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Pensée

Conseil au Dr Hakim al-Mutairi, auteur du livre (La problématique dogmatique et la crise politique)

April 19, 2012
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À l'attention du Dr Hakim al-Mutairi, auteur du livre (La problématique dogmatique et la crise politique)

Assalamou Alaykoum wa Rahmatullahi wa Barakatuh,

Louange à Allah, et que la paix et la bénédiction soient sur le Messager d'Allah, sa famille, ses compagnons et ceux qui le suivent. Pour continuer :

J'ai pris connaissance de votre livre mentionné avec ses dix chapitres... En conséquence, je vous adresse ce conseil composé de deux volets (l'explication et le reproche), répondant ainsi à la parole du Messager d'Allah ﷺ : « الدِّينُ النَّصِيحَةُ قُلْنَا لِمَنْ قَالَ لِلَّهِ وَلِكِتَابِهِ وَلِرَسُولِهِ وَلِأَئِمَّةِ الْمُسْلِمِينَ وَعَامَّتِهِمْ » (Le Deen est le conseil. Nous dîmes : Pour qui ? Il dit : Pour Allah, Son Livre, Son Messager, les dirigeants des musulmans et leur masse).

Quant à l'explication, je dis : on vous voit dans les neuf premiers chapitres préoccupé par la Khilafah, sérieux et appliqué sur son obligation, affirmant qu'elle est la voie de la puissance des musulmans, de leur renaissance et de leur retour en tant que meilleure communauté suscitée pour l'humanité. Le lecteur de beaucoup de ces chapitres a presque l'impression de lire les livres du Hizb ut Tahrir, qui vous a précédé de plusieurs décennies sur le sujet de la Khilafah. La différence, peu significative, est que dans votre livre, vous rapportez les propos des anciens Moujtahidine et juristes sur la nécessité et l'obligation de la Khilafah, alors que dans les livres du Hizb ut Tahrir, cette nécessité et cette obligation sont déduites par un Ijtihad correct à partir de ses preuves Shar'i considérées par le parti (le Livre d'Allah, la Sunnah de Son Messager, et ce qu'ils indiquent comme l'Ijma' des Compagnons exclusivement et le Qiyas Shar'i, c'est-à-dire celui dont la cause ('Illah) est mentionnée dans les textes législatifs et non par la raison).

Néanmoins, que la nécessité et l'obligation de la Khilafah soient rapportées des propos des anciens Moujtahidine comme vous l'avez fait, ou qu'elles soient déduites par un Ijtihad correct à partir des preuves législatives comme nous l'avons fait, tout cela est un bien.

Je dis : le lecteur des neuf premiers chapitres vous voit attaché à la Khilafah et à l'obligation de son établissement pour remplacer les dirigeants Tawaghit dans les pays musulmans d'où ils doivent être évincés, et pour que la Oummah investisse un seul Calife qui l'unisse dans un seul État, la gouvernant par ce qu'Allah a révélé... Et qu'il n'est pas permis à la Oummah d'avoir deux Califes, car si tel est le cas, le second doit être tué comme mentionné dans le hadith du Messager d'Allah ﷺ : « إذَا بُويِعَ لِخَلِيفَتَيْنِ فَاقْتُلُوا الْآخَرَ مِنْهُمَا » (Si l'allégeance est prêtée à deux califes, tuez le dernier des deux). Vous mentionnez aussi que la Khilafah reviendra par la permission d'Allah, comme l'a dit le Messager d'Allah ﷺ : « تكون النبوة فيكم ما شاء الله أن تكون ثم يرفعها إذا شاء أن يرفعها ثم تكون خلافة على منهاج النبوة فتكون ما شاء الله أن تكون ثم يرفعها إذا شاء الله أن يرفعها ثم تكون ملكا عاضا فيكون ما شاء الله أن يكون ثم يرفعها إذا شاء أن يرفعها ثم تكون ملكا جبرية فتكون ما شاء الله أن تكون ثم يرفعها إذا شاء أن يرفعها ثم تكون خلافة على منهاج النبوة ثم سكت » (La prophétie sera parmi vous tant qu'Allah voudra... puis il y aura une Khilafah selon la méthode de la prophétie... puis un pouvoir dynastique... puis un pouvoir tyrannique... puis il y aura une Khilafah selon la méthode de la prophétie. Puis il se tut). Et bien d'autres vérités que vous mentionnez sur la Khilafah dans ces neuf chapitres.

Cependant, au dixième chapitre, en exposant votre projet pour l'établissement de la Khilafah et votre appel à une conférence pour approuver ce projet, vous semblez balayer d'un revers de main tout ce que vous avez mentionné dans les neuf chapitres ! Dans ce projet, vous ne vous conformez pas aux preuves Shar'i que le Messager d'Allah ﷺ a clarifiées concernant la méthode d'établissement de la Khilafah, mais vous proposez des conceptions que vous estimez, selon votre propre jugement, être la méthode d'établissement :

Vous dites : "Par conséquent, le devoir est que la Khilafah, en tant que projet de système politique, soit en phase avec l'évolution de l'époque et ses nécessités. Toute unité ou union acceptée par les peuples de la Oummah et ses États, ou la majorité d'entre eux, ou un groupe d'États principaux souverains et indépendants de toute influence étrangère, se réunissant dans n'importe quel cadre unitaire ou fédéral, avec des gouvernements élus par leurs peuples, choisissant un conseil présidentiel représentant la Oummah... constitue une Khilafah légitime." Vous dites aussi : "La tendance des pays du monde vers l'unité et l'union régionale et continentale, comme dans l'Union Européenne, impose au monde islamique de tendre vers l'unité et l'union volontaire par le consentement des peuples et de leurs gouvernements."

Vous dites également : "C'est un système de base proposé pour la conférence. Une fois les objectifs à court terme (construction d'organisations nationales et internationales) et à moyen terme (réforme politique dans chaque pays arabe et islamique pour arriver à des gouvernements intègres) atteints, il ne faudra pas longtemps pour que ces gouvernements renforcent l'unité... pour préparer la voie à l'objectif final : l'établissement d'une [Khilafah Rachida et une Oummah unique]."

Et vous dites aussi : "Tous les objectifs stratégiques à long terme susmentionnés peuvent nécessiter des décennies, et les objectifs intermédiaires quelques années... les organisations nationales ne pourront y parvenir sans établir des plans et études pour exploiter les lois et systèmes existants..."

Vous dites : "Il était donc nécessaire que les organisations cherchent à accéder au pouvoir ou à y participer dans le but d'instaurer une gouvernance intègre dans chaque pays comme objectif politique intermédiaire", et : "La conférence travaille par tous les moyens pacifiques et légitimes, y compris la participation politique pour atteindre les pouvoirs législatif et exécutif..."

Il est clair que ces propos tirés du dixième chapitre contredisent la méthode tracée par le Messager d'Allah ﷺ pour établir l'État Islamique (Khilafah). De plus, certains de vos propos contredisent ce que vous avez écrit précédemment. Voici les détails :

1- Les jugements de la Shari'ah, tels qu'ils ont été révélés en tant qu'idées, ont également été révélés avec leur méthode d'application (Tariqah). Celui qui a dit : « Accomplissez la prière » est Celui-là même qui a inspiré à Son Messager ﷺ la parole : « صلوا كما رأيتموني أصلي » (Priez comme vous m'avez vu prier). Comment pouvez-vous affirmer l'obligation de la Khilafah par ses preuves législatives, sans affirmer sa méthode d'établissement par les preuves que le Messager d'Allah ﷺ nous a tracées ? N'y a-t-il pas dans la Sira du Messager d'Allah ﷺ une clarification limpide de la méthode, par sa demande de soutien (Talab an-Nusrah) auprès des gens de force des tribus et des Ansar à Médine ?

Est-il permis de prendre le jugement de l'obligation d'établir la Khilafah chez les anciens Moujtahidine et de ne pas prendre la méthode de son établissement à partir des preuves législatives présentes dans la vie du Messager ﷺ ?

La Khilafah, tout comme elle est une obligation selon les preuves du Livre d'Allah et de la Sunnah, sa méthode d'exécution doit également être conforme aux preuves législatives. Le Messager ﷺ a clarifié l'obligation de son établissement et a montré la méthode par la demande de la Nusrah. Il ﷺ a sollicité le soutien des tribus plus d'une dizaine de fois. Ils n'ont pas répondu, l'ont parfois repoussé brutalement, ou ont posé des conditions inacceptables... Malgré cela, il ﷺ n'a pas changé de méthode malgré la difficulté, jusqu'à ce que les Ansar répondent lors du second serment d'allégeance de l'Aqabah. Selon les principes de l'Ousoul, la persévérance du Messager ﷺ dans une action malgré la difficulté est une preuve catégorique de l'obligation de suivre cette action. Dès lors, la demande de la Nusrah auprès des détenteurs de la force est la méthode obligatoire pour établir la Khilafah.

2- Pourtant, vous avez inventé au dixième chapitre une méthode de votre propre cru, parlant d'union volontaire entre les peuples et les États, puis de l'élection d'un conseil présidentiel... Vous parlez d'objectifs intermédiaires, stratégiques, de participation au pouvoir actuel comme étape politique. Tout cela n'a aucun fondement Shar'i. En plus de contredire la voie prophétique, cela contredit la réalité des États actuels et vos propres écrits qualifiant ces dirigeants de Tawaghit gouvernant par autre que ce qu'Allah a révélé !

Mon frère, comment peut-on dire qu'ils sont des Tawaghit tout en participant à leur pouvoir et en bénéficiant de leurs lois ? La participation au pouvoir des Tawaghit les réforme-t-elle ou corrompt-elle celui qui y participe ? Sans parler du péché de celui qui participe à un gouvernement qui ne juge pas par ce qu'Allah a révélé, ne serait-ce qu'une heure. De plus, ces gouvernants combattent la Khilafah et ceux qui œuvrent pour elle. Comment pourraient-ils alors s'orienter vers sa création par une union volontaire ?

Et qu'est-ce que c'est que cela ? Des États se réunissent dans un cadre fédéral et choisissent un conseil présidentiel nommé "conseil de Khilafah" ? Est-ce une Ligue Arabe, une Organisation de la Conférence Islamique, ou au mieux, une Union Européenne ?

La Khilafah ne naît pas des entrailles des systèmes séculiers par une union entre eux. Elle s'établit en changeant ces systèmes comme le fit le Messager d'Allah ﷺ avec les systèmes de la Jahiliyyah pour instaurer les lois de l'Islam à leur place, par la méthode claire de la Talab an-Nusrah.

3- Plusieurs points contredisant les jugements Shar'i ont émaillé vos propos :

Vous dites : "La conférence prend ses décisions à la majorité... la décision ne lie que ceux qui l'ont approuvée." Le devoir est que les décisions soient prises selon la preuve Shar'i la plus forte et non à la majorité. Un jugement légal se prend selon la preuve, qu'elle soit soutenue par beaucoup ou par peu. À moins que vous ne parliez de décisions administratives, mais le contexte suggère des solutions législatives.

Vous dites également qu'aucun projet politique sunnite n'a émergé face au projet de la Wilayat al-Faqih. Le devoir est de ne pas traiter la question par un discours sunnite contre un discours chiite, mais par un discours islamique tel qu'à l'époque du Messager : ( هُوَ سَمَّاكُمْ الْمُسْلِمينَ ) (C’est Lui qui vous a nommés musulmans). L'établissement de la Khilafah est un devoir pour tout musulman, qu'il soit sunnite, chiite, ibadite ou zaidite...

De même, au lieu de vous limiter à l'importance des Arabes en tant que peuple de la langue du Coran, vous avez mis l'accent sur leur préférence par rapport aux autres. Cela insuffle un esprit de nationalisme ('Asabiyyah) inapproprié, contredisant le verset : ( إِنَّ أَكْرَمَكُمْ عِنْدَ اللَّهِ أَتْقَاكُمْ ) (Le plus noble d'entre vous, auprès d'Allah, est le plus pieux) et le hadith : « أَلَا لَا فَضْلَ لِعَرَبِيٍّ عَلَى عَجَمِيٍّ وَلَا لِأَسْوَدَ عَلَى أَحْمَرَ إِلَّا بِالتَّقْوَى » (Certes, il n'y a pas de supériorité d'un Arabe sur un non-Arabe... si ce n'est par la piété).

Ceci conclut le premier volet (l'explication).

Quant au second volet (le reproche), vous affirmez que la Oummah et ses mouvements n'ont présenté aucun projet politique pour la Khilafah depuis 100 ans. Quelle surprise ! Je m'étonne de vous pour deux raisons :

Premièrement : il y a presque un consensus, chez les ennemis comme chez les partisans de l'Islam, sur le fait que le Hizb ut Tahrir a couvert le sujet de la Khilafah de manière exhaustive. Le parti a clarifié les preuves, fait l'Ijtihad correct, publié des ouvrages abondants, organisé des conférences rassemblant des centaines de milliers de personnes et des milliers de savants. Il a détaillé le système économique, social, de gouvernement, l'administration, les peines, et a même rédigé un projet de constitution de 191 articles déduits des preuves législatives, invitant les savants à critiquer toute matière qui ne serait pas issue d'un Ijtihad correct.

Mais le plus grave est que vous dites que le Hizb ut Tahrir n'a aucune lutte ni combat politique ! Comment cela, qu'Allah vous fasse miséricorde ? Ignorez-vous les tentatives de demande de Nusrah menées par le parti, et les persécutions subies par ses membres ? Ignorez-vous les milliers de jeunes du parti actuellement dans les prisons des Tawaghit à travers le monde, condamnés parfois à 30 ans de prison ? Ignorez-vous le nombre de martyrs dans les prisons d'Asie Centrale, de Syrie, d'Irak et de Libye ? Un dixième de ces sacrifices suffirait à n'importe quel observateur honnête pour qualifier cela de lutte immense.

Deuxièmement : vous n'êtes pas un homme du commun préoccupé par sa subsistance, ni un fugitif traqué. Vous êtes un homme de hautes études, ayant occupé des fonctions aisées, et vos relations avec l'État étaient bonnes même lorsque vous étiez secrétaire général du Parti de la Oummah koweitien. Vous avez donc le temps et la sécurité nécessaires pour suivre les activités du parti. Pourtant, vous niez son combat politique.

Mon frère, le Hizb ut Tahrir est attristé de voir des écrivains appeler à la Khilafah en dénaturant totalement son image, en la présentant comme une union entre des dirigeants Tawaghit. Ce faisant, ils déforment l'image de la Khilafah dans l'esprit des musulmans. Cependant, la Khilafah est plus forte que ces distorsions. Elle reviendra comme une Khilafah Rachida selon la promesse d'Allah.

En conclusion, le parti vous envoie ce reproche au titre de « La religion est le conseil », espérant que vous corrigerez le dixième chapitre pour l'harmoniser avec les neuf premiers. Certains diront que ce conseil est inutile car vous n'ignorez pas ces faits. Mais je dis : les neuf chapitres qui penchent vers la droiture intercèdent pour le seul chapitre qui penche vers l'erreur. Allah est Celui qui guide vers le droit chemin.

Wassalamou Alaykoum wa Rahmatullahi wa Barakatuh.

Ata bin Khalil Abu al-Rashtah Émir du Hizb ut Tahrir

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