(Série de réponses du savant Ata bin Khalil Abu al-Rashtah, Émir du Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook)
À Zaman al-Ghourba
Question :
Assalamou Alaikoum wa Rahmatoullahi wa Barakatouhou,
Une question en deux volets me trotte dans l'esprit et m'a souvent fait réfléchir lors de la lecture du livre Le Système Économique à propos de la terre morte (al-mawat) dans les terres kharajites. Le sujet se répète dans le livre Les Biens (Al-Amwal) sous la même forme. Il y est mentionné que la terre morte dans une zone kharajite est traitée comme une terre 'uchrite pour le musulman : il a le droit de la clôturer et de la posséder, et il n'y a pas de kharaj sur elle, mais seulement l'uchr. Quant au dhimmi, il n'a pas le droit de la posséder et doit payer le kharaj. Question : Pourquoi ne peut-il pas la posséder alors qu'elle a été traitée comme une terre 'uchrite, et qu'il a le droit de clôturer et de posséder dans les terres 'uchrites ? Logiquement, il devrait être traité selon le régime de l'uchr comme le musulman, en ce qui concerne le premier volet.
Quant au deuxième volet : Pourquoi disons-nous que le dhimmi doit payer un kharaj sur une terre 'uchrite, alors que le kharaj ne s'applique pas aux terres 'uchrites ? Normalement, on devrait suivre la règle d'origine et ne pas utiliser le terme kharaj, car il a une définition juridique précise (shar'i). Ici, nous avons dérogé à la définition en appelant "kharaj" l'argent prélevé sur un dhimmi pour une terre 'uchrite. Pourquoi n'y a-t-il pas un effort d'interprétation (ijtihad) pour nommer cet argent autrement ? Qu'Allah vous récompense par le bien.
Réponse :
Wa Alaikoum Assalam wa Rahmatoullahi wa Barakatouhou,
1- La terre morte (al-mawat) se trouve soit dans une terre 'uchrite, soit dans une terre kharajite :
a- Quant à la terre 'uchrite, la revitalisation d'une terre morte en son sein la maintient comme 'uchrite. Si un musulman la revitalise, il possède sa nu-propriété (raqabah) et son usufruit, et il paie l'uchr à titre de zakat. Si un mécréant dhimmi la revitalise, elle reste 'uchrite ; il possède sa nu-propriété et son usufruit, mais il paie le kharaj et non l'uchr, car l'uchr est une zakat, et la zakat n'est pas prélevée sur un mécréant. De plus, une terre agricole doit soit être soumise à l'uchr selon les règles de la Shari'ah, soit au kharaj. Comme l'uchr ne s'applique pas au mécréant, il paie donc le kharaj.
b- Quant à la terre kharajite morte, elle est de deux types :
Une terre kharajite sur laquelle le kharaj a déjà été imposé par le passé, puis qui est devenue morte. Si un musulman ou un mécréant la revitalise, son statut ne change pas ; elle reste une terre kharajite sur laquelle le musulman et le mécréant paient le kharaj.
L'autre type est une terre kharajite sur laquelle le kharaj n'a jamais été imposé auparavant. Si un musulman la revitalise, elle devient une terre 'uchrite et il paie l'uchr. En revanche, si c'est un mécréant dhimmi qui la revitalise, sa description ne change pas et elle reste une terre kharajite sur laquelle il paie le kharaj.
c- Quant à la question de savoir pourquoi nous disons que le dhimmi doit payer un kharaj sur une terre 'uchrite s'il la possède : c'est parce qu'une terre ne peut être exempte d'une fonction fiscale. C'est une terre 'uchrite pour laquelle le musulman paie l'uchr en tant que zakat. Puisque la zakat n'est pas due par le dhimmi, et que la terre agricole ne peut rester sans fonction fiscale selon les règles de la Shari'ah, le dhimmi paie le kharaj s'il la possède.
- Pour clarifier ce point, c'est-à-dire comment une terre agricole ne peut être sans fonction fiscale, nous disons :
Les preuves des règles relatives aux terres agricoles n'ont établi que deux catégories : 'uchrite ou kharajite.
Voici l'explication :
Les preuves des règles sur les terres agricoles mentionnées dans la Shari'ah sont :
• Des preuves générales pour toute terre, qui imposent la zakat de l'uchr ou du demi-uchr selon les règles de la Shari'ah...
فِيمَا سَقَتْ الأَنْهَارُ وَالْغَيْمُ الْعُشُورُ، وَفِيمَا سُقِيَ بِالسَّانِيَةِ نِصْفُ الْعُشْرِ
"Pour ce qui est irrigué par les rivières et les nuages, la dîme ('uchr) est due ; et pour ce qui est irrigué par traction animale, la moitié de la dîme (nisf al-'uchr) est due." et d'autres textes.
• Après les conquêtes (foutouhat), un nouveau problème concernant les terres est apparu, celles-ci ont été exclues du texte général et le kharaj y a été imposé. Abu Ubayd a dit : Yazid bin Haroun nous a rapporté, d'après Ibn Abi Dhi'b, d'après Az-Zuhri, qui a dit : Le Messager d'Allah (saw) a accepté la jizyah des mages (majous) de Bahreïn. Az-Zuhri a dit : "Celui d'entre eux qui s'est converti à l'islam, son islam a protégé sa personne et ses biens, sauf la terre, car elle est un butin (fay') pour les musulmans, du fait qu'il ne s'est pas converti initialement alors qu'il était en position de force." C'est ce que 'Umar (ra) a décrété pour la terre d'Irak (As-Sawad) en disant : "J'ai jugé bon de retenir les terres avec leurs occupants et d'y imposer le kharaj...", et d'autres citations.
• Par conséquent, toute terre agricole dans la Demeure de l'Islam (Dar al-Islam) est soumise à la zakat selon les règles de la Shari'ah, à l'exception d'un type spécifique sur lequel repose le kharaj.
• Ainsi, la règle générale s'applique dans sa globalité : "toute terre agricole dans la Demeure de l'Islam est soumise à la zakat" selon les dispositions de la Shari'ah, et rien n'en sort excepté ce qui a été spécifié par un autre texte : "la terre kharajite".
2- Tel est le statut des terres agricoles : elles sont soit 'uchrites, soit kharajites. C'est la classification des terres agricoles ; elles ne sont jamais dépourvues de fonction, c'est-à-dire qu'il n'existe aucune terre agricole qui ne soit qualifiée d''uchrite ou de kharajite.
3- Quant à votre propos disant que le kharaj a un concept juridique précis et que si le dhimmi paie le kharaj sur une terre 'uchrite, nous contredisons ce concept : cette affirmation est incorrecte. En effet, la terre kharajite n'est pas définie par une caractéristique physique intrinsèque qui la distinguerait de la terre 'uchrite. La terre reste la terre, c'est un terme concret (lafdh jamid). Telle terre est 'uchrite, et une terre voisine peut être kharajite, sans qu'il n'y ait de différence entre elles ni dans le sol, ni dans les cultures... Le mot kharaj n'est pas une description conceptuelle liée au jugement... C'est pourquoi le fait que le dhimmi paie le kharaj pour une terre 'uchrite qu'il possède ne constitue pas une violation du concept de kharaj.
Votre frère,
Ata bin Khalil Abu al-Rashtah
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