(Série de réponses du grand savant Ata bin Khalil Abu al-Rashtah, Émir de Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook « Fiqhi »)
À Fuad Hus
Question :
Assalamou Alaikoum Wa Rahmatoullahi Wa Barakatouh,
Cher Sheikh,
Comme il est notoire, l'intégralité de la terre de Palestine est usurpée par l'entité juive. Il existe de nombreux biens immobiliers et terrains usurpés dont les véritables propriétaires sont inconnus. Certains de ces terrains sont attribués par l'État juif à des individus ou à des entreprises pour y investir dans des projets privés. Vivant en Palestine, on m'a proposé de louer un local commercial dans un bâtiment appartenant à un Juif sur des terres usurpées dans l'un des villages de Palestine, dont les propriétaires sont inconnus (soit des réfugiés, soit des déplacés).
Est-il permis de louer ce bien ? Le jugement change-t-il si les véritables propriétaires sont inconnus ? Ou doit-il être traité comme un bien usurpé sur lequel toute transaction de vente, d'achat ou de location est interdite ?
Qu'Allah vous bénisse, cher Sheikh, qu'Il augmente votre force physique et l'étendue de votre science, et qu'Il accorde la victoire par vos mains.
Réponse :
Wa Alaikoum Assalam Wa Rahmatoullahi Wa Barakatouh,
Cher frère, le bien usurpé demeure la propriété de son possesseur originel ; il n'est donc pas permis de l'acheter ou de le louer auprès de l'usurpateur. Voici le détail de cette question :
Le bien volé ou usurpé appartient à son propriétaire où qu'il se trouve. Ahmad a rapporté d'après Samura que le Messager d'Allah (saw) a dit :
إِذَا سُرِقَ مِنَ الرَّجُلِ مَتَاعٌ، أَوْ ضَاعَ لَهُ مَتَاعٌ، فَوَجَدَهُ بِيَدِ رَجُلٍ بِعَيْنِهِ، فَهُوَ أَحَقُّ بِهِ، وَيَرْجِعُ الْمُشْتَرِي عَلَى الْبَائِعِ بِالثَّمَنِ
"Si un bien est volé à un homme, ou qu’il l’égare, et qu’il le retrouve précisément entre les mains d’un autre homme, alors il y a plus de droit sur ce bien. L’acheteur doit alors se faire rembourser le prix par le vendeur."
Ce texte prouve que le bien volé appartient à son propriétaire originel. De même, le Messager (saw) a dit :
عَلَى اليَدِ مَا أَخَذَتْ حَتَّى تُؤَدِّيَ
"La main est responsable de ce qu'elle a pris jusqu'à ce qu'elle le restitue." (Rapporté par at-Tirmidhi qui a précisé que c'est un hadith Hassan). Ceci s'applique au bien usurpé (al-mal al-maghsub).
Ainsi, quiconque usurpe un terrain commet un acte illicite (haram) et un péché grave selon la parole du Prophète (saw) :
من ظلم قِيدَ شبرٍ من الأرض طوّقه من سبع أرضين
"Quiconque commet une injustice en s'emparant ne serait-ce que de l'empan d'une main d'une terre, on lui en fera porter un collier issu de sept terres [le jour de la Résurrection]." (Rapporté par Muslim, d'après Aïcha, qu'Allah l'agrée).
Cela signifie que quiconque usurpe quoi que ce soit d'une terre, peu ou prou, commet un péché pour lequel il sera châtié dans l'au-delà. Dans ce monde, il mérite une peine de ta'zir (sanction discrétionnaire) et est contraint de restituer ce qu'il a usurpé, dans l'état où il l'a pris, à son propriétaire, conformément au hadith : « La main est responsable de ce qu'elle a pris jusqu'à ce qu'elle le restitue ». Si le bien usurpé est détruit entre les mains de l'usurpateur ou si son état est altéré — par exemple, s'il a cousu un tissu usurpé, fondu un métal usurpé ou abattu un animal usurpé — il doit alors en rembourser la valeur au propriétaire.
Par conséquent, si vous savez qu'une chose est volée ou usurpée, ne l'achetez pas et ne la louez pas. De même, si vous avez un doute, ne l'achetez pas, car le Messager (saw) a dit :
دَعْ مَا يَرِيبُكَ إِلَى مَا لَا يَرِيبُكَ
"Laisse ce qui te fait douter pour ce qui ne te fait pas douter." (Rapporté par at-Tirmidhi d'après Al-Hassan bin Ali, qu'Allah les agrée, et il a dit : "C'est un hadith Hassan Sahih").
C'est pourquoi, tant que vous avez la certitude que le bien est usurpé, que vous en connaissiez le propriétaire ou non, l'essentiel est d'être sûr qu'il s'agit d'une usurpation. Il ne vous est donc pas permis de le louer, car l'usurpateur n'en est pas le propriétaire et, par conséquent, il ne peut pas conclure de contrat avec vous.
En conclusion, qu'Allah vous dispense de cette location. Cherchez un autre bien à louer, et qu'Allah y place Sa bénédiction et qu'il soit un bien pour vous dans votre religion et votre vie d'ici-bas. Quel que soit ce bien usurpé, ne le regrettez pas. Allah est avec vous.
Votre frère, Ata bin Khalil Abu al-Rashtah
20 Joumada al-Akhirah 1439 AH Correspondant au 08/03/2018 CE
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