Question :
Le 1er juin 2012, le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, a déclaré lors d'une conférence sur la sécurité à Singapour : « Les États-Unis maintiendront six porte-avions dans la région Asie-Pacifique et transféreront 60 % de leurs navires de guerre vers cette zone au cours des prochaines années d'ici 2020. » Il a précisé que le transfert des flottes américaines s'inscrit dans le cadre de la mise en œuvre d'une nouvelle stratégie américaine visant à élever le niveau de la présence militaire des États-Unis dans la région Asie-Pacifique. Quelle est la raison pour laquelle l'Amérique transfère la majeure partie de ses unités navales de guerre vers la région Asie-Pacifique ? L'Amérique prend-elle désormais grandement en compte la Chine, actuellement ou dans les années à venir ? Et quand la Chine pourrait-elle agir pour imposer son contrôle sur cette région ?
Réponse :
Pour répondre à cela, nous mentionnons ce qui suit :
1- La région Asie-Pacifique comprend des pays d'importance majeure :
Comme le Japon, la Chine, Taïwan, les deux Corées (Nord et Sud) ; il existe entre ces pays des différends sur la question de la souveraineté en mer de Chine orientale, sur certaines îles, ainsi que sur la liberté de navigation et de pêche.
Comme les Philippines, le Vietnam, le Cambodge, la Thaïlande, Brunei, la Malaisie, Singapour et l'Indonésie ; il existe entre ces pays des différends sur la question de la souveraineté en mer de Chine méridionale et sur certaines îles, en plus du détroit de Malacca et de la liberté de navigation et de pêche.
De plus, la région est considérée comme un prolongement de l'océan Indien, sur les côtes septentrionales duquel se trouvent la Birmanie, le Bangladesh et l'Inde, jusqu'au Pakistan, qui est plus proche de la mer d'Arabie (un prolongement de l'océan Indien). Vient ensuite le golfe d'Oman qui mène à la région du Golfe et, au sud, vers le golfe d'Aden puis Bab al-Mandeb pour atteindre la mer Rouge, par laquelle on accède à la mer Méditerranée.
En outre, la région Asie-Pacifique, incluant les côtes septentrionales de l'océan Indien, possède la plus grande densité de population au monde et la plus grande concentration de musulmans ; cette région abrite environ la moitié de la population mondiale et la moitié du nombre total de musulmans.
2- Les routes maritimes sont considérées comme plus importantes que les routes terrestres, car les navires permettent de transporter des quantités plus importantes à un coût moindre, avec une facilité de navigation loin des barrières frontalières des États, à l'exception du passage par des détroits ou des couloirs maritimes sous surveillance. Aujourd'hui encore, 90 % des marchandises sont transportées par voie maritime via des navires, malgré le développement des routes terrestres et des camions massifs, ainsi que du transport aérien, lequel reste coûteux et incapable de transporter des volumes équivalents à ceux des navires. De plus, 65 % du pétrole est transporté par mer malgré le développement des oléoducs. C'est pourquoi l'océan Pacifique revêt une importance capitale, car il s'étend vers l'océan Indien par lequel transitent 70 % des approvisionnements en pétrole et en gaz de la région du Golfe vers ces pays. Les besoins de cette région, particulièrement de la Chine et de l'Inde, doubleront au cours de la prochaine décennie. Il y a aussi le détroit de Malacca, passage crucial entre les deux océans s'étendant sur 800 km entre la péninsule de Malaisie et l'île indonésienne de Sumatra ; environ 40 % du commerce mondial y transite, ainsi que la moitié du commerce mondial de pétrole et de gaz. Il est vital pour la Chine et l'Inde pour le transit des marchandises d'est en ouest. Cette région est donc d'une importance extrême en raison de ces routes maritimes...
3- Cette région est également cruciale d'un point de vue stratégique. La Chine s'efforce d'y établir une hégémonie ou un contrôle, car elle la considère comme sa zone historique et géographique, sans compter son importance stratégique et économique. La Chine est une puissance régionale majeure et s'emploie à être influente, mais elle n'a pas pu y imposer son contrôle total. La domination et l'hégémonie américaines y restent les plus vastes et les plus influentes. L'Amérique s'intéressait à cette région durant la Guerre froide en raison de la menace soviétique, la Russie ayant des frontières maritimes au nord du Pacifique. À l'époque, l'Amérique possédait plus de 600 navires de guerre. À la fin de la Guerre froide, avec la chute du communisme et la dislocation de l'Union soviétique, l'Amérique a réduit sa flotte de plus de moitié pour atteindre 279 navires, se stabilisant à 285 en 2008. Elle s'est contentée de ce nombre tant qu'elle n'avait plus de concurrent ou de menace réelle dans cette zone.
En plus de cela, l'Amérique dispose d'une présence militaire permanente dans des bases au Japon et en Corée du Sud, situés sur les côtes de la mer de Chine orientale, ainsi qu'aux Philippines sur la mer de Chine méridionale. Elle compte environ un quart de million de soldats dans la région... Sa présence militaire y est constante depuis les années cinquante du siècle dernier.
4- Face à l'ébranlement de la position mondiale de l'Amérique suite aux défaites subies en Irak et en Afghanistan aux mains des musulmans, et suite à la crise financière de 2008, la Chine a commencé à évaluer la situation. Elle s'efforce de l'exploiter pour accroître sa puissance afin d'imposer son influence dans sa région si l'Amérique venait à s'effondrer totalement ou à subir un choc plus violent que le précédent, l'empêchant de maintenir son influence, ou si les musulmans l'expulsaient de la région.
Bien que l'Amérique soit consciente que la Chine n'est pas une puissance mondiale capable de la déloger de sa position de première nation au monde, elle reconnaît qu'elle est une puissance régionale majeure dans la zone Asie-Pacifique. La Chine cherche à être souveraine en mer de Chine orientale ; si elle y parvient, elle placerait le Japon et la Corée du Sud sous sa merci ou son hégémonie, en plus de la Corée du Nord sur laquelle elle a déjà une influence. La Chine œuvre également pour la souveraineté sur la mer de Chine méridionale afin de placer les Philippines, le Vietnam, le Cambodge, le Laos, Brunei, la Malaisie, Singapour et l'Indonésie sous son influence, contrôlant ainsi le détroit de Malacca, véritable artère vitale pour elle. Si la Chine contrôlait cette région ou y imposait son hégémonie, elle pourrait influencer l'océan Indien et menacer sérieusement l'influence américaine. C'est une question existentielle pour l'Amérique, qui ne permettra jamais que cela se produise, quel qu'en soit le prix.
5- L'Amérique accorde une importance primordiale à la protection de son territoire depuis les deux côtés, Atlantique et Pacifique. Puisqu'il n'existe actuellement aucune menace notable dans l'Atlantique — les pays européens ne menant aucune action sérieuse pour concurrencer l'Amérique dans l'Atlantique ou au-delà vers l'ouest (Amérique du Sud) — l'Amérique ne prévoit pas de concurrence réelle de l'Europe à court terme. Par conséquent, elle se focalise aujourd'hui sur d'autres zones : le Pacifique, l'océan Indien et leurs dépendances (mer d'Arabie, Golfe, Bab al-Mandeb...). C'est pourquoi elle a réduit ses forces dans l'Atlantique au profit du Pacifique, comme l'a précisé Panetta : 60 % de la force navale sera en Asie-Pacifique d'ici 2020, incluant 6 porte-avions et la majorité des croiseurs, destroyers, navires de combat et sous-marins. Il a évoqué les conflits entre les pays de la région et la Chine en disant : « La position des États-Unis est claire : nous appelons à la retenue et à une solution diplomatique, nous nous opposons à la provocation, à la coercition et à l'usage de la force. » Il a prétendu que « son pays ne prend pas parti » (agence américaine UPI, 02/06/2012). Cette même agence a rapporté que : « Le président Barack Obama a déclaré en novembre que la région Asie-Pacifique est une priorité absolue pour les États-Unis. » L'agence a ajouté que « la concentration américaine sur la région intervient dans le sillage de l'ascension de la Chine et de l'Inde en tant que puissances économiques mondiales, et après le retrait américain d'Irak et l'approche du retrait d'Afghanistan ».
De plus, l'augmentation de la présence navale militaire américaine en Asie-Pacifique lui permet d'accroître le volume des exercices et manœuvres militaires dans les années à venir. L'Amérique prévoit également d'augmenter les visites de ses unités navales dans des zones plus vastes du Pacifique jusqu'à l'océan Indien. Il est mentionné que « les forces armées américaines ont participé l'année dernière à 172 opérations d'entraînement et manœuvres de guerre (dans cette région) impliquant 24 pays » (BBC, 02/06/2012).
6- La stratégie militaire américaine en Asie-Pacifique annoncée par le secrétaire à la Défense s'inscrit dans la nouvelle stratégie globale annoncée par Obama le 06/01/2012, axée sur trois axes principaux : premièrement, réduire le nombre de troupes en Europe ; deuxièmement, réduire les dépenses de défense tout en maintenant une supériorité qualitative ; troisièmement, se concentrer sur le Pacifique pour contrer la montée en puissance de la Chine, tout en accordant de l'importance au Moyen-Orient et à l'Asie. Puisqu'il n'y a pas de menace en Europe, il est inutile d'y maintenir un grand nombre de soldats dans le cadre du plan de réduction budgétaire. L'Amérique souffre encore de la crise financière et a adopté un plan de réduction des dépenses militaires de 1,2 billion de dollars sur dix ans, tout en renforçant ses forces en Asie-Pacifique.
Ainsi, le renforcement des forces navales en Asie-Pacifique est essentiellement dirigé contre la Chine et son danger potentiel pour l'influence américaine.
7- Cependant, les mouvements des forces navales américaines et le déploiement de leurs bases — du Pacifique au détroit de Malacca, jusqu'à l'océan Indien, la mer d'Arabie, le Golfe et la mer Rouge — suggèrent autre chose. Il ne s'agit pas uniquement des côtes chinoises. L'Amérique prend en compte la probabilité de l'émergence d'une puissance islamique dans la région, le « Califat ». Elle anticipe à la fois la puissance actuelle de la Chine et la puissance attendue de l'État islamique... C'est pourquoi elle déploie ses bases et ses mouvements le long des côtes du monde islamique. Elle envisage les changements possibles dans la décennie à venir, notamment l'apparition d'une grande puissance islamique, d'autant plus que la moitié des musulmans se trouvent en Asie-Pacifique et au nord de l'océan Indien. Cette zone constitue un prolongement stratégique pour l'État islamique lors de son établissement, par la volonté d'Allah. Il est à noter que l'État islamique, dès ses premiers siècles, a œuvré pour atteindre cette région afin d'y diffuser le bien, au point qu'elle est devenue une zone quasi-islamique. Puis sont venus les colonisateurs occidentaux qui ont semé les graines du mal pour la contrôler depuis trois siècles, cherchant à briser les musulmans depuis l'est, tout en menant des guerres coloniales et des complots à l'ouest pour achever leur État, le Califat, et son système islamique. Ils y sont parvenus... mais ils redoutent aujourd'hui son retour... Et il reviendra par la volonté d'Allah, et demain est proche pour celui qui l'attend.