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Questions & Réponses

Réponse à une question : Les derniers développements politiques en Ouzbékistan

September 06, 2015
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Question :

Récemment, le 27/08/2015, le sous-secrétaire d'État américain adjoint pour l'Asie centrale a effectué une visite en Ouzbékistan. Un mois plus tôt, le 27/07/2015, le commandant du Commandement central des forces armées américaines s'y était également rendu, et avant cela, le 12/06/2015, le Secrétaire général des Nations Unies a visité le pays... Ces visites successives sont-elles une preuve de confiance et de sérénité dans la force des relations américano-ouzbèkes, ou sont-elles un signe de faiblesse et d'inquiétude, poussant l'Amérique à intensifier ces rencontres de crainte que la Russie n'exploite cette fragilité pour s'infiltrer en Ouzbékistan ? Telle est la première partie de la question. La seconde concerne la fille du tyran et la Russie : après les rumeurs selon lesquelles elle succéderait à son père, le mandat du tyran a été prolongé et elle se retrouve en résidence surveillée. Cela signifie-t-il qu'elle a des liens avec la Russie qui auraient été découverts, entraînant sa détention, ou y a-t-il d'autres raisons ? Je m'excuse pour la complexité de cette question, mais j'insiste sur la réponse car, bien que les événements au Moyen-Orient soient plus brûlants, ce sujet revêt une importance et une influence majeure pour la région. Qu'Allah vous récompense en bien.

Réponse :

Il n'y a aucun grief contre vous, nous allons vous répondre si Allah le veut :

Premièrement : Concernant les visites :

Pour répondre, passons en revue ces visites, leurs objectifs déclarés et ce qui se cache derrière :

1- Daniel Rosenblum, sous-secrétaire d'État adjoint américain pour l'Asie centrale, a déclaré lors de sa visite à Tachkent le 27/08/2015 dans un communiqué de presse : « Les États-Unis ont demandé à l'Ouzbékistan de rejoindre la coalition internationale pour combattre l'organisation extrémiste Daech ». Il a ajouté : « La coalition dirigée par les États-Unis, qui bombarde les éléments de l'État islamique en Syrie et en Irak, possède une composante militaire, en plus des efforts visant à stopper le flux de financement des terroristes. La coalition rassemble des informations sur les mouvements de personnes à travers les frontières, et ses efforts incluent cinq ou six autres axes. L'Ouzbékistan ou tout autre pays peut choisir de contribuer à l'un ou plusieurs de ces éléments. » (Reuters, 27/08/2015)...

  • L'Amérique souhaite intégrer l'Ouzbékistan dans son alliance sous prétexte de lutter contre l'État islamique et le terrorisme, afin de lier l'Ouzbékistan plus fermement à elle et de le placer sous son commandement. Elle a déjà expérimenté cela lors de l'occupation de l'Afghanistan, où elle a fait en sorte que l'Ouzbékistan se tienne à ses côtés dans la guerre, facilitant ses mouvements et son accès à l'Afghanistan en y établissant une base pour sécuriser les approvisionnements militaires. Aujourd'hui, sous prétexte de combattre Daech, elle veut renforcer ses relations avec l'Ouzbékistan pour accroître son influence et maintenir le pays sous son contrôle au sein de son alliance.

2- L'agence de presse officielle d'Ouzbékistan a publié le 27/07/2015 la nouvelle de la visite de Lloyd Austin, commandant du Commandement central des forces armées américaines. Il a rencontré le président ouzbek Karimov qui l'a accueilli en disant : « Les dialogues réguliers à divers niveaux et directions offrent l'opportunité à l'Ouzbékistan et aux États-Unis de développer une coopération multidimensionnelle et mutuellement bénéfique. » L'agence a ajouté : « Au cours de la rencontre, certaines questions internationales ont été discutées, notamment la coopération pour assurer la sécurité et la stabilité dans la région, et un échange de vues a eu lieu concernant le règlement pacifique des questions afghanes. »...

  • Cela indique que l'Amérique cherchait de nouvelles méthodes pour renforcer son influence en Ouzbékistan sous couvert de développement de la coopération multidimensionnelle. Ce n'est pas limité à un seul aspect, mais concerne la coopération pour soutenir la présence américaine en Afghanistan, l'adhésion de l'Ouzbékistan à l'alliance américaine dans sa guerre en Syrie, ainsi que le renforcement de la présence américaine en Asie centrale en faisant de l'Ouzbékistan une base de départ vers les pays voisins (Kazakhstan, Turkménistan, Kirghizistan et Tadjikistan). Toute cette région est importante pour l'Amérique en raison de ses vastes richesses... Le magazine allemand Der Spiegel a mentionné dans un rapport de son correspondant à Tachkent le 15/04/2015 : « ...L'Ouzbékistan jouit de nombreuses richesses avec ses grandes réserves d'uranium et de gaz naturel, ainsi que des mines d'or. De plus, il constitue l'un des plus grands exportateurs de coton au monde... » De même, et c'est un point crucial : il s'agit de concurrencer la Russie qui y maintient une présence et une influence variable. Étant une région voisine de la Chine, l'Amérique veut encercler cette dernière de ce côté et garder ses activités sous contrôle.

3- L'agence de presse d'Ouzbékistan a publié le 13/06/2015 la nouvelle de la visite du Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon. Le président Karimov a salué « l'importance de la visite actuelle du Secrétaire général des Nations Unies dans les pays d'Asie centrale et particulièrement en Ouzbékistan afin de s'informer de près sur la situation dans la région et d'échanger des vues sur les questions vitales ». Il a été mentionné que Ban Ki-moon a souligné les « réalisations de l'Ouzbékistan dans l'atteinte des objectifs du millénaire pour le développement, la garantie de l'État de droit, la protection des droits de l'homme, de la maternité et de l'enfance, et le développement du système éducatif à travers des réformes sociales et économiques visant à servir les intérêts de l'homme ». Il a également souligné le « rôle de l'Ouzbékistan dans la sécurité en Afghanistan et l'importance de la signature du programme de soutien au développement de l'ONU pour les années 2016-2020 ». L'agence a ajouté : « Lors des entretiens, de nombreuses questions relatives aux affaires régionales et internationales ont été discutées, ainsi que les moyens de coopération de l'Ouzbékistan avec l'organisation des Nations Unies, ses organes et ses fonds spécialisés. »...

  • Bien que Ban Ki-moon ait mentionné les droits de l'homme, il l'a fait timidement sans insister. La radio des Nations Unies a publié sur son site internet le 12/06/2015, sous le titre "Ban Ki-moon en Ouzbékistan", ce qui suit : (Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a rencontré à Tachkent le président du pays, Islam Karimov, déclarant : « La paix et le développement ne peuvent être réalisés sans les droits de l'homme... ». Ban Ki-moon a félicité le président Islam Karimov pour « son engagement envers l'État de droit, tout en précisant que les lois écrites doivent devenir une réalité dans la vie des gens. » M. Ban a souligné que « l'ONU est prête à aider l'Ouzbékistan à renforcer et protéger les libertés fondamentales »).

Cependant, il a surtout mis en avant des éloges pour Karimov et son régime comme nous l'avons montré ci-dessus. Cela n'est pas surprenant de la part d'un subordonné de l'Amérique, car il est connu que le Secrétaire général des Nations Unies agit sur ordre des États-Unis et exécute leurs politiques. Sa visite s'inscrit donc dans ce cadre pour attirer plus fortement l'Ouzbékistan vers l'Amérique. Par cette visite, il redore le blason du régime de Karimov, couvre ses crimes et ce qui est considéré comme des violations des droits de l'homme, et le félicite pour sa réélection pour un nouveau mandat. L'Amérique ne s'est pas contentée d'améliorer l'image du tyran par la visite de Ban Ki-moon, elle a également envoyé auparavant une délégation judiciaire, comme l'a rapporté l'agence de presse d'Ouzbékistan le 04/06/2015 : « Une rencontre a eu lieu à l'Université d'État de droit de Tachkent avec les membres d'une délégation de juristes américains dirigée par M. Jeremy Fogel, directeur du Centre judiciaire fédéral des États-Unis. Lors de cette rencontre, il a été souligné qu'en Ouzbékistan, dans le cadre de l'approfondissement des réformes démocratiques et du développement de la société civile, des réformes radicales sont en cours dans le système judiciaire et légal ainsi que dans la formation des cadres pour ce domaine ». Tout cela pour embellir l'image du tyran, comme s'il disposait d'une justice et d'une loi, et non d'oppression et de sauvagerie !

Les félicitations d'Obama au tyran Karimov ne sont pas loin non plus ; il l'a félicité pour la prolongation de son règne de cinq ans suite à des élections factices et frauduleuses tenues le 29/03/2015. Pour preuve de leur « intégrité », les rivaux du tyran priaient pour lui durant leurs campagnes électorales ! Malgré cela, ni l'Amérique ni l'ONU ne les ont critiquées, préférant envoyer des félicitations ! Même un mois avant les élections, en février 2015, Washington a accepté de fournir à l'Ouzbékistan 300 véhicules blindés, ignorant le passé du tyran Karimov dans l'utilisation de la force armée contre le peuple ouzbek... Tout cela prouve que l'intégrité et le sérieux des élections importent peu à l'Amérique ou à l'ONU ; ce qui compte, c'est que les résultats soient en leur faveur, et plus précisément en faveur de l'Amérique. Cela montre également que l'Amérique considère Karimov comme un pilier dans la région et déploie tous ses efforts pour qu'il ne lui échappe pas...

4- Cependant, cela ne signifie pas que l'Amérique est à l'abri d'une infiltration russe en Ouzbékistan. La Russie a tenté et tente toujours de renforcer ses liens avec l'Ouzbékistan et d'attirer Karimov vers elle. Malgré le retrait de l'Ouzbékistan du Traité de « sécurité collective » (le bras armé de la CEI) à la mi-2012, il reste membre de l'Organisation de coopération de Shanghai, où l'influence russe est notoire. Cette organisation s'est réunie récemment le 08/07/2015, et Poutine a rencontré le 10/07/2015 le tyran ouzbek Karimov. La rencontre a porté sur l'état des relations bilatérales, Poutine invitant Karimov pour une visite officielle en Russie, alors que les deux pays célèbrent cette année le 10ème anniversaire de leur traité d'alliance. La Russie est considérée comme l'un des partenaires les plus importants de l'Ouzbékistan dans les domaines commercial, économique et de l'investissement. Le volume des échanges commerciaux entre les deux pays augmente, dépassant les 6 milliards de dollars en 2014 !

Il est à noter que le président russe Poutine a visité l'Ouzbékistan à la fin de l'année dernière et a annoncé l'annulation de 860 millions de dollars de dettes ouzbèkes. Il n'est pas exclu que ce soit une étape dans les tentatives russes de s'infiltrer en Ouzbékistan. Karimov avait dit à Poutine lors de cette visite, selon le communiqué du Kremlin : « La Russie est toujours présente en Asie centrale et ses intérêts ont joué un rôle important dans l'établissement de la stabilité. » (DPA, 11/12/2014). Ces tentatives russes sont claires pour les observateurs. L'agence France-Presse rapportait le 29/03/2015 : « L'aide américaine à Karimov se poursuit et la Russie a tenté de l'attirer à nouveau. Poutine s'est rendu en décembre à Tachkent pour tenter de convaincre Karimov de rejoindre l'Union économique eurasiatique menée par Moscou, mais Karimov a refusé, prétendant vouloir préserver l'indépendance de son pays vis-à-vis des blocs politiques. » Ainsi, la Russie n'a pas désespéré de ramener Karimov dans son giron et travaille à renforcer ses liens avec lui malgré sa connaissance de la force de ses relations avec l'Amérique.

5- Il ne fait aucun doute que l'Amérique perçoit ces tiraillements entre la Russie et l'Ouzbékistan, mais la balance penche fortement en faveur de l'Amérique. On peut dire qu'elle est sereine quant à la force de son influence, mais elle sait en même temps que la Russie n'abandonnera pas facilement l'Ouzbékistan. Par conséquent, il est probable que ces visites successives de responsables américains visent à soutenir le tyran, à le stabiliser, à améliorer son image et à lui donner un regain de force, comme si l'Amérique lui disait : « Ne crains pas la Russie... nous sommes autour de toi, devant toi et derrière toi ». Tout cela pour assurer la pérennité de son influence en Ouzbékistan et la protéger de tout danger ou dommage venant du côté de la Russie.

Deuxièmement : Concernant votre question sur la fille du tyran et sa relation avec la Russie qui serait la cause de sa résidence surveillée...

Cela est peu probable car ses comportements ne la qualifient pas pour que les Russes comptent sur elle pour introduire leur influence. Elle est plus proche de l'insouciance et de la corruption que de la politique et du pouvoir. Il est plus probable que ses agissements irréfléchis et son implication dans la corruption aient poussé son père à lui imposer une résidence surveillée, craignant que sa dépravation ne nuise à son pouvoir. Ses scandales financiers ont dépassé les frontières de l'Ouzbékistan pour atteindre l'Europe et l'Amérique, se propageant comme une traînée de poudre. L'agence France-Presse a rapporté le 29/03/2015 : « Une enquête a été ouverte en raison de ses liens avec un groupe criminel et des hommes d'affaires partenaires ». L'agence ajoute : « ...Certains observateurs disent que Karimova a surestimé son pouvoir. On ne sait pas si le président l'a écartée délibérément ou à contrecœur, mais il a considéré que les positions de sa fille pourraient miner la stabilité de son régime, plaçant les intérêts de son pouvoir au-dessus de tout ». Elle a ajouté : « Elle a été accusée d'actes de corruption et est poursuivie par de nombreux services judiciaires européens pour le détournement de 300 millions de dollars de l'entreprise de télécommunications suédoise TeliaSonera opérant en Asie centrale ». De même, le porte-parole de l'Office fédéral de la justice suisse, lors de l'accusation de corruption de la fille du tyran, a refusé de divulguer la valeur des actifs liés à Karimova que son pays a saisis, mais a indiqué qu'ils étaient inférieurs à 640 millions de dollars, chiffre mentionné dans plusieurs rapports de presse.

En conclusion, cette fille est plongée dans la corruption et il est exclu que sa mise en résidence surveillée soit due à un lien avec la Russie, mais plutôt parce que ses scandales sont devenus trop visibles. Son père tyran a craint que cela n'affecte son trône et ne provoque sa chute ; il a donc vu dans sa mise à l'écart un moyen de prolonger son règne... !

Enfin, nous voyons que l'Amérique et les autres pays occidentaux qui se gargarisent des droits de l'homme ne se soucient guère de la violation de ces droits par le régime de Karimov de la manière la plus atroce. Ils ne se soucient pas non plus des règles démocratiques dont ils se vantent, leur seul intérêt étant de réaliser leurs objectifs là-bas. L'Amérique s'efforce de lier étroitement le régime à elle pour qu'il ne vacille pas, ne cesse pas de collaborer avec elle ou ne retombe pas vers la Russie, laquelle n'a pas renoncé à ses tentatives pour attirer de nouveau l'Ouzbékistan vers elle...

Et pour conclure, le peuple d'Ouzbékistan reste attaché à son Islam. Ni l'oppression et la brutalité des anciens communistes, ni celles de leurs successeurs qui ont revêtu les habits de la laïcité et du libéralisme, n'ont entamé sa détermination. Il y a en Ouzbékistan des hommes que ni le commerce ni la vente ne distraient de l'évocation d'Allah, des hommes qui ont été fidèles à leur engagement envers Allah. Certains ont atteint leur fin, d'autres attendent, et ils n'ont rien changé à leur engagement. Des hommes porteurs de la dawah, sérieux et appliqués, qui joignent leurs nuits à leurs jours dans un travail assidu pour reprendre la vie islamique par l'établissement de l'État du Califat bien guidé. La brutalité du tyran d'Ouzbékistan et ses massacres n'affaibliront pas leurs résolutions. Au contraire, il ne faudra pas longtemps, par la grâce d'Allah, pour que le Fort, le Puissant, brise les reins du tyran, de ses complices et de ses maîtres colonisateurs. Alors, Boukhara, Termez et Samarcande brilleront à nouveau, et le Califat se lèvera sur l'Ouzbékistan, l'Asie centrale et toutes les terres musulmanes.

وَيَوْمَئِذٍ يَفْرَحُ الْمُؤْمِنُونَ * بِنَصْرِ اللَّهِ يَنْصُرُ مَنْ يَشَاءُ وَهُوَ الْعَزِيزُ الرَّحِيمُ

« Et ce jour-là les croyants se réjouiront du secours d'Allah. Il secourt qui Il veut et Il est le Puissant, le Miséricordieux. » (Sourate Ar-Rum [30] : 4-5)

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