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Questions & Réponses

Réponse à une question : Les Hadiths dont l'affaiblissement fait l'objet de divergences parmi les spécialistes du Hadith

November 06, 2016
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(Série de réponses du savant éminent Ata Bin Khalil Abu Al-Rashta, Amir de Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook « Fiqhi »)

Réponse à une question

À Mahmoud Ahmed

Question :

As-salamu alaykum. Je suis égyptien et c'est la première fois que je consulte votre site. J'ai quelques interrogations concernant des informations préalables, et en lisant vos réponses aux questions des gens, des ambiguïtés sont apparues. Seriez-vous disposé à y répondre ? Merci...

« Aucun des deux Hadiths n'est exempt de critiques, c'est pourquoi certains spécialistes du Hadith les ont affaiblis, mais nous considérons le Hadith comme Hasan (bon) parce qu'il figure dans les livres des jurisconsultes et qu'ils l'ont utilisé pour l'extraction des jugements. » Cette phrase figure dans une réponse du Cheikh Abu Al-Rashta concernant le Hadith « Mes compagnons sont comme les étoiles ». Cependant, à ma connaissance, ce sont les spécialistes du Hadith (Muhaddithin) qui jugent le Hadith. Ou est-il possible qu'un Hadith soit authentique (Sahih) chez le jurisconsulte (Faqih) et forgé (Mawdu') chez le spécialiste du Hadith par exemple... telle est mon interrogation.

Réponse :

Wa Alaykum As-Salam Wa Rahmatullah Wa Barakatuh,

Il semble qu'il y ait eu une confusion de votre part concernant notre réponse sur le Hadith « Mes compagnons sont comme les étoiles », vous avez pensé que les spécialistes du Hadith affaiblissent un Hadith tandis que les jurisconsultes le jugent Hasan (bon). Ce n'est pas le cas. Si les spécialistes du Hadith sont unanimes sur l'affaiblissement d'un Hadith, les jurisconsultes ne le considèrent pas comme Hasan.

La question, mon frère, concerne le Hadith faible (Da'if) au sujet duquel les gens du Hadith divergent : certains le considèrent comme faible et ne l'utilisent pas comme preuve, tandis que d'autres le considèrent comme apte à servir de preuve. Cela est dû au fait que certains narrateurs sont considérés comme dignes de confiance (thiqah) par certains spécialistes du Hadith, et non dignes de confiance par d'autres, ou considérés comme inconnus (majhul) par certains et connus par d'autres. De plus, il y a des Hadiths qui ne sont pas authentiques par une voie mais qui le deviennent par une autre... Celui qui voit un narrateur inconnu dans la chaîne de transmission (sanad) le considère comme faible et ne l'utilise pas comme preuve, alors que celui qui identifie cet inconnu et le considère comme digne de confiance juge le Hadith Hasan et l'utilise comme preuve... Celui qui estime qu'un des narrateurs de la chaîne n'a pas entendu celui dont il rapporte les propos considère le Hadith comme faible en raison d'une rupture de transmission (inqita'), tandis que celui pour qui il est prouvé que l'audition a eu lieu selon les règles considère le Hadith comme Hasan et l'utilise comme preuve...

Je vais vous citer quelques exemples de divergences parmi les gens du Hadith conformément à ce que j'ai expliqué ci-dessus :

  • Par exemple : Abu Dawood, Ahmad, An-Nasa'i, Ibn Majah et At-Tirmidhi ont rapporté d'après Abu Hurayrah (ra) :

عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ قَالَ: سَأَلَ رَجُلٌ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فَقَالَ يَا رَسُولَ اللَّهِ. إِنَّا نَرْكَبُ الْبَحْرَ وَنَحْمِلُ مَعَنَا الْقَلِيلَ مِنَ الْمَاءَفَإِنْ تَوَضَّأْنَا بِهِ عَطِشْنَا أَفَنَتَوَضَّأُ بِمَاء الْبَحْرِ؟ فَقَالَ: هُوَ الطَّهُورُ مَاؤُهُ الْحِلُّ مَيْتَتُهُ

« Un homme a interrogé le Messager d'Allah ﷺ en disant : "Ô Messager d'Allah, nous voyageons en mer et nous emportons peu d'eau avec nous. Si nous l'utilisons pour nos ablutions, nous aurons soif. Pouvons-nous faire nos ablutions avec l'eau de mer ?" Il ﷺ répondit : "Son eau est pure et ses animaux morts sont licites." »

At-Tirmidhi a rapporté qu'Al-Bukhari l'a authentifié, et Ibn Abd al-Barr a jugé son authenticité car les savants l'ont accepté. Ibn al-Mundhir l'a également authentifié. Ibn al-Athir a dit dans l'explication d'Al-Musnad : « C'est un Hadith authentique et célèbre, les imams l'ont rapporté dans leurs livres, l'ont utilisé comme argument et ses narrateurs sont dignes de confiance. » Cependant, Ash-Shafi'i a dit à propos de sa chaîne de transmission : « Il y a quelqu'un que je ne connais pas. » Ibn Daqiq al-'Id a mentionné les causes de critique ('ilal) de ce Hadith, dont l'ignorance (jahala) concernant Sa'id bin Salama et Al-Mughira ibn Abi Burda mentionnés dans sa chaîne. Pourtant, d'autres spécialistes du Hadith ont affirmé que ces deux narrateurs sont connus. Abu Dawood a dit : « Al-Mughira est connu et An-Nasa'i l'a déclaré digne de confiance. » Al-Hafiz a dit : « On sait par là l'erreur de celui qui a prétendu qu'il était inconnu. » Quant à Sa'id bin Salama, il a été suivi par Safwan bin Sulaym dans sa narration d'après Al-Julah bin Kathir...

  • Autre exemple : Ahmad a rapporté d'après Sa'd bin Abi Waqqas :

سَمِعْتُ النَّبِيَّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ يُسْأَلُ عَنِ اشْتِرَاءِ التَّمْرِ بِالرُّطَبِ فَقَالَ لِمَنْ حَوْلَهُ أَيَنْقُصُ الرُّطَبُ إِذَا يَبُسَ؟ قَالُوا نَعَمْ، فَنَهَى عَنْ ذَلِكَ

« J'ai entendu le Prophète ﷺ être interrogé sur l'achat de dattes sèches contre des dattes fraîches (rutab). Il demanda à ceux qui l'entouraient : "Est-ce que les dattes fraîches diminuent lorsqu'elles sèchent ?" Ils répondirent : "Oui". Alors, il l'interdit. »

At-Tirmidhi a authentifié ce Hadith, mais un groupe l'a critiqué, dont At-Tahawi, At-Tabari, Ibn Hazm et Abdul Haqq, au motif que Zaid Abu Ayyash dans sa chaîne est inconnu. Il est dit dans Al-Talkhis que la réponse est que Ad-Daraqutni a dit qu'il est digne de confiance et fiable (c'est-à-dire Zaid Abu Ayyash). Al-Mundhiri a dit : « Deux narrateurs dignes de confiance ont rapporté de lui, et Malik s'est appuyé sur lui malgré sa rigueur dans la critique... »

De tels Hadiths, dont l'affaiblissement fait l'objet de divergences, sont ceux dont l'usage par les Mujtahids ou l'existence de corroborations (mutaba'at) et de témoignages (shawahid) permettent de les renforcer, les rendant ainsi aptes à servir de preuve. Il est important de noter que tout Hadith faible ne fait pas l'objet d'une recherche de témoignages pour le renforcer ou de l'usage des Mujtahids. Il existe une faiblesse qui ne peut être renforcée par rien, car le Hadith faible se divise en deux catégories :

  • Une catégorie qui n'est pas mise en pratique et ne peut être renforcée par aucun témoignage ou corroboration.
  • Une catégorie qui se renforce par les témoignages et corroborations, et lorsqu'elle est mise en pratique par les Mujtahids et les jurisconsultes reconnus.

Il est mentionné dans notre livre « Al-Shakhsiyya, Tome 1 » : « (...) Il est erroné de dire que le Hadith faible, s'il provient de plusieurs voies faibles, s'élève au rang de Hasan ou de Sahih. En effet, si la faiblesse du Hadith est due à la perversité (fisq) de son narrateur ou à son accusation effective de mensonge, alors le fait qu'il vienne d'autres voies de ce type ne fait qu'ajouter de la faiblesse à la faiblesse... »

Et il y est également dit : « Le Hasan : c'est celui dont l'origine est connue, dont les narrateurs sont célèbres, et sur lequel s'appuie la majeure partie des Hadiths. C'est celui que la plupart des savants acceptent et que l'ensemble des jurisconsultes utilisent. C'est-à-dire qu'il ne doit y avoir dans sa chaîne personne accusé de mensonge, et que ce ne soit pas un Hadith marginal (shadh). Il est de deux types : L'un d'eux : Le Hadith dont les narrateurs de la chaîne ne sont pas exempts d'un individu dont l'état est caché (mastur) et dont l'aptitude n'a pas été vérifiée, mais qui n'est ni insouciant faisant beaucoup d'erreurs, ni accusé de mensonge. Et le texte du Hadith a été rapporté de manière similaire par une autre voie, ce qui l'exclut d'être marginal (shadh) ou désavoué (munkar)... » (Fin de citation).

Ce type est à l'origine faible, mais parce qu'il a des témoignages et des corroborations, il est considéré comme Hasan. C'est ce que disent les spécialistes du Hadith. Il est ainsi mentionné dans le livre Al-Muqaddimah d'Ibn al-Salah, l'un des plus célèbres savants en science du Hadith :

« - Toute faiblesse dans un Hadith ne disparaît pas par le fait qu'il provienne de plusieurs voies, cela varie : ... Il y a une faiblesse qui ne disparaît pas par cela, en raison de l'intensité de la faiblesse et de l'incapacité de ce renfort à la compenser ou à la contrer. C'est le cas de la faiblesse provenant du fait que le narrateur est accusé de mensonge, ou que le Hadith est marginal (shadh)... Et il y a une faiblesse que cela fait disparaître, comme lorsque la faiblesse provient de la faible mémoire du narrateur, alors qu'il fait partie des gens de vérité et de religion. Si nous voyons que ce qu'il a rapporté est venu par une autre voie, nous savons qu'il l'a bien mémorisé et que sa précision n'a pas fait défaut... »

« - ... Il m'est donc apparu clairement que le Hadith Hasan est de deux types : L'un d'eux : Le Hadith dont les hommes de la chaîne ne sont pas exempts d'un individu dont l'état est caché (mastur) dont l'aptitude n'a pas été vérifiée, mais qui n'est ni insouciant faisant beaucoup d'erreurs dans ce qu'il rapporte, ni accusé de mensonge dans le Hadith, c'est-à-dire qu'il n'a pas manifesté d'intention de mentir dans le Hadith ni une autre cause de perversité. Le texte du Hadith est par ailleurs connu pour avoir été rapporté de manière identique ou similaire par une ou plusieurs autres voies, jusqu'à être soutenu par la corroboration de celui qui a suivi son narrateur, ou par un témoignage (shahid) consistant en l'existence d'un autre Hadith similaire. Il sort ainsi de la catégorie du marginal (shadh) et du désavoué (munkar)... » (Fin de citation).

Vous voyez donc que ce Hadith, qui est à l'origine faible, est considéré comme Hasan s'il est rapporté par une autre voie ou s'il est soutenu par une corroboration ou un témoignage... etc.

Par conséquent, si l'on dit d'un Hadith qu'il est faible chez certains spécialistes du Hadith, cela ne suffit pas pour l'écarter et ne pas l'utiliser comme preuve. Il faut plutôt rechercher la cause de sa faiblesse, voir s'il a été utilisé par les Mujtahids et les jurisconsultes reconnus, et s'il possède des témoignages et des corroborations qui le renforcent ou non. Est-ce que tous les gens du Hadith l'ont affaibli ? Ou ont-ils divergé sur la cause de son affaiblissement ? En étudiant tout cela, on décide de l'utiliser comme preuve ou non, et ainsi de suite... C'est sur cette base que nous avons adopté le Hadith :

أَصْحَابِي كَالنُّجُومِ بِأَيِّهِمُ اقْتَدَيْتُمُ اهْتَدَيْتُمْ

« Mes compagnons sont comme les étoiles, peu importe celui que vous suivez, vous serez guidés. »

Où il est apparu ce qui suit :

1- Ce Hadith a été rapporté par plus d'une chaîne et chacune d'elles fait l'objet de critiques, la plus forte étant la version de Jabir (ra) : Abu 'Umar Yusuf al-Namari al-Qurtubi (décédé en 463 AH) a rapporté dans son livre Jami' Bayan al-'Ilm wa Fadlihi : Ahmad bin 'Umar nous a raconté : Abd bin Ahmad nous a rapporté : 'Ali bin 'Umar nous a raconté : Le juge Ahmad bin Kamil nous a raconté : Abdullah bin Rawh nous a raconté : Sallam bin Sulaym nous a raconté : Al-Harith bin Ghusayn nous a raconté, d'après Al-A'mash, d'après Abu Sufyan, d'après Jabir qui a dit : Le Messager d'Allah ﷺ a dit : « Mes compagnons sont comme les étoiles, peu importe celui que vous suivez, vous serez guidés. » Abu 'Umar a dit : « C'est une chaîne qui ne constitue pas une preuve, car Al-Harith bin Ghusayn est inconnu »...

Cependant, Ibn Hazm l'a identifié en disant qu'il s'agit d'Abu Wahb al-Thaqafi. Al-Bukhari l'a également identifié en le mentionnant dans Al-Tarikh al-Kabir. Al-Hafiz Ibn Hajar al-Asqalani l'a suivi dans Al-Amali al-Mutlaqa en disant : « Ibn Hibban l'a mentionné parmi les narrateurs dignes de confiance... on ne peut donc pas dire de lui qu'il est inconnu... »

Ainsi, celui qui a considéré Al-Harith bin Ghusayn comme inconnu, comme Ibn Abd al-Barr, le considère comme faible, tandis que celui qui a su qui était Al-Harith bin Ghusayn et l'a trouvé digne de confiance, comme Ibn Hibban, considère le Hadith comme apte à servir de preuve...

Il existe d'autres objections entre ceux qui affaiblissent le Hadith et ceux qui le jugent Hasan, et nous nous contenterons de ce que nous avons mentionné plus haut...

Par conséquent, les spécialistes du Hadith ne sont pas unanimes sur l'affaiblissement de ce Hadith. Si ce Hadith se trouve chez les Mujtahids et les jurisconsultes reconnus, il est apte à servir de preuve, car il ne fait pas l'objet d'un consensus de faiblesse parmi les spécialistes du Hadith, et il est également mis en pratique par les Mujtahids et les jurisconsultes reconnus. Ainsi, on peut s'en servir comme preuve en toute sérénité.

Je vous cite quelques Mujtahids et jurisconsultes reconnus qui ont utilisé ce Hadith comme preuve :

  • Muhammad bin Ahmad Shams al-A'imma al-Sarakhsi (décédé en 483 AH) l'a utilisé dans son livre Al-Mabsut au sujet de la magistrature (al-qada')... Abu al-Abbas Shihab al-Din connu sous le nom d'al-Qarafi (décédé en 684 AH) l'a utilisé dans son livre Al-Dhakhira lors de l'étude des fondements (usul) de Malik... Abu al-Hasan 'Ali bin Muhammad connu sous le nom d'al-Mawardi (décédé en 450 AH) l'a utilisé dans son livre Al-Hawi al-Kabir lors de l'étude sur les Compagnons... Et Abu Muhammad Muwaffaq al-Din connu sous le nom d'Ibn Qudamah al-Maqdisi (décédé en 620 AH) l'a utilisé dans son livre Al-Mughni dans le chapitre « Section six : la compensation pour ce qui était un gibier terrestre par son équivalent en bétail »...

Comme vous pouvez le constater, le Hadith est utilisé par les Mujtahids et les jurisconsultes reconnus, c'est pourquoi il est considéré comme Hasan.

Ainsi, la question concerne le Hadith dont l'affaiblissement est contesté par les spécialistes du Hadith et non le Hadith dont l'affaiblissement fait l'unanimité. Ce dernier n'est pas pris en compte même s'il est mentionné dans les livres des Mujtahids et des jurisconsultes reconnus, car même si nous supposions par l'absurde qu'il s'y trouve, il resterait faible. Et je dis « supposons par l'absurde » car les Mujtahids et les jurisconsultes reconnus n'utilisent pas le Hadith dont la faiblesse fait l'unanimité...

J'espère que ce sujet est désormais tout à fait clair pour notre cher frère.

Votre frère, Ata bin Khalil Abu Al-Rashta

06 Safar 1438 AH Correspondant au 06/11/2016

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