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Questions & Réponses

Réponse à une question : La considération du Hadith comme preuve dans les jugements de la Shari'ah

October 10, 2022
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Série de réponses du savant éminent Ata Bin Khalil Abu Al-Rashtah, Émir de Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook « Fiqhi »
**Réponse à une question**

À Agus Trisa

Question :

Assalamu'alaikum wa rahmatullahi wa barakatuhu. Puisse Allah vous protéger toujours et vous accorder beaucoup de bien. J'aimerais poser une question : Dans le livre de la Personnalité Islamique (Ach-Chakhsiyyah al-Islamiyyah), tome 1, il est stipulé que le hadith ahad ne peut être utilisé comme preuve. C'est l'opinion adoptée par le Parti. En fait, les savants ont souvent des opinions divergentes sur la qualité d'un hadith. Parfois, un savant le juge authentique (sahih), tandis que d'autres le jugent faible (da'if). Quelle doit donc être notre attitude en tant que chabab à ce sujet ? Je vous remercie pour les réponses fournies et qu'Allah vous récompense par le meilleur. Wassalamu 'alaikum wa Rahmatullahi wa Barakatuhu.

Réponse :

Wa Alaikum Assalam wa Rahmatullahi wa Barakatuhu.

Nous avons clarifié cette question dans le premier tome de La Personnalité Islamique, dans le chapitre intitulé « La considération du Hadith comme preuve dans les jugements de la Shari'ah », page 345, où nous avons dit :

« [...] La preuve pour la croyance (Aqidah) doit impérativement être une preuve certaine (yaqini) et dont l'authenticité est tranchée (maqtu'). C'est pourquoi l'information isolée (khabar al-ahad) ne convient pas pour servir de preuve à la Aqidah, même s'il s'agit d'un hadith authentique (sahih) tant au niveau de la narration (riwayah) que de la compréhension (dirayah). Quant au jugement de la Shari'ah (al-hukm ach-char'i), il suffit que sa preuve soit probable (zanni). C'est pourquoi, de même que le hadith récurrent (mutawatir) convient comme preuve pour un jugement de la Shari'ah, le hadith isolé (ahad) convient également à cet effet. Cependant, le hadith ahad qui peut servir de preuve pour un jugement de la Shari'ah est le hadith authentique (sahih) et le hadith bon (hasan). Quant au hadith faible (da'if), il ne peut absolument pas constituer une preuve légale. Quiconque l'utilise comme argument n'est pas considéré comme s'étant appuyé sur une preuve légale.

Toutefois, la considération d'un hadith comme étant sahih ou hasan relève de celui qui l'utilise comme preuve, s'il possède la capacité (l'aptitude) de connaître le hadith, et cela ne fait pas nécessairement l'unanimité chez tous les savants du hadith (mouhaddithin). En effet, il existe des narrateurs considérés comme fiables par certains mouhaddithin, et comme non fiables par d'autres, ou considérés comme inconnus (majhul) par certains et connus par d'autres. Certains hadiths ne sont pas authentiques par une voie de transmission mais le sont par une autre. Certaines voies ne sont pas authentiques pour certains mais le sont pour d'autres. Certains hadiths n'ont pas été pris en compte par certains mouhaddithin qui les ont critiqués, tandis que d'autres les ont acceptés et s'en sont servis comme argument...

Ainsi, il ne faut pas s'empresser de critiquer un hadith ou de le rejeter, à moins que son narrateur ne soit notoirement critiqué par tous, que le hadith soit rejeté par l'ensemble des savants, ou qu'il n'ait été utilisé que par certains juristes (fuqaha) n'ayant aucune connaissance en matière de hadith. Dans ces cas-là, le hadith est critiqué et rejeté. Il faut donc faire preuve de retenue et de réflexion avant de critiquer ou de rejeter un hadith.

Celui qui suit les narrateurs et les hadiths constatera de nombreuses divergences à ce sujet parmi les mouhaddithin, et les exemples sont très nombreux.

Par exemple : Abu Dawood a rapporté d'après Amr bin Shu'ayb, d'après son père, d'après son grand-père, que le Messager d'Allah ﷺ a dit :

الْمُسْلِمُونَ تَتَكَافَأُ دِمَاؤُهُمْ، ويَسْعَى بِذِمَّتِهِمْ أَدْنَاهُمْ، وَيُجِيرُ عَلَيْهِمْ أَقْصَاهُمْ، وَهُمْ يَدٌ عَلَى مَنْ سِوَاهُمْ، يَرُدُّ مُشِدُّهُمْ عَلَى مُضْعِفِهِمْ، وَمُتَسَرِّيهِمْ عَلَى قَاعِدِهِمْ

"Le sang des musulmans est d'égale valeur ; le plus humble d'entre eux peut accorder sa protection au nom de tous ; le plus éloigné d'entre eux peut également accorder la protection ; ils forment un seul bloc contre les autres ; les plus forts d'entre eux soutiennent les plus faibles, et ceux qui sont en expédition partagent avec ceux qui sont restés." (Rapporté par Abu Dawood)

Le narrateur de ce hadith est Amr bin Shu'ayb. Or, la chaîne "Amr bin Shu'ayb d'après son père d'après son grand-père" fait l'objet d'une contestation célèbre. Pourtant, de nombreux savants ont utilisé son hadith comme argument, tandis que d'autres l'ont rejeté. At-Tirmidhi a dit : « Muhammad bin Ismail (Al-Boukhari) a dit : J'ai vu Ahmad et Ishaq (et il en a mentionné d'autres) utiliser le hadith de Amr bin Shu'ayb comme argument ». Il a aussi précisé que Shu'ayb bin Muhammad a entendu de Abdullah bin Amr. Abu 'Issa (At-Tirmidhi) a ajouté : « Ceux qui ont critiqué le hadith de Amr bin Shu'ayb l'ont affaibli car il transmet à partir des écrits (sahifa) de son grand-père, comme s'ils considéraient qu'il n'avait pas entendu ces hadiths de lui ». Ali bin Abi Abdullah al-Madini a rapporté que Yahya bin Said a dit : « Le hadith de Amr bin Shu'ayb est faible (wahin) selon nous ». Par conséquent, si quelqu'un s'appuie sur un hadith rapporté par Amr bin Shu'ayb pour déduire un jugement de la Shari'ah, sa preuve est considérée comme légale (char'i), car Amr bin Shu'ayb fait partie de ceux dont le hadith est utilisé comme argument chez certains mouhaddithin.

Un autre exemple se trouve chez Ad-Daraqutni, d'après Al-Hasan, d'après Ubada et Anas bin Malik, que le Prophète ﷺ a dit :

مَا وُزِنَ مِثْلٌ بِمِثْلٍ إِذَا كَانَ نَوْعاً وَاحِداً، وَمَا كَيْلَ فَمِثْلُ ذَلِكَ، فَإِذَا اخْتَلَفَ النَّوْعَانِ فَلَا بَأْسَ بِهِ

"Ce qui est pesé [est échangé] à poids égal s'il s'agit du même genre, et ce qui est mesuré [est échangé] de la même manière ; mais si les genres diffèrent, alors il n'y a pas de mal." (Rapporté par Ad-Daraqutni)

Dans la chaîne de transmission de ce hadith figure Ar-Rabi' bin Sabih. Abu Zur'ah l'a déclaré fiable, tandis qu'un groupe de savants l'a affaibli. Al-Bazzar a également rapporté ce hadith et il a été considéré comme authentique (sahih). Si quelqu'un s'appuie sur ce hadith ou sur un hadith dont la chaîne contient Ar-Rabi' bin Sabih, il se sera appuyé sur une preuve légale, car ce hadith a été authentifié par un groupe de savants, et parce que Ar-Rabi' est fiable selon un groupe d'entre eux. On ne dira pas ici que si une personne fait l'objet d'une critique (jarh) et d'un éloge (ta'dil), la critique prévaut sur l'éloge, car cela ne s'applique que si ces deux jugements émanent d'une même personne envers un même individu. En revanche, s'ils proviennent de deux personnes différentes, l'une considérant la critique et l'autre ne la considérant pas, alors cela est permis. C'est de là que vient la validité de certains narrateurs chez certains et leur invalidité chez d'autres... etc.

Ainsi apparaît la grande divergence concernant les hadiths, les narrateurs et les voies de transmission entre les mouhaddithin. Une divergence importante existe aussi entre les mouhaddithin, l'ensemble des juristes (fuqaha) et certains moujtahidîn. Si l'on rejetait le hadith à cause de cette divergence, de nombreux hadiths considérés comme sahih ou hasan seraient rejetés, et une multitude de preuves légales seraient écartées, ce qui n'est pas permis. C'est pourquoi le hadith ne doit être rejeté que pour une raison valable reconnue par l'ensemble des mouhaddithin, ou si le hadith ne remplit pas les conditions requises pour être qualifié de sahih ou de hasan. Il est permis de s'appuyer sur n'importe quel hadith s'il est considéré comme valide par certains mouhaddithin et qu'il remplit les conditions du hadith sahih ou hasan ; il est alors considéré comme une preuve légale démontrant que le jugement est un jugement de la Shari'ah... ». Fin de citation.

J'espère que cela est suffisant. Allah est plus Savant et plus Sage.

Votre frère, Ata bin Khalil Abu Al-Rashtah

13 Rabi' al-Awwal 1444 AH Correspondant au 09/10/2022 ap. J.-C.

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