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Réponse à une question : L'invasion russe de l'Ukraine, ses dimensions et ses répercussions

March 06, 2022
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Réponse à une question

Question : Tous les indicateurs suggèrent que la crise actuelle en Ukraine est en réalité une crise entre la Russie et l'Occident, et non un simple différend entre la Russie et l'Ukraine. Certains la comparent à l'occupation de la Tchécoslovaquie par l'Allemagne nazie pièce par pièce en 1939, puis de la Pologne, jusqu'au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale... L'attaque de la Russie contre l'Ukraine le 24 février 2022 et sa poursuite jusqu'à aujourd'hui pourraient-elles mener à une guerre mondiale ? Les réactions des États-Unis et de l'Europe, consistant à imposer des sanctions sans intervention militaire, sont-elles adaptées à cette attaque ? S'agit-il d'un piège pour que la Russie s'enlise dans le bourbier ukrainien ? Si tel est le cas, quel en est l'objectif ? Merci.

Réponse : Pour clarifier la situation concernant ces interrogations, nous passons en revue les points suivants :

Premièrement : Les jours passés ont prouvé sans l'ombre d'un doute que le président russe souffre de la folie des grandeurs. Il estime que dans les conditions internationales actuelles, la Russie peut restaurer son statut international de grande puissance aux côtés de l'Amérique. Il critique amèrement la manière indécente dont l'Occident traite la Russie, dénonce sa marginalisation dans les questions internationales et l'avancée de l'OTAN vers l'Est. Il exige le retrait des bases militaires américaines des pays ayant rejoint l'OTAN après 1997, à savoir la Pologne, la Roumanie et d'autres pays d'Europe de l'Est. Ce qui a clairement indiqué cette folie des grandeurs est :

  1. Poutine a reçu les dirigeants de la France, de l'Allemagne et de l'Iran d'une manière diplomatiquement inconvenante, ainsi que le président turc peu de temps auparavant. Certains ont été contraints de l'attendre dans des salles remplies de symboles des victoires russes. La sécurité russe a exigé du président français Macron, à son arrivée à l'aéroport, qu'il effectue un test PCR, et Poutine s'est assis à six mètres de distance de lui, ce qu'il n'a pas fait avec les présidents du Kazakhstan et de la Biélorussie qui lui ont rendu visite à la même période. Il a également fait signe au chancelier allemand de marcher derrière lui en sortant de la salle de conférence de presse !

  2. La vision de Poutine, déclarée de manière explicite et sans équivoque, selon laquelle l'Ukraine n'est pas un État, que la Russie lui a cédé des territoires pour former un État et l'a soutenue à hauteur de 150 milliards de dollars au fil des décennies. Il a qualifié ses dirigeants de personnes occupant illégalement le pouvoir à Kiev. Tout cela indique qu'il ne voit dans la région eurasiatique (le point de rencontre entre l'Europe et l'Asie) que la Russie. C'est cette vision de la région eurasiatique et du rôle central de la Russie qui l'a poussé à envoyer des troupes de l'Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) au Kazakhstan lors de l'insurrection du début de l'année 2022 pour en prendre le contrôle...

  3. Poutine ne s'est pas soucié d'humilier tous les pays européens lorsqu'il a demandé des garanties de sécurité pour la Russie en Europe directement aux États-Unis, malgré les vives critiques initiales de la France et d'autres pays appelant à ce que la sécurité de l'Europe soit d'abord entre les mains des Européens. Poutine a agi ainsi parce qu'il se considère comme l'égal des États-Unis, et non des pays européens. Lorsque Macron a proposé une médiation lors de sa visite en Russie, Poutine a répondu que la France ne dirigeait pas l'OTAN...

Deuxièmement : Le Kremlin a annoncé dans un communiqué que le président russe Poutine avait informé son homologue français Macron, le 28 février 2022 lors d'un appel téléphonique, des conditions russes pour l'arrêt de la guerre : « la reconnaissance de la souveraineté de la Russie sur la Crimée, la démilitarisation de l'État ukrainien, sa "dénazification" et la garantie de son statut neutre » (AFP, 28/02/2022). Nous avions mentionné dans une réponse à une question datée du 22/12/2021 ce qui suit : « Ainsi, la crise actuelle révèle que la Russie vise d'abord à ce que le maintien de la Crimée en son sein ne soit plus remis en question, mais devienne un fait accompli par une reconnaissance internationale américano-européenne. Le deuxième objectif est que l'Est de l'Ukraine échappe à l'autorité ukrainienne pour être rattaché de fait à la Russie. Le troisième objectif, le plus influent, est d'empêcher l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN, ce pour quoi elle exige des garanties ». Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, l'a confirmé en déclarant : « Les forces armées de son pays poursuivront l'opération militaire spéciale en Ukraine jusqu'à ce qu'elle atteigne ses objectifs. Les pays occidentaux doivent cesser de construire des installations militaires dans les pays de l'ex-Union soviétique non membres de l'OTAN. Le monde occidental utilise le peuple ukrainien pour combattre la Russie. L'important est de protéger la Russie contre la menace militaire posée par les pays occidentaux » (Anadolu, 01/03/2022).

Par conséquent, cette crise est l'une des plus grandes crises mondiales récentes et constituera un conflit acharné entre la Russie et l'Occident. Il est donc peu probable que la Russie s'arrête avant d'avoir atteint ses objectifs, sinon ses pertes seraient terribles... Et il est peu probable que l'Occident accepte ces conditions... Pour cette raison, les circonstances actuelles ont exacerbé l'intensité de cette crise au point d'évoquer la menace de l'arme nucléaire. Le porte-parole de la présidence russe, Peskov, a annoncé que « le président Vladimir Poutine a ordonné de placer les forces de dissuasion stratégique russes en état d'alerte de combat clair et explicite » (TASS, 28/02/2022), ce qui inclut l'arme nucléaire défensive et non offensive. Les forces de dissuasion stratégique se divisent en forces offensives stratégiques et forces défensives stratégiques. Le ministère russe de la Défense a annoncé qu'il avait « placé les forces de missiles stratégiques, les flottes du Nord et du Pacifique ainsi que l'aviation stratégique en état d'alerte » (RIA Novosti, 28/02/2022). La Russie a réitéré ses exigences par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, en affirmant : « L'obtention de garanties de sécurité juridiquement contraignantes de la part des pays de l'OTAN est d'une importance fondamentale pour la Russie » (TASS, 01/03/2022). Il n'y a donc pas de recul de la part de la Russie sur ses objectifs dans ce cas, à moins que les Ukrainiens ne manifestent une résistance acharnée et ne poursuivent leur combat, comme l'ont fait les moudjahidines afghans contre l'Union soviétique dans les années quatre-vingt du siècle dernier...

Troisièmement : La position américaine : Il est clair que l'Amérique a fait tout son possible pour attirer la Russie dans le bourbier ukrainien par la ruse et la provocation :

  1. L'Amérique n'a pas répondu aux demandes de garanties de sécurité de la Russie et a œuvré pour l'impliquer en Ukraine. Elle a poussé le gouvernement ukrainien à la provoquer en lançant des attaques dans l'Est sur la région du Donbass. Cette provocation a été accentuée par les déclarations américaines, notamment celles de Biden lors d'une conférence de presse le 19/01/2022 : « Mon sentiment est qu'il (Poutine) va bouger, il doit faire quelque chose. La Russie sera tenue pour responsable si elle envahit, et cela dépend de ce qu'elle fera. Ce sera différent s'il s'agit d'une incursion mineure de la part de la Russie en Ukraine, dont le prix pourrait ne pas être élevé contrairement à une invasion totale » (CNN, 20/01/2022). Suite à cela, un responsable ukrainien anonyme a déclaré à CNN : « Biden donne le feu vert au président russe Poutine pour entrer en Ukraine. Kiev est stupéfaite par ces déclarations » !

  2. Lorsque l'opération militaire russe contre l'Ukraine a commencé, le président américain Biden a annoncé que « l'Amérique n'interviendrait pas si la Russie intervenait en Ukraine, mais qu'elle interviendrait si elle intervenait dans les pays de l'OTAN ». Il a annoncé « l'envoi d'environ 7 000 soldats américains supplémentaires en Allemagne », s'ajoutant aux quelque 5 000 soldats déjà déployés par l'Amérique en Allemagne, en Pologne et en Roumanie. Il a également annoncé une série de sanctions contre la Russie. Biden a déclaré : « Nos forces ne vont pas en Europe pour combattre en Ukraine, mais pour défendre nos alliés de l'OTAN et rassurer les alliés de l'Est » (Al Jazeera, 24/02/2022). Il a réitéré cela dans le discours sur l'état de l'Union en disant : « Les forces de son pays ne s'engageront dans aucun combat contre la Russie, mais elles empêcheront l'avancée des forces russes vers l'ouest vers d'autres pays européens. Elles défendront chaque pouce de territoire de n'importe quel pays membre de l'OTAN » (Al Jazeera, 02/03/2022). Il a également annoncé la fermeture de l'espace aérien de l'alliance aux avions russes, tout comme l'ont fait les pays européens et le Canada. Ces déclarations du président américain ont encouragé la Russie et l'ont incitée à entreprendre et à poursuivre son opération militaire en Ukraine. Des déclarations de l'OTAN ont suivi dans la même veine. Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a déclaré lors d'une conférence de presse avec le président polonais à Varsovie le 01/03/2022 : « L'OTAN ne sera pas partie à ce conflit. Mais elle apportera toutes sortes de soutiens militaires à l'Ukraine. Elle n'y enverra aucun soldat. L'alliance est défensive et ne cherche pas la confrontation avec la Russie. Nous essayons d'aider l'Ukraine autant que possible et les alliés de l'OTAN ont imposé un coût élevé à la Russie » (Anadolu, 01/03/2022), reflétant exactement l'opinion américaine...

  3. L'Amérique traitait la Russie avec provocation. La Russie attendait la rencontre entre son ministre des Affaires étrangères Lavrov et le secrétaire d'État américain Blinken à Genève le 24/02/2022, mais Blinken a annulé la visite. (Le secrétaire d'État américain Antony Blinken a annoncé mardi dernier qu'il annulait la rencontre prévue avec son homologue russe Sergueï Lavrov après la reconnaissance par Moscou des deux régions séparatistes de l'Est de l'Ukraine et l'envoi de troupes. Blinken a déclaré lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue ukrainien Dmytro Kuleba à Washington : « Puisque nous avons vu que l'invasion a commencé et que la Russie a clairement rejeté toute option diplomatique, il n'y a aucun sens à se rencontrer pour le moment » Al-Bayan, 23/02/2022). Cela a fait échouer la réunion avant même qu'elle ne se tienne, provoquant ainsi la Russie. Ensuite, les avertissements américains sur une invasion imminente de l'Ukraine se sont succédé de manière provocante, alors que la Russie déclarait qu'elle n'avait pas l'intention d'envahir. Tout ce qui émanait de Washington était provocateur pour la Russie, comme pour la pousser à l'invasion. L'Amérique a renforcé cela en déclarant à plusieurs reprises qu'elle ne combattrait pas en Ukraine car cette dernière n'est pas membre de l'OTAN. Parallèlement, l'Amérique multiplie les livraisons de nouvelles armes à l'Ukraine, transportées quotidiennement par des avions américains, avec des cargaisons de missiles Stinger et d'antichars !

  4. Puis l'Amérique a accéléré ses annonces d'une invasion russe imminente, affirmant qu'elles étaient basées sur des renseignements, ce qui a accru le sentiment de danger international. Tout le monde attendait l'invasion russe d'heure en heure au rythme des déclarations du président Biden, de ses secrétaires d'État et de la Défense, de leurs porte-paroles et de la presse américaine. L'Amérique a également accru les risques de guerre en décidant de retirer son personnel de la mission de surveillance de la ligne de contact dans la région contestée du Donbass. Ce personnel américain fait partie de la mission de sécurité européenne (OSCE), et la Russie a ressenti un grand danger suite à leur retrait. Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a déclaré : (« Certains pays » ont décidé de retirer leurs citoyens employés dans la mission de surveillance spéciale de l'organisation en Ukraine, sous prétexte de « l'aggravation des conditions de sécurité ». Elle a ajouté que ces décisions suscitaient la profonde inquiétude de Moscou, avertissant contre « l'entraînement délibéré de la mission dans l'hystérie militaire alimentée par Washington et son utilisation comme outil pour une éventuelle provocation ». Sada El-Balad, 13/02/2022). En d'autres termes, la Russie a probablement vu que l'Amérique voulait attiser le conflit extrêmement sensible dans le Donbass, un conflit gelé depuis 2015.

  5. Cette augmentation des provocations américaines a coïncidé avec l'annonce par l'Amérique qu'elle avait presque sécurisé le gaz pour le continent européen comme alternative au gaz naturel russe, que la Russie pourrait couper ou dont les pipelines ukrainiens pourraient être affectés par la guerre. Cela signifie priver la Russie du marché européen et trouver des alternatives avec le gaz américain, qatari et auprès d'importateurs asiatiques, notamment les Japonais détenteurs de contrats de gaz à terme. Cela intervient alors que l'hiver est doux et que le printemps approche, période où le besoin de gaz naturel est moindre... Des événements extrêmement graves se produisaient également à l'extrême Est de la Russie : l'armée russe a annoncé qu'un sous-marin nucléaire américain était entré dans les eaux territoriales russes aux îles Kouriles, qu'il n'avait pas répondu aux avertissements russes et que des navires russes avaient utilisé des méthodes plus musclées pour le forcer à battre en retraite, l'opération ayant duré 3 heures. Ces îles Kouriles sont des îles japonaises occupées par la Russie lors de la Seconde Guerre mondiale et que le Japon réclame toujours. En raison du refus de la Russie de répondre à ces revendications, Tokyo n'a signé aucun accord de cessez-le-feu avec la Russie depuis 1945, ce qui signifie que le Japon est officiellement toujours en état de guerre avec la Russie. Cela signifiait que la peur de la Russie envers l'Amérique s'était accentuée : l'Amérique allait-elle pousser le Japon à occuper les îles Kouriles ?

  6. Ainsi, les choses continuent dans la direction de la provocation et de l'escalade, étape par étape, jusqu'à ce que la Russie s'enlise profondément dans le bourbier ukrainien. D'ici là, les provocations américaines et britanniques se poursuivent, entraînant avec elles les provocations européennes comme l'arrêt par l'Allemagne de Nord Stream 2. D'un côté, l'Amérique continue d'inciter la Russie à la guerre en Ukraine en ne la menaçant pas de manière efficace, se contentant d'afficher son intention de sanctions, Blinken qualifiant même les préparatifs russes de prélude à une invasion « réussie » ! D'un autre côté, les demandes de l'Ukraine d'adhérer à l'OTAN et ses réclamations d'armement auprès de l'Occident augmentent, ce qui accroît les risques pour la Russie. Cela continue jusqu'à ce que la seule porte ouverte pour la Russie pour traiter ses risques sécuritaires autour de l'Ukraine soit l'invasion et la guerre. C'est ce que veut l'Amérique qui piège l'Ukraine pour la Russie, et il ne semble pas que la Russie soit capable d'arrêter ce processus aujourd'hui après être tombée dans les filets de son propre plan stupide !

Quatrièmement : La position européenne : Le Haut Représentant de l'Union européenne, Josep Borrell, a déclaré le 22/02/2022 que c'était un jour noir pour l'Europe, le jour où la Russie a reconnu les républiques de Donetsk et Lougansk. Le Premier ministre britannique Johnson a déclaré il y a quelques jours que nous étions entrés dans une nouvelle compétition stratégique avec la Russie qui pourrait durer toute une génération. Tout cela laisse la porte ouverte à toutes les éventualités, y compris les menaces nucléaires.

Malgré cela, l'Europe a tenté de calmer la situation et de s'entendre avec la Russie. Ses dirigeants en France et en Allemagne ont communiqué avec elle. Le président français Macron a visité Moscou et s'est entretenu par téléphone à plusieurs reprises avec Poutine, la dernière fois après le début de l'opération militaire. L'Élysée a annoncé que Macron « a réitéré lors de la conversation la demande de la communauté internationale d'arrêter l'offensive russe sur l'Ukraine, et a réaffirmé l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu immédiat, l'arrêt de toutes les frappes et attaques sur les civils et leurs habitations, la préservation de toutes les infrastructures civiles et la sécurisation des routes, en particulier la route au sud de Kiev » (AFP, 28/02/2022). De même, le chancelier allemand Olaf Scholz s'est rendu à Moscou, s'est entretenu avec Poutine et a déclaré : « Il ne fait aucun doute pour nous, Allemands, et pour tous les Européens, qu'une sécurité stable ne peut être réalisée contre la Russie, mais seulement avec elle... C'est ce sur quoi nous sommes tombés d'accord avec le président russe : les chances d'un règlement de la crise actuelle en Europe sont toujours présentes » (Russia Today, 15/02/2022).

Pourtant, l'Europe s'est effectivement retrouvée impliquée dans la crise ukrainienne comme l'Amérique le souhaitait. Elle a été contrainte d'annoncer son soutien total à l'Ukraine, de l'aider avec du matériel militaire et des armes sophistiquées, et d'imposer des sanctions à la Russie dans divers domaines, allant jusqu'à mener une guerre totale sans envoyer de soldats. Le chancelier Olaf Scholz a déclaré sur son compte Twitter le 26/02/2022 : « L'agression russe contre l'Ukraine constitue un tournant. Elle menace l'ordre établi depuis l'après-Seconde Guerre mondiale... Dans cette situation, nous devons aider l'Ukraine autant que possible à se défendre contre l'invasion absurde de Poutine ». L'Allemagne a décidé d'envoyer mille lance-roquettes et 500 missiles sol-air de type Stinger. Scholz a déclaré devant le Parlement allemand : « Avec l'invasion de l'Ukraine, nous sommes entrés dans une nouvelle ère. L'Allemagne investira désormais, année après année, plus de 2 % de son PIB dans notre secteur de la défense. Elle investira 100 milliards d'euros dans l'équipement militaire cette année. L'objectif est de parvenir à une armée forte, moderne et sophistiquée capable de nous protéger de manière fiable » (AFP, 27/02/2022). Après l'opération militaire russe, il a annoncé la suspension du gazoduc Nord Stream 2.

Le responsable de la politique étrangère de l'UE, Josep Borrell, a annoncé le 27/02/2022 que « l'Union a décidé d'accorder une aide militaire à l'Ukraine, comprenant des armes d'une valeur de 450 millions d'euros et des équipements de protection d'une valeur de 50 millions d'euros. Cela sera financé par la Facilité européenne pour la paix et par le fonds intergouvernemental » (Anadolu, 28/02/2022). Lors d'une réunion d'urgence de l'UE à Bruxelles, le président du Conseil européen Charles Michel a déclaré : « Les sanctions auront également un impact sur nous, mais c'est le prix à payer pour défendre notre liberté ». Borrell a ajouté : « Nous assistons à la naissance d'une nouvelle géopolitique européenne. La catastrophe à laquelle l'Europe est confrontée aujourd'hui l'oblige plus que jamais à l'unité et à la coopération ». La présidente de la Commission européenne, Von der Leyen, a déclaré : « Le destin de l'Europe est en jeu pendant la guerre en Ukraine » (Al Jazeera, 01/03/2022).

On voit ici que l'Europe a été entraînée dans cette guerre qui a bouleversé l'état de paix qu'elle connaissait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, se retrouvant sous la menace russe, sans compter ses lourdes pertes économiques dues à la perte des ressources énergétiques russes. L'UE importe environ 40 % de son gaz et 27 % de son pétrole de Russie. L'Amérique souhaite que l'Europe se tourne vers elle pour dépendre de son gaz à des coûts exorbitants et de moindre qualité. Le gazoduc Nord Stream 2 devait lui fournir un tiers de sa demande extérieure à un coût inférieur d'environ 25 %. Poutine a déclaré lors de la conférence de presse avec Scholz, montrant sa faveur aux Allemands : « Le consommateur allemand, qu'il soit industriel ou domestique, reçoit du gaz de Russie à un prix cinq fois inférieur (au prix actuel). Que le citoyen allemand vérifie son portefeuille et dise s'il est prêt à acheter du gaz à un prix 3 à 5 fois plus élevé. Il doit donc remercier l'ancien chancelier Schröder qui a soutenu le projet Nord Stream 1, par lequel l'Allemagne reçoit environ 55 milliards de mètres cubes de gaz via des contrats à terme » (Russia Today, 15/02/2022). Poutine a mentionné que l'Allemagne détient 60 % du marché russe. Poutine agit ainsi uniquement pour inciter l'Europe à coopérer avec la Russie et à ne pas se ranger contre elle aux côtés de l'Amérique, tout en la rassurant sur le fait que la Russie n'a pas de visées sur elle, afin de se protéger du côté européen.

Cinquièmement : La position chinoise : La Chine s'est beaucoup rapprochée de la Russie sur cette question. Elle a soutenu la Russie en déclarant que les pays occidentaux devaient prendre au sérieux les demandes de sécurité russes. Pour mobiliser le soutien international à sa politique, Poutine a visité Pékin (lors des Jeux Olympiques d'hiver) et a rencontré le président chinois le 02/02/2022. La Chine a annoncé dans un communiqué conjoint qu'elle s'opposait à l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN. Les deux pays ont affiché l'unité de leurs positions face à l'hégémonie américaine, appelé à la multipolarité et déclaré qu'une nouvelle ère dans les relations internationales avait commencé. Ils ont signé des contrats majeurs pour l'investissement chinois dans le gaz et le pétrole russes et pour porter leurs échanges commerciaux à 200 milliards de dollars par an. Cependant, il semble que la Chine attende de voir comment les choses évolueront pour la Russie en Ukraine avant de décider d'une démarche similaire pour annexer Taïwan. Des voix s'élèvent en Chine disant : « C'est la meilleure occasion de récupérer Taïwan maintenant » sur la version chinoise de Twitter. La Chine a refusé les sanctions contre la Russie pour éviter un traitement similaire si elle venait à prendre Taïwan par la force. Elle s'est abstenue d'utiliser son droit de veto sur un projet de résolution condamnant l'agression russe, préférant ne pas voter pour éviter une campagne occidentale contre elle, montrant ainsi qu'elle ne soutient pas inconditionnellement la Russie. À noter que la Chine n'a pas critiqué la Russie pour son invasion et rejette la faute sur l'Amérique, tout en valorisant les principes de stabilité et d'intégrité territoriale. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a déclaré lors d'une conversation avec son homologue ukrainien : « Concernant la crise actuelle, la partie chinoise appelle l'Ukraine et la Russie à trouver un moyen de la résoudre par la négociation et soutient tous les efforts internationaux constructifs vers un règlement politique » (TASS, 01/03/2022). Il avait également déclaré l'opposition de son pays aux sanctions : « La Chine non seulement ne soutient pas les sanctions comme moyen de résoudre les problèmes, mais elle s'oppose encore plus aux sanctions unilatérales qui contredisent le droit international » (TASS, 27/02/2022).

Sixièmement : Conclusion :

  1. L'Amérique a (réussi) à impliquer la Russie dans une invasion totale ou quasi totale de l'Ukraine... Cela placera la Russie face à des tensions locales et des secousses politiques, économiques et éventuellement militaires pendant des années, qu'elle se contente de l'occupation de l'Est de l'Ukraine ou qu'elle s'étende à d'autres régions. Cela pourrait même affecter le maintien de Poutine au pouvoir...

  2. De même, le statut international de la Russie sera affecté par ces secousses, si ce n'est jusqu'à la chute ! La campagne internationale, sous pression américaine puis européenne, s'est élargie pour souligner que la Russie attaque des États souverains. Dans le même temps, l'Amérique et l'Europe ont oublié ou feint d'oublier leurs propres attaques contre de nombreux pays souverains en Asie et en Afrique... Tous ces pays, Russie, Amérique et Europe, sont issus de la même source et n'accordent aucune valeur à la vie humaine !

  3. Quant à savoir si ces attaques mèneront à une Troisième Guerre mondiale, comme ce fut le cas pour la Seconde après l'attaque de l'Allemagne nazie contre la Tchécoslovaquie, la situation est quelque peu différente... Son déclenchement est indissociable de la guerre nucléaire car ces armes existent dans ces pays, et ils y réfléchiront à mille reprises avant de passer à l'acte. Non pas parce qu'elles détruiraient autrui, ce qui ne leur importe guère, mais parce qu'elles pourraient les frapper eux-mêmes. Ils n'ont d'autres valeurs que ce qui leur est utile, même si cela nuit aux autres ! Al Jazeera a publié une interview de Lavrov le 02/03/2022 où il déclarait : (Répondant à une question sur le risque d'une Troisième Guerre mondiale, Lavrov a dit que les dirigeants des cinq pays membres permanents ont signé une déclaration affirmant qu'une guerre mondiale ne doit pas éclater, car elle serait nucléaire et sans vainqueur, soulignant que c'est Biden qui a dit que les sanctions contre la Russie étaient la seule alternative à la Troisième Guerre mondiale). Ce même Lavrov, dont l'État ne voit aucun inconvénient à bombarder une centrale nucléaire tant que les dommages restent loin d'eux et proches des autres ! Al Jazeera a rapporté aujourd'hui : (L'événement le plus marquant a eu lieu à la centrale nucléaire de Zaporijia, où l'Ukraine a parlé d'un bombardement russe ayant provoqué un incendie maîtrisé plus tard ; mais cela a fait des victimes parmi les employés, selon la version ukrainienne, tandis que le ministère russe de la Défense a accusé les forces ukrainiennes d'en être responsables... Al Jazeera, 04/03/2022).

  4. Telles sont les grandes puissances du monde d'aujourd'hui, des bêtes de la jungle où le fort dévore le faible, et si celui-ci appelle à l'aide, il ne trouve personne... L'histoire se répète, et le conflit des grandes puissances aujourd'hui rappelle celui des Perses et des Romains autrefois. Cette situation ne sera corrigée que par ce qui a corrigé ses débuts : un gouvernement par ce qu'Allah a révélé et le jihad pour Sa cause. Ainsi, le faible est protégé et l'opprimé obtient justice. C'est alors que reviendra le Califat dont le Messager d'Allah ﷺ nous a annoncé la bonne nouvelle :

ثُمَّ تَكُونُ خِلَافَةً عَلَى مِنْهَاجِ النُّبُوَّةِ

« Puis, il y aura un Califat selon la méthode de la prophétie. »

Dans ce Califat, le fort sera faible jusqu'à ce que le droit lui soit repris, comme l'a dit le Calife bien-guidé Abou Bakr As-Siddiq : « ...Le plus fort d'entre vous est à mes yeux le plus faible jusqu'à ce que je lui reprenne le droit d'autrui, et le plus faible d'entre vous est à mes yeux le plus fort jusqu'à ce que je lui obtienne son droit... » C'est ainsi que le bien se répandra dans le Dar al-Islam.

وَيَوْمَئِذٍ يَفْرَحُ الْمُؤْمِنُونَ * بِنَصْرِ اللَّهِ يَنْصُرُ مَنْ يَشَاءُ وَهُوَ الْعَزِيزُ الرَّحِيمُ

« Ce jour-là, les croyants se réjouiront du secours d'Allah. Il secourt qui Il veut, et Il est le Tout-Puissant, le Très Miséricordieux. » (Sourate Ar-Rum [30]: 4-5)

Le 1er Cha'ban 1443 de l'Hégire 04/03/2022

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