Série de réponses du savant éminent Ata Bin Khalil Abu Al-Rashtah, Émir du Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook « Fikhi »
Réponse à une question
À Nizar Steitieh
Question :
Assalamou Alaikoum wa Rahmatoullahi wa Barakatouh,
Dans le livre La Personnalité Islamique, Tome III (Oussoul al-Fiqh), sous le chapitre « Pas de jugement avant l'arrivée de la Législation » à la page 28, je cite : « Par conséquent, aucune action ne peut émaner de l'homme, et rien ne peut être lié à l'action de l'homme, sans qu'il n'ait une place pour un jugement dans la Législation (Shari'ah). Et il n'y a de jugement qu'après l'existence de la preuve qui l'indique spécifiquement à partir du discours du Législateur (Ash-Shari'), car il n'y a pas de jugement avant l'arrivée de la Législation. Ainsi, il n'y a pas de jugement avant l'envoi du Messager, et il n'y a pas de jugement après son envoi sans une preuve, issue du message qu'il a apporté, indiquant ce jugement précis. »
La question est : comment concilier cette règle « Pas de jugement avant l'arrivée de la Législation » (la houkm qabla wurud ash-shar') et ce qui a été rapporté dans le Tafsir al-Qurtubi concernant le verset suivant de la sourate At-Tawbah :
وَلَا تُصَلِّ عَلَىٰ أَحَدٍ مِّنْهُم مَّاتَ أَبَداً وَلَا تَقُمْ عَلَىٰ قَبْرِهِ إِنَّهُمْ كَفَرُوا بِاللَّهِ وَرَسُولِهِ وَمَاتُوا وَهُمْ فَاسِقُونَ
« Et ne prie jamais sur l'un d'entre eux qui meurt, et ne te tiens pas sur sa tombe. En vérité, ils ont mécru en Allah et en Son messager et ils sont morts tout en étant pervers. » (QS. At-Tawbah [9]: 84)
Où Al-Qurtubi a mentionné ce qui suit :
« Il contient onze questions : La première : Il a été rapporté que ce verset a été révélé au sujet de Abdallah ibn Ubayy ibn Saloul et de la prière du Prophète ﷺ sur lui. Cela est établi dans les deux Sahih et ailleurs. Les récits concordent sur le fait que le Prophète ﷺ a prié sur lui, et que le verset a été révélé après cela. Il a été rapporté d'après Anas ibn Malik que lorsque le Prophète ﷺ s'est avancé pour prier sur lui, Jibril est venu à lui, a tiré son vêtement et lui a récité le verset "Et ne prie jamais sur l'un d'entre eux qui meurt...", alors le Messager d'Allah ﷺ s'est retiré et n'a pas prié sur lui. Mais les récits authentiques sont contraires à cela ; dans Al-Boukhari, d'après Ibn Abbas, il est dit : "Le Messager d'Allah ﷺ a prié sur lui puis s'est retiré, et il ne s'est écoulé que peu de temps avant que les deux versets de (Bara'ah) ne soient révélés : 'Et ne prie jamais sur l'un d'entre eux qui meurt...'". Quelque chose de similaire est rapporté d'après Ibn Omar par Mouslim. Ibn Omar a dit : "Quand Abdallah ibn Ubayy ibn Saloul est mort, son fils Abdallah est venu vers le Messager d'Allah ﷺ pour lui demander de lui donner sa chemise afin d'y envelopper son père pour l'enterrement, il la lui donna. Puis il lui demanda de prier sur lui. Le Messager d'Allah ﷺ s'est alors levé pour prier sur lui, mais Omar s'est levé et a saisi le vêtement du Messager d'Allah ﷺ en disant : Ô Messager d'Allah, vas-tu prier sur lui alors qu'Allah t'a interdit de prier sur lui ? Le Messager d'Allah ﷺ répondit : Allah m'a laissé le choix en disant : 'Que tu demandes pardon pour eux ou que tu ne le demandes pas... si tu demandes pardon pour eux soixante-dix fois', et je ferai plus de soixante-dix. Il dit : C'est un hypocrite. Le Messager d'Allah ﷺ a alors prié sur lui, puis Allah Tout-Puissant a révélé : 'Et ne prie jamais sur l'un d'entre eux qui meurt, et ne te tiens pas sur sa tombe', alors il a cessé de prier sur eux". Certains savants ont dit : Le Prophète ﷺ n'a prié sur Abdallah ibn Ubayy qu'en se basant sur l'apparence de son islam. Ensuite, il ne le fit plus lorsqu'il lui fut interdit. » Fin de citation d'une partie du Tafsir al-Qurtubi pour le verset 84 de la sourate At-Tawbah.
Est-ce que l'acte du Messager ﷺ de prier sur Abdallah ibn Ubayy ibn Saloul a été abrogé par le noble verset, et y avait-il « l'existence d'un jugement avant l'arrivée de la Législation » contrairement à la règle générale « Pas de jugement avant l'arrivée de la Législation » ?
Je sollicite votre clarification, merci. Wassalamou Alaikoum wa Rahmatoullahi wa Barakatouh.
Réponse :
Walaikoum Assalam wa Rahmatoullahi wa Barakatouh,
Tu demandes s'il y a eu une abrogation de la prière du Messager sur Ibn Ubayy... et si cette prière contredit la règle « Pas de jugement avant l'arrivée de la Législation » ?
Mon frère, nous avons abordé la question de la prière du Prophète ﷺ sur Abdallah ibn Ubayy ibn Saloul dans le livre La Personnalité Islamique, Tome I, au chapitre « Il n'est pas permis au Messager d'être un Moujtahid », et nous y avons clarifié que les hadiths affirmant que le Prophète ﷺ a prié sur Abdallah ibn Ubayy ibn Saloul sont des hadiths rejetés selon la critique du contenu (dirayah) car ils contredisent des textes du Noble Coran qui sont plus forts qu'eux... Il a été mentionné à l'endroit indiqué précédemment, pages 150-152, ce qui suit :
« Quant à Sa parole, qu'Il soit exalté :
وَلَا تُصَلِّ عَلَى أَحَدٍ مِنْهُمْ مَاتَ أَبَداً وَلَا تَقُمْ عَلَى قَبْرِهِ إِنَّهُمْ كَفَرُوا بِاللَّهِ وَرَسُولِهِ وَمَاتُوا وَهُمْ فَاسِقُونَ
"Et ne prie jamais sur l'un d'entre eux qui meurt, et ne te tiens pas sur sa tombe. En vérité, ils ont mécru en Allah et en Son messager et ils sont morts tout en étant pervers." (QS. At-Tawbah [9]: 84)
Elle est intervenue après Sa parole, qu'Il soit exalté :
فَإِنْ رَجَعَكَ اللَّهُ إِلَى طَائِفَةٍ مِنْهُمْ فَاسْتَأْذَنُوكَ لِلْخُرُوجِ فَقُلْ لَنْ تَخْرُجُوا مَعِيَ أَبَداً وَلَنْ تُقَاتِلُوا مَعِيَ عَدُوّاً إِنَّكُمْ رَضِيتُمْ بِالْقُعُودِ أَوَّلَ مَرَّةٍ فَاقْعُدُوا مَعَ الْخَالِفِينَ * وَلَا تُصَلِّ عَلَى أَحَدٍ مِنْهُمْ
"Si Allah te ramène vers un groupe d'entre eux et qu'ils te demandent la permission de sortir, alors dis : 'Vous ne sortirez plus jamais avec moi, et vous ne combattrez plus jamais d'ennemi avec moi. Vous avez accepté de rester assis la première fois, alors restez avec ceux qui demeurent en arrière.' * Et ne prie jamais sur l'un d'entre eux..." (QS. At-Tawbah [9]: 83-84)
Allah a clarifié dans le verset : "Si Allah te ramène vers un groupe d'entre eux..." que le Messager ne doit pas les emmener dans ses conquêtes, et ce, afin de les décourager et de les humilier afin qu'ils n'obtiennent pas l'honneur du Jihad et de la sortie avec le Messager. Et Il clarifie dans le verset qui suit immédiatement : "Et ne prie jamais sur l'un d'entre eux...", une autre chose concernant leur humiliation. C'était lors de la campagne contre les hypocrites pour les éliminer. Ce verset, celui qui le précède et celui qui le suit clarifient les jugements relatifs aux hypocrites et la manière dont ils doivent être traités, à savoir par le mépris, l'humiliation et leur abaissement du rang des croyants. Rien dans le verset n'indique que le Messager a fait un effort d'interprétation (ijtihad) sur un jugement, et que le verset est venu indiquer le contraire ; c'est plutôt une législation initiale concernant les hypocrites, en harmonie avec les versets sur les hypocrites répétés dans la même sourate. Il n'apparaît ni explicitement, ni par déduction, ni par le sens littéral ou implicite, ni quoi que ce soit qui soulève le moindre doute qu'il s'agisse d'une correction d'un ijtihad ou d'un avertissement sur une erreur. Quant aux informations rapportées sur la circonstance de la révélation de ce verset, ce sont des récits isolés (akhbar ahad) qui ne valent pas comme preuve pour les croyances ('aqa'id) et ne peuvent contredire le texte définitif (qati') qui limite la transmission des jugements par le Messager à ce qui vient de la Révélation uniquement, et qu'il ne suit que la Révélation. De plus, ces hadiths présentent Omar ibn al-Khattab comme tentant d'empêcher le Messager de prier sur un cercueil ; soit il veut l'empêcher d'un acte par lequel il légifère un jugement, soit il empêche le Messager d'accomplir une adoration selon un jugement légal déjà légiféré, et le Messager se tait puis revient à son avis après la révélation du verset. Cela n'est pas permis à l'égard du Messager. L'application de ce hadith contredit le fait que le Messager est un prophète, donc le hadith est rejeté selon la critique du contenu (dirayah). Le hadith indique que le Messager a donné sa chemise à Abdallah ibn Ubayy et qu'il voulait prier sur lui alors qu'il était le chef des hypocrites. Abdallah ibn Ubayy avait été démasqué par Allah après la bataille des Banu al-Mustaliq, et son fils était venu vers le Messager pour savoir si ce dernier avait décidé de le tuer, afin qu'il se charge lui-même de tuer son père. Allah le Très-Haut a révélé la sourate Al-Munafiqun après la bataille des Banu al-Mustaliq et y a dit au Messager :
هُمُ الْعَدُوُّ فَاحْذَرْهُمْ قَاتَلَهُمُ اللَّهُ أَنَّى يُؤْفَكُونَ
« C'est eux l'ennemi. Prends-y garde. Qu'Allah les extermine ! Comme les voilà détournés (du droit chemin). » (QS. Al-Munafiqun [63]: 4)
Et Il y a dit :
فَطُبِعَ عَلَى قُلُوبِهِمْ
« ... leurs cœurs ont donc été scellés. » (QS. Al-Munafiqun [63]: 3)
Et Il y a dit :
وَاللَّهُ يَشْهَدُ إِنَّ الْمُنَافِقِينَ لَكَاذِبُونَ
« ... et Allah témoigne que les hypocrites sont assurément des menteurs. » (QS. Al-Munafiqun [63]: 1)
Comment le Messager pourrait-il ensuite venir donner sa chemise au chef des hypocrites et tenter de prier sur lui pour en être empêché par Omar ? Cela contredit les versets. Le verset de At-Tawbah a été révélé en l'an 9, plusieurs années après la sourate Al-Munafiqun. Les hadiths concernant Omar, la chemise, et d'autres hadiths contredisent la réalité du traitement des hypocrites après la bataille des Banu al-Mustaliq, et contredisent les versets révélés précédemment au sujet des hypocrites. C'est pourquoi ils sont également rejetés de ce point de vue selon la critique du contenu (dirayah). » Fin de citation.
Tant que ces hadiths sont rejetés selon la dirayah, il n'y a aucun sens à parler de l'abrogation de ces hadiths par le noble verset : « Et ne prie jamais sur l'un d'entre eux qui meurt... ». En effet, en rejetant ces hadiths par la dirayah, il ne reste rien qui prouve que le Prophète ﷺ a prié sur les hypocrites (sur Abdallah ibn Ubayy ibn Saloul, chef des hypocrites), puis que le noble verset est venu lui interdire cela pour être abrogatif du jugement de la permission de prier sur les hypocrites, tel qu'indiqué par les hadiths mentionnés.
À la lumière de ce que nous avons mentionné ci-dessus, il n'y a pas eu de prière sur Ibn Ubayy. Par conséquent, il n'y a pas eu de jugement avant l'arrivée de la Législation, et il n'y a pas d'abrogation.
Ceci est la réponse à ta question, et Allah est plus Savant et plus Sage.
Votre frère Ata Bin Khalil Abu Al-Rashtah
12 Safar 1441 de l'Hégire Correspondant au 11/10/2019