citoyenneté, puis s'enfuit à l'intérieur de l'État Islamique, et que ces derniers viennent porter plainte, le juge rejettera-t-il leur demande sous prétexte qu'ils ne portent pas la citoyenneté ? Nous espérons une clarification et des détails à ce sujet, et qu'Allah vous récompense par le bien. As-Salamu Alaykum wa Rahmatu Allahi wa Barakatuhu.
Réponse :
Wa Alaykum As-Salam wa Rahmatu Allahi wa Barakatuhu,
Il y a là deux questions distinctes l'une de l'autre : le jugement judiciaire et la piété filiale.
Premièrement : Quant au premier point, celui qui vit en Dar al-Harb (Demeure de la guerre) et porte leur citoyenneté, sa demande pour obtenir une pension alimentaire de ses proches ou parents vivant en Dar al-Islam (Demeure de l'Islam) n'est pas acceptée. En effet, la différence de demeure (Dar) annule l'obligation des droits financiers. Les droits financiers ne sont pas accordés à ceux qui se trouvent en Dar al-Harb, car le Messager d'Allah (saw) dit dans le hadith rapporté par Muslim, d'après Sulayman ibn Buraydah, de son père :
كأنَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم إِذَا أَمَّرَ أَمِيرًا عَلَى جَيْشٍ أَوْ سَرِيَّةٍ أَوْصَاهُ فِي خَاصَّتِهِ بِتَقْوَى اللَّهِ وَمَنْ مَعَهُ مِنْ الْمُسْلِمِينَ خَيْراً، ثُمَّ قَالَ... ثُمَّ ادْعُهُمْ إِلَى التَّحَوُّلِ مِنْ دَارِهِمْ إِلَى دَارِ الْمُهَاجِرِينَ وَأَخْبِرْهُمْ أَنَّهُمْ إِنْ فَعَلُوا ذَلِكَ فَلَهُمْ مَا لِلْمُهَاجِرِينَ وَعَلَيْهِمْ مَا عَلَى الْمُهَاجِرِينَ، فَإِنْ أَبَوْا أَنْ يَتَحَوَّلُوا مِنْهَا فَأَخْبِرْهُمْ أَنَّهُمْ يَكُونُونَ كَأَعْرَابِ الْمُسْلِمِينَ يَجْرِي عَلَيْهِمْ حُكْمُ اللهِ الَّذِي يَجْرِي عَلَى الْمُسْلِمِينَ وَلا يَكُونُ لَهُمْ فِي الْغَنِيمَةِ وَالْفَيْءِ شَيْءٌ إِلاَّ أَنْ يُجَاهِدُوا مَعَ الْمُسْلِمِينَ...
« Lorsque le Messager d'Allah (saw) nommait un chef à la tête d'une armée ou d'un détachement, il lui recommandait la crainte d'Allah en lui-même et de traiter avec bienveillance les musulmans qui l'accompagnaient. Puis il disait : [...] Appelle-les ensuite à quitter leur demeure pour rejoindre la demeure des Mouhajirine (Dar al-Muhajireen), et informe-les que s'ils le font, ils auront les mêmes droits que les Mouhajirine et les mêmes devoirs qu'eux. S'ils refusent de s'y déplacer, informe-les qu'ils seront comme les Bédouins musulmans : ils seront soumis au jugement d'Allah qui s'applique aux croyants, mais ils n'auront aucune part au butin (Ghanimah) ni au Faï', à moins qu'ils ne combattent aux côtés des musulmans... » (Rapporté par Muslim)
La parole du Messager (saw) dans le hadith : « ils n'auront aucune part au butin ni au Faï' » signifie que leur refus de migrer entraîne la perte de leur droit au Faï' et au butin. Par analogie avec le Faï' et le butin, cela s'applique à tous les autres biens ; c'est-à-dire que leurs droits financiers liés aux biens tombent. Ainsi, le musulman qui refuse de rejoindre la demeure des Mouhajirine lorsqu'elle existe conformément aux règles de la Charia sur la migration (Hijrah), et qui continue de porter la citoyenneté de l'État mécréant, ce musulman est considéré, en ce qui concerne le jugement sur les biens, comme les non-musulmans : il est privé de ses droits financiers. Il n'a pas les mêmes droits que les musulmans et n'a pas les mêmes devoirs qu'eux, ce qui signifie que les règles financières ne s'appliquent pas à lui parce qu'il n'a pas rejoint la demeure des Mouhajirine... Par conséquent, la plainte d'un parent résidant en Dar al-Harb contre son fils vivant en Dar al-Islam, si elle porte sur un droit financier tel que la pension alimentaire, n'est pas acceptée car la différence de demeure empêche l'exigibilité des droits financiers. Voilà pour le premier point concernant le jugement judiciaire sur les droits financiers.
Deuxièmement : Quant au second point, à savoir la piété filiale (birr al-walidayn), c'est une tout autre affaire. La différence de demeure n'empêche pas la piété envers les parents et le maintien des liens avec eux. La preuve en est la parole de l'Unique (swt) :
وَإِنْ جَاهَدَاكَ عَلَى أَنْ تُشْرِكَ بِي مَا لَيْسَ لَكَ بِهِ عِلْمٌ فَلَا تُطِعْهُمَا وَصَاحِبْهُمَا فِي الدُّنْيَا مَعْرُوفًا
« Et si tous deux te forcent à M'associer ce dont tu n'as aucune connaissance, alors ne leur obéis pas ; mais comporte-toi avec eux ici-bas de façon convenable. » (Sourate Luqman [31]: 15)
Et ce qu'a rapporté Al-Bukhari d'après Asma bint Abi Bakr (ra) qui a dit : « Ma mère est venue me voir alors qu'elle était polythéiste à l'époque du Messager d'Allah (saw). J'ai alors demandé l'avis du Messager d'Allah (saw) en disant : "Elle désire me voir, dois-je maintenir le lien avec ma mère ?" Il répondit : »
نَعَمْ صِلِي أُمَّكِ
« Oui, maintiens le lien avec ta mère. » (Rapporté par Al-Bukhari)
Quant à votre question sur les agressions, les crimes et autres cas similaires, ils sont régis par d'autres règles. La différence de demeure n'empêche pas d'y statuer ; au contraire, on tranche selon les jugements de la Charia spécifiques à ces cas, tout en prenant en considération l'état de guerre effective ou juridique, ou les États liés par un pacte, etc.
Par exemple, le verset suivant :
وَمَا كَانَ لِمُؤْمِنٍ أَنْ يَقْتُلَ مُؤْمِنًا إِلَّا خَطَأً وَمَنْ قَتَلَ مُؤْمِنًا خَطَأً فَتَحْرِيرُ رَقَبَةٍ مُؤْمِنَةٍ وَدِيَةٌ مُسَلَّمَةٌ إِلَى أَهْلِهِ إِلَّا أَنْ يَصَّدَّقُوا فَإِنْ كَانَ مِنْ قَوْمٍ عَدُوٍّ لَكُمْ وَهُوَ مُؤْمِنٌ فَتَحْرِيرُ رَقَبَةٍ مُؤْمِنَةٍ وَإِنْ كَانَ مِنْ قَوْمٍ بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُمْ مِيثَاقٌ فَدِيَةٌ مُسَلَّمَةٌ إِلَى أَهْلِهِ وَتَحْرِيرُ رَقَبَةٍ مُؤْمِنَةٍ فَمَنْ لَمْ يَجِدْ فَصِيَامُ شَهْرَيْنِ مُتَتَابِعَيْنِ تَوْبَةً مِنَ اللَّهِ وَكَانَ اللَّهُ عَلِيمًا حَكِيمًا
« Il n'appartient pas à un croyant de tuer un autre croyant, si ce n'est par erreur. Quiconque tue par erreur un croyant, il doit affranchir un esclave croyant et remettre le prix du sang (Diyah) à la famille de la victime, à moins que celle-ci n'y renonce par charité. Si la victime croyante appartenait à un peuple ennemi (Dar al-Harb effective), il doit seulement affranchir un esclave croyant. Si elle appartenait à un peuple avec lequel vous avez conclu un pacte, il doit remettre le prix du sang à sa famille et affranchir un esclave croyant. Celui qui n'en trouve pas les moyens devra jeûner deux mois consécutifs pour obtenir le pardon d'Allah. Allah est Omniscient et Sage. » (Sourate An-Nisa [4]: 92)
Vous voyez donc que si un musulman tue un musulman par erreur dans une Dar al-Harb effective (c'est-à-dire faisant partie d'un « peuple ennemi »), la règle est « l'affranchissement d'un esclave croyant ». Mais s'il tue un musulman dans une Dar al-Harb sous pacte (c'est-à-dire faisant partie d'un « peuple avec lequel vous avez conclu un pacte »), la règle est « le prix du sang remis à sa famille et l'affranchissement d'un esclave croyant, et celui qui ne trouve pas les moyens devra jeûner deux mois consécutifs pour obtenir le pardon d'Allah ». Les droits financiers diffèrent donc des autres domaines. En réalité, les droits financiers diffèrent parfois même au sein d'une même demeure ; par exemple, le musulman n'hérite pas du mécréant et le mécréant n'hérite pas du musulman, même s'ils se trouvent tous deux en Dar al-Islam. Le Messager d'Allah (saw) dit :
وَلاَ يَرِثُ الْقَاتِلُ شَيْئاً
« Le meurtrier n'hérite de rien. » (Rapporté par Abu Daoud)
Et il (saw) dit également :
لاَ يَرِثُ الْكَافِرُ الْمُسْلِمَ، وَلاَ الْمُسْلِمُ الْكَافِرَ
« Le mécréant n'hérite pas du musulman, et le musulman n'hérite pas du mécréant. » (Rapporté par Ahmad)
En conclusion, le musulman qui vit en Dar al-Harb, porte sa citoyenneté et refuse de rejoindre la Dar al-Islam (lorsqu'elle existe), sa demande concernant des droits financiers contre son fils vivant en Dar al-Islam n'est pas acceptée. Ceci est différent de la piété filiale et du maintien des liens : le fils musulman doit être bon envers ses parents mécréants et agir avec bienveillance envers eux, sauf s'ils le poussent à l'associationnisme envers Allah (swt). Quant aux situations particulières, comme si le père combat dans l'armée des belligérants effectifs, d'autres règles de la Charia s'appliquent...
Votre frère, Ata Bin Khalil Abu al-Rashtah
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