(Série de réponses du grand savant Ata bin Khalil Abu al-Rashtah, Émir du Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook « Fiqhi »)
À Om Ahmad
Question :
Que la paix, la miséricorde et les bénédictions d'Allah soient sur vous, notre Cheikh et notre éminent Émir, qu'Allah vous protège et guide vos pas.
J'ai été interpellée par un hadith mentionné dans le livre La Personnalité Islamique (Ach-Chakhsiyyah), Tome II, au chapitre sur la politique de guerre, page 192 : « Par celui par qui je jure, si Allah m'accorde la victoire sur eux, je mutilerai soixante-dix d'entre eux en échange de toi ». En effectuant des recherches sur ce hadith, j'ai trouvé qu'il est considéré comme faible (da'if) et que personne ne l'a authentifié ni ne l'a pris en compte. Or, à ma connaissance, nous n'adoptons pas les hadiths faibles. Quelle est donc la raison de l'utilisation de ce hadith, ou y a-t-il une autre compréhension à son usage ici ? J'ai cru comprendre que le jugement n'a pas été tiré du hadith mais du noble verset : « Et si vous punissez, punissez de la même manière... » jusqu'à la fin du verset. Mais pourquoi l'avoir cité en témoignage ? Pourriez-vous nous éclairer ? Qu'Allah vous récompense par le bien.
Une autre question également dans le même livre concernant l'esclavage et son jugement, plus précisément sur la 'awrah de l'esclave (amah). Pourriez-vous nous clarifier ce point puisqu'il n'est pas mentionné dans le livre, mais suscite des débats, et les avis des savants divergent à son sujet ? Pourriez-vous nous donner l'avis prépondérant ?
Qu'Allah vous récompense par le bien.
Réponse :
Que la paix, la miséricorde et les bénédictions d'Allah soient sur vous.
Premièrement : Concernant la première question : Vous dites : « J'ai été interpellée par le hadith d'At-Tabarani dans le livre La Personnalité Islamique, Tome II, chapitre de la politique de guerre, page 192 : "Par celui par qui je jure, si Allah m'accorde la victoire sur eux, je mutilerai soixante-dix d'entre eux en échange de toi..." ».
Réponse : Le sujet de la question figure dans La Personnalité Islamique, Tome II, p. 192, comme suit :
« Il a été rapporté que la cause de la révélation de ce verset est que les polythéistes ont mutilé les musulmans le jour d'Uhud : ils leur ont ouvert le ventre, coupé les parties génitales et tranché le nez. Ils n'ont épargné personne, excepté Hanzalah bin Ar-Rahib. Le Messager d'Allah (saw) s'est arrêté devant Hamza, qui avait été mutilé, et a vu une scène qui l'a affligé : son ventre avait été fendu et son nez coupé. Il a alors dit :
أَمَا وَالَّذِي أَحْلِفُ بِهِ إِنْ أَظْفَرَنِي اللَّهُ بِهِمْ لَأُمَثِّلَنَّ بِسَبْعِينَ مَكَانَكَ
"Par celui par qui je jure, si Allah m'accorde la victoire sur eux, je mutilerai soixante-dix d'entre eux en échange de toi." Rapporté par At-Tabarani dans Al-Kabir. C'est alors que ce verset fut révélé... » Fin de citation.
Certes, certains ont affaibli ce hadith car sa chaîne de transmission contient Salih al-Murri. Al-Hafiz Ibn Kathir a dit (2/592) : « Cette chaîne contient une faiblesse car Salih est Ibn Bashir al-Murri, et il est considéré comme faible par les imams ».
Cependant, d'un autre côté, il convient de considérer les points suivants :
1- La version de Salih al-Murri a été rapportée par Al-Hakim dans Al-Mustadrak 'ala al-Sahihayn en plus d'At-Tabarani dans Al-Kabir. Voici le texte de la version d'Al-Hakim (11/225, selon la numérotation automatique d'Ach-Chamilah) :
4882 - Abu Bakr bin Ishaq nous a rapporté, d'après Muhammad bin Ahmad bin An-Nadr, d'après Khalid bin Khidash, d'après Salih al-Murri, d'après Sulayman at-Taymi, d'après Abu 'Uthman an-Nahdi, d'après Abu Hurayrah (ra), que le Prophète (saw) a regardé Hamza le jour d'Uhud après qu'il eut été tué et mutilé. Il vit une scène plus douloureuse et plus angoissante pour son cœur que tout ce qu'il avait jamais vu. Il dit : « Que la miséricorde d'Allah soit sur toi, tu maintenais les liens de parenté et accomplissais de nombreuses bonnes œuvres. Si ce n'était la tristesse de ceux qui resteront après toi, il m'aurait plu de te laisser là jusqu'à ce que tu sois ressuscité à partir des entrailles de diverses bêtes ». Puis, debout à sa place, il jura : « Par Allah, je mutilerai soixante-dix d'entre eux en échange de toi ». Alors le Coran fut révélé alors qu'il était encore debout sur place :
وَإِنْ عَاقَبْتُمْ فَعَاقِبُوا بِمِثْلِ مَا عُوقِبْتُمْ بِهِ وَلَئِنْ صَبَرْتُمْ لَهُوَ خَيْرٌ لِلصَّابِرِينَ
"Et si vous punissez, punissez de la même manière que vous avez été punis. Et si vous endurez avec patience, c'est certainement meilleur pour les endurants." (Sourate An-Nahl [16]: 126)
jusqu'à la fin de la sourate. Le Messager d'Allah (saw) expia alors son serment et s'abstint de ce qu'il avait l'intention de faire.
Al-Hakim a gardé le silence à son sujet, ne l'affaiblissant ni ne l'authentifiant... Malgré cela, il l'a inclus dans Al-Mustadrak 'ala al-Sahihayn.
2- Le hadith a été adopté par certains juristes dans leurs ouvrages :
a- Abu Bakr ach-Chafi'i l'a mentionné dans Al-Fawa'id, connu sous le nom de Al-Ghaylaniyyat car il le dictait à son élève Abu Talib Muhammad bin Ghaylan... Adh-Dhahabi a dit à son sujet dans Al-'Ibar (27) : « Ibn Ghaylan est le dernier à avoir rapporté ces parties, qui sont d'une haute élévation dans le ciel », et Al-Kattani a dit dans Al-Risalah al-Mustatrafah (p. 93) : « C'est l'un des hadiths les plus élevés et les plus excellents ».
Voici ce qui figure dans le livre Al-Fawa'id :
(232 - Abu Bakr ach-Chafi'i nous a dicté le vendredi trois jours avant la fin de Muharram de l'an 354, disant : Hamid bin Muhammad nous a rapporté, d'après Bishr bin al-Walid, d'après Salih al-Murri, d'après Sulayman at-Taymi, d'après Abu 'Uthman an-Nahdi, d'après Abu Hurayrah, que le Messager d'Allah (saw) s'est arrêté devant Hamza bin Abd al-Muttalib lorsqu'il tomba en martyr. Il vit alors une chose plus douloureuse pour son cœur que tout ce qu'il avait jamais vu. Voyant qu'il avait été mutilé, il dit : « Que la miséricorde d'Allah soit sur toi, car autant que je sache, tu accomplissais les bonnes œuvres et maintenais les liens de parenté. Si ce n'était la tristesse de ceux après moi, il m'aurait plu de te laisser là jusqu'à ce que tu sois rassemblé à partir des entrailles de diverses bêtes. Par Allah, je mutilerai certainement soixante-dix d'entre eux ». Il dit : Gabriel descendit alors que le Prophète (saw) était encore debout, avec les derniers versets de la sourate An-Nahl :
وَإِنْ عَاقَبْتُمْ فَعَاقِبُوا بِمِثْلِ مَا عُوقِبْتُمْ بِهِ وَلَئِنْ صَبَرْتُمْ لَهُوَ خَيْرٌ لِلصَّابِرِينَ
"Et si vous punissez, punissez de la même manière que vous avez été punis. Et si vous endurez avec patience, c'est certainement meilleur pour les endurants." (Sourate An-Nahl [16]: 126)
jusqu'à la fin de la sourate. Le Messager d'Allah (saw) patienta alors, expia son serment et s'abstint de ce qu'il voulait faire.)
b- L'auteur du livre Al-Binayah Charh al-Hidayah (Abu Muhammad al-Hanafi Badr ad-Din al-'Ayni, décédé en 855 de l'Hégire), l'a mentionné selon une autre version d'après Abu Hurayrah :
(Je dis : Quant à la parole du Très-Haut : « Punissez... » le verset, At-Tahawi - qu'Allah lui fasse miséricorde - a rapporté d'après Miqsam, d'après Ibn Abbas et d'après Abu Hurayrah (ra) : « Que lui (saw) a dit, lorsque Hamza (ra) fut tué et mutilé : "Si je l'emporte sur eux, je mutilerai soixante-dix hommes". Et dans une version : "Par Allah, je mutilerai soixante-dix hommes parmi eux". Alors Allah le Très-Haut a révélé : {Et si vous punissez} [An-Nahl: 126] le verset. Le Messager d'Allah (saw) patienta alors et expia son serment ». On sait donc que le verset a été révélé à ce propos...)
De tout cela, nous concluons qu'il :
Est permis d'adopter ce hadith en tant que cause de la révélation du verset dans le chapitre de la politique de guerre dans La Personnalité Islamique, Tome II.
Deuxièmement : La deuxième question - concernant la 'awrah de l'esclave :
Réponse : Tout d'abord, je dirais que je ne sais pas pourquoi vous posez cette question, car il n'y a plus d'esclaves aujourd'hui ! Quoi qu'il en soit, les juristes ont divergé sur la 'awrah de l'esclave par rapport à l'homme étranger. Certains l'ont considérée comme la 'awrah de la femme libre, d'autres comme celle de l'homme, et d'autres encore comme la 'awrah de la femme devant ses mahrams. C'est l'avis des Hanafites, et chacun a son ijtihad. L'avis vers lequel je penche est celui des Hanafites, à savoir que la 'awrah de l'esclave devant un homme étranger est la même que celle de la femme devant ses mahrams, que nous avons détaillée dans Le Système Social (Al-Nizam al-Ijtima'i), c'est-à-dire : (Les endroits qui ne sont pas habituellement parés, soit de face : du genou jusqu'à l'extrémité du collier au niveau du cou, et de dos : du genou jusqu'au haut du dos). Tout cela constitue la 'awrah pour l'esclave... Autrement dit, il est permis que ses mollets, son cou, ses cheveux et ses bras soient visibles. Il n'est pas permis de voir ce qui se trouve entre le genou et le bas du cou à l'avant, ni entre le genou et le bas du cou à l'arrière. Ainsi, tout son corps est 'awrah à l'exception des cheveux, du cou, des mollets et des bras. Il n'est pas nécessaire d'entrer dans le détail des preuves, car le Calife adopte (yatabanna) le jugement shar'i qu'il juge prépondérant. S'il adopte que sa 'awrah est comme celle de la femme libre, cela s'applique. Et s'il adopte que sa 'awrah est comme celle de la femme devant ses mahrams, ce vers quoi je penche, cela s'applique également.
Allah est plus Savant et plus Sage.
Votre frère Ata bin Khalil Abu al-Rashtah
24 Chawwal 1439 H Correspondant au 08/07/2018
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