Série de réponses du grand savant Ata Bin Khalil Abu al-Rashtah, Émir du Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook « Fiqhi »
À Ustadhi Kamsokole
Question :
Assalam alaykum warahmatullah wabarakatuh. Tout d'abord, j'aimerais formuler une prière et des félicitations pour le travail acharné que vous accomplissez dans le développement de ce travail de dawah. Ma question porte sur le verset 102 de la sourate Al-Baqarah (02 : 102). Le verset est long et je ne le répéterai pas, je poserai des questions sur les éléments contenus dans ce verset :
a) Harout et Marout. S'agit-il d'anges ? Car ils semblent être sortis des qualités angéliques. Il y a d'autres cheikhs qui disent, selon l'analyse linguistique arabe, que ce sont des personnes pleines de science. Et s'ils sont des anges, comment communiquent-ils avec les humains à cette époque ?
b) Le Coran dit que le diable a enseigné aux gens la sorcellerie et ce qui a été descendu aux DEUX ANGES à Babylone. Maintenant, qu'est-ce que c'est que cela qu'ils ont apporté ou qui a été descendu par Harout et [Marout] ?
c) Et ces Harout et Marout n'enseignent à personne sans lui donner un avertissement. Étant eux-mêmes juste une épreuve de mécréance. Maintenant, devrions-nous dire que ces anges ont été envoyés du ciel pour apporter ce fléau de la sorcellerie et l'enseigner aux gens ?
Que la paix, la miséricorde et les bénédictions d'Allah soient sur vous.
Réponse :
Que la paix, la miséricorde et les bénédictions d'Allah soient sur vous également. La réponse à vos interrogations est mentionnée dans le livre [At-Tayssir fi Oussoul at-Tafsir - Tafsir de la sourate Al-Baqarah] pour les versets (101-103). Si vous n'avez pas le livre, je vous le transcris ci-dessous :
[Livre de Tafsir de la sourate Al-Baqarah, pages 119-125 du fichier Word] :
[Tafsir de la parole d'Allah (swt) :
وَلَمَّا جَاءَهُمْ رَسُولٌ مِنْ عِنْدِ اللَّهِ مُصَدِّقٌ لِمَا مَعَهُمْ نَبَذَ فَرِيقٌ مِنَ الَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ كِتَابَ اللَّهِ وَرَاءَ ظُهُورِهِمْ كَأَنَّهُمْ لَا يَعْلَمُونَ * وَاتَّبَعُوا مَا تَتْلُو الشَّيَاطِينُ عَلَى مُلْكِ سُلَيْمَانَ وَمَا كَفَرَ سُلَيْمَانُ وَلَكِنَّ الشَّيَاطِينَ كَفَرُوا يُعَلِّمُونَ النَّاسَ السِّحْرَ وَمَا أُنْزِلَ عَلَى الْمَلَكَيْنِ بِبَابِلَ هَارُوتَ وَمَارُوتَ وَمَا يُعَلِّمَانِ مِنْ أَحَدٍ حَتَّى يَقُولَا إِنَّمَا نَحْنُ فِتْنَةٌ فَلَا تَكْفُرْ فَيَتَعَلَّمُونَ مِنْهُمَا مَا يُفَرِّقُونَ بِهِ بَيْنَ الْمَرْءِ وَزَوْجِهِ وَمَا هُمْ بِضَارِّينَ بِهِ مِنْ أَحَدٍ إِلَّا بِإِذْنِ اللَّهِ وَيَتَعَلَّمُونَ مَا يَضُرُّهُمْ وَلَا يَنْفَعُهُمْ وَلَقَدْ عَلِمُوا لَمَنِ اشْتَرَاهُ مَا لَهُ فِي الْآخِرَةِ مِنْ خَلَاقٍ وَلَبِئْسَ مَا شَرَوْا بِهِ أَنْفُسَهُمْ لَوْ كَانُوا يَعْلَمُونَ * وَلَوْ أَنَّهُمْ آمَنُوا وَاتَّقَوْا لَمَثُوبَةٌ مِنْ عِنْدِ اللَّهِ خَيْرٌ لَوْ كَانُوا يَعْلَمُونَ
"Et quand leur vint d'Allah un messager confirmant ce qu'ils avaient déjà, certains de ceux à qui le Livre avait été donné jetèrent le Livre d'Allah derrière leur dos, comme s'ils ne savaient pas. Et ils suivirent ce que les diables racontaient contre le règne de Salomon. Salomon n'a point été mécréant, mais ce sont les diables qui ont mécru : ils enseignent aux gens la sorcellerie ainsi que ce qui est descendu aux deux anges Harout et Marout, à Babylone ; mais ceux-ci n'enseignaient rien à personne, qu'ils n'aient dit d'abord : 'Nous ne sommes rien qu'une tentation : ne sois pas mécréant !' Ils apprennent auprès d'eux ce qui sème la désunion entre l'homme et son épouse. Or ils ne sont capables de nuire à personne qu'avec la permission d'Allah. Et les gens apprennent ce qui leur nuit et ne leur est pas profitable. Et ils savaient, très certainement, que celui qui acquiert [ce pouvoir] n'aura aucune part dans l'au-delà. Certes, quelle détestable marchandise pour laquelle ils ont vendu leurs âmes ! Si seulement ils savaient ! Et s'ils croyaient et craignaient Allah, une récompense de la part d'Allah serait certes meilleure. Si seulement ils savaient !" (Sourate Al-Baqarah [2] : 101-103)]
Allah (swt) clarifie dans ces versets ce qui suit :
- Les Juifs s'opposaient au Messager d'Allah ﷺ et argumentaient contre lui en utilisant la Torah. Ils l'interrogeaient à son sujet, comme lorsqu'ils l'ont questionné sur l'âme (Ar-Rouh), les gens de la caverne (Ahl al-Kahf) et Dhul-Qarnayn. Le Messager d'Allah ﷺ leur répondait par ce qu'Allah lui révélait dans le Coran. De plus, il dévoilait certaines de leurs altérations, comme le changement de la peine de lapidation pour l'adultère et la modification de sa propre description ﷺ qui figurait dans la Torah, laquelle confirmait sa venue. Lorsqu'ils s'aperçurent que l'argumentation par la Torah ne servait pas leurs désirs, ils s'en détournèrent et la jetèrent derrière leur dos.
كأنهُمْ لَا يَعْلَمُونَ
"comme s'ils ne savaient pas" (Sourate Al-Baqarah [2] : 101). C'est-à-dire que leur rejet de la Torah s'est fait comme s'il émanait de gens qui n'y croyaient pas et ignoraient la vérité qu'elle contient sur la description du Messager d'Allah ﷺ. C'est une exagération dans la description de leur détournement des preuves de la prophétie présentes dans la Torah, car ils s'en sont détournés en toute connaissance de cause.
Lorsqu'il leur apparut clairement que leur opposition au Messager d'Allah ﷺ par la Torah avait échoué, ils commencèrent à chercher d'autres sujets dans des sources autres que la Torah pour contester le Messager ﷺ.
- Quand Allah révéla à Son Messager que Souleymane (Salomon) était un prophète :
إِنَّا أَوْحَيْنَا إِلَيْكَ كَمَا أَوْحَيْنَا إِلَى نُوحٍ وَالنَّبِيِّينَ مِن بَعْدِهِ وَأَوْحَيْنَا إِلَى إِبْرَاهِيمَ وَإِسْمَاعِيلَ وَإِسْحَاقَ وَيَعْقُوبَ وَالْأَسْبَاطِ وَعِيسَى وَأَيُّوبَ وَيُونُسَ وَهَارُونَ وَسُلَيْمَانَ وَآتَيْنَا دَاوُودَ زَبُورًا
"Nous t'avons fait une révélation comme Nous fîmes à Noé et aux prophètes après lui. Et Nous avons fait révélation à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, à Jésus, à Job, à Jonas, à Aaron et à Salomon, et Nous avons donné le Zabour à David." (Sourate An-Nisa [4] : 163)
Les Juifs dirent : "Souleymane était un sorcier et non un prophète". Ils rassemblèrent ensuite les livres que les sorciers avaient écrits avec l'aide des diables sous le règne de Souleymane, livres qui circulaient parmi eux dans la ville du Messager ﷺ, et dirent : "Ce sont ces livres avec lesquels Souleymane gouvernait". Ils les suivirent et en firent un sujet de dispute avec le Messager d'Allah ﷺ :
وَاتَّبَعُوا مَا تَتْلُو الشَّيَاطِينُ عَلَى مُلْكِ سُلَيْمَانَ
"Et ils suivirent ce que les diables racontaient contre le règne de Salomon".
مَا تَتْلُو الشَّيَاطِينُ
C'est-à-dire ce que les diables lisaient, révélaient ou insufflaient aux sorciers pour qu'ils l'écrivent dans leurs livres :
يُوحِي بَعْضُهُمْ إِلَى بَعْضٍ زُخْرُفَ الْقَوْلِ غُرُورًا
"Ils s'inspirent les uns aux autres des discours enjolivés, par tromperie." (Sourate Al-An'am [6] : 112). Avant l'Islam, les diables écoutaient à la dérobée les nouvelles du ciel, y mélangeaient divers mensonges et les insufflaient à leurs alliés [humains]. "Les habitants des cieux s'informent les uns les autres jusqu'à ce que l'information atteigne ce ciel le plus bas ; alors les djinns l'interceptent par l'ouïe et la lancent à leurs alliés, tout en étant visés par des projectiles. Ce qu'ils rapportent tel quel est vrai, mais ils y ajoutent et y mêlent des mensonges"[1]. Les djinns ont été empêchés d'écouter à la dérobée après l'Islam :
وَأَنَّا كُنَّا نَقْعُدُ مِنْهَا مَقَاعِدَ لِلسَّمْعِ فَمَنْ يَسْتَمِعِ الآنَ يَجِدْ لَهُ شِهَابًا رَصَدًا
"Nous y prenions place pour écouter. Mais quiconque prête l'oreille maintenant, trouve contre lui un bolide aux aguets." (Sourate Al-Jinn [72] : 9).
عَلَى مُلْكِ سُلَيْمَانَ
C'est-à-dire à l'époque du règne de Souleymane.
- Ces livres de sorcellerie ont été rédigés par les sorciers à partir de deux sources :
- Premièrement : Ce que les diables leur insufflaient comme sorcellerie.
- Deuxièmement : Ce que les deux anges, Harout et Marout, enseignaient aux gens. Allah les avait descendus à Babylone pour enseigner aux gens la sorcellerie tout en les mettant en garde contre sa pratique, en les informant qu'ils étaient une tentation (épreuve) pour les gens :
وَمَا يُعَلِّمَانِ مِنْ أَحَدٍ حَتَّى يَقُولَا إِنَّمَا نَحْنُ فِتْنَةٌ فَلَا تَكْفُرْ
"mais ceux-ci n'enseignaient rien à personne, qu'ils n'aient dit d'abord : 'Nous ne sommes rien qu'une tentation : ne sois pas mécréant !'". Allah a fait descendre sur cette terre le bien et le mal pour éprouver Ses serviteurs par le mal et le bien :
وَنَبْلُوكُم بِالشَّرِّ وَالْخَيْرِ فِتْنَةً
"Nous vous éprouvons par le mal et par le bien à titre de tentation." (Sourate Al-Anbiya [21] : 35).
L'enseignement de la sorcellerie aux gens est une épreuve pour eux : celui qui croit en la sorcellerie et la pratique a mécru, et celui qui n'y croit pas et ne la pratique pas est sauvé.
إِنَّمَا نَحْنُ فِتْنَةٌ فَلَا تَكْفُرْ
"Nous ne sommes rien qu'une tentation : ne sois pas mécréant !" (Sourate Al-Baqarah [2] : 102).
- Allah l'Exalté disculpe Son Prophète Souleymane (as) des mensonges et calomnies des Juifs. Souleymane (as) n'a pas mécru, ce qui signifie ici qu'il n'était ni sorcier ni croyant en la sorcellerie, et par conséquent, il n'était pas mécréant, car il est le prophète d'Allah (as).
وَمَا كَفَرَ سُلَيْمَانُ
C'est-à-dire qu'il n'était pas sorcier et ne croyait pas en la sorcellerie pour ainsi mécréer[2]. Cette signification est établie parce que les Juifs ont accusé Souleymane (as) de sorcellerie : "Ibn Jarir a rapporté d'après Shahr bin Hawshab que les Juifs ont dit : 'Regardez Muhammad qui mélange le vrai et le faux, il mentionne Souleymane parmi les prophètes alors qu'il n'était qu'un sorcier qui chevauchait le vent'"[3]. Ils ne l'ont pas accusé de mécréance (kufr), mais Allah leur a répondu :
وَمَا كَفَرَ سُلَيْمَانُ
L'usage métaphorique de كَفَرَ dans ce verset indique que celui qui croit en la sorcellerie et la pratique devient mécréant, selon le rapport de causalité dans la langue arabe.
Ainsi, Souleymane n'a pas mécru, mais ce sont les diables qui ont mécru :
وَمَا كَفَرَ سُلَيْمَانُ وَلَكِنَّ الشَّيَاطِينَ كَفَرُوا يُعَلِّمُونَ النَّاسَ السِّحْرَ وَمَا أُنْزِلَ عَلَى الْمَلَكَيْنِ بِبَابِلَ هَارُوتَ وَمَارُوتَ وَمَا يُعَلِّمَانِ مِنْ أَحَدٍ حَتَّى يَقُولَا إِنَّمَا نَحْنُ فِتْنَةٌ فَلَا تَكْفُرْ
"Salomon n'a point été mécréant, mais ce sont les diables qui ont mécru : ils enseignent aux gens la sorcellerie ainsi que ce qui est descendu aux deux anges Harout et Marout, à Babylone ; mais ceux-ci n'enseignaient rien à personne, qu'ils n'aient dit d'abord : 'Nous ne sommes rien qu'une tentation : ne sois pas mécréant !'".
- La sorcellerie (Sihr) consiste à faire apparaître une chose différemment de sa réalité par illusion. Ce sens provient de la parole d'Allah (swt) :
سَحَرُوا أَعْيُنَ النَّاسِ
"ils ensorcelèrent les yeux des gens" (Sourate Al-A'raf [7] : 116).
يُخَيَّلُ إِلَيْهِ مِن سِحْرِهِمْ أَنَّهَا تَسْعَى
"il lui sembla, à cause de leur magie, qu'elles rampaient" (Sourate Taha [20] : 66). Cela signifie que le bâton reste réellement un bâton, mais il apparaît à l'observateur comme un serpent qui rampe.
Dans la langue, Al-Jawhari dit : "Le sihr est l'emprise, et tout ce dont la source est subtile et délicate est du sihr". On dit "j'ai ensorcelé l'enfant" s'il a été trompé. Le terme sihr apparaît dans certains recueils arabes avec le sens de "calomnie" ('adhah), et chez les Arabes, la calomnie désigne un mensonge flagrant et déguisé.
Les Arabes utilisaient également le sihr pour signifier ce qui est caché, car le sorcier agit dans le secret. Quant à la nature du sihr, c'est une science qui permet à celui qui la possède d'ensorceler les yeux des gens pour qu'ils voient la chose différemment de sa réalité. Autrement dit, la réalité profonde n'est pas remplacée par une nouvelle réalité ; elle n'est pas annulée. Par conséquent, si un homme saisissait le serpent apparu à partir du bâton, il trouverait que c'est un bâton. S'il l'analysait en laboratoire, il trouverait les mêmes composants que le bâton jeté. C'est pourquoi, lorsque les sorciers jetèrent leurs bâtons, ils les voyaient eux-mêmes comme des bâtons, mais ils ensorcelèrent les yeux des gens qui les virent comme des serpents. Mais quand Moussa (as) jeta son bâton, ils (les sorciers) virent un serpent réel et non un bâton, qui engloutit ensuite leurs bâtons et annula définitivement leur réalité. Ils comprirent alors que ce n'était pas de la sorcellerie, car la sorcellerie n'annule pas la réalité des choses. Ils surent que ce qui s'était produit était la vérité provenant du Seigneur des mondes, comme Moussa (as) l'avait dit, et ils crurent d'une foi admirable.
- La parole d'Allah (swt) :
وَاتَّبَعُوا مَا تَتْلُو الشَّيَاطِينُ عَلَى مُلْكِ سُلَيْمَانَ
et Sa parole :
وَلَكِنَّ الشَّيَاطِينَ كَفَرُوا يُعَلِّمُونَ النَّاسَ السِّحْرَ وَمَا
indique que la sorcellerie s'opère par la récitation de paroles de mécréance (kufr). Cela signifie que la sorcellerie, en tant que science, est mise en œuvre en utilisant des termes de mécréance dans ses incantations ou ses procédés. En dehors de cela, ce que l'on appelle "sorcellerie" au sens commun n'est pas ce qui est visé par ce verset, comme le fait de montrer les choses différemment de leur réalité par des moyens techniques (prestidigitation) ou d'utiliser certaines paroles sans termes de mécréance pour induire les gens en erreur — comme le font certains charlatans qui se donnent des airs de savants. Tout cela n'est pas de la sorcellerie au sens mentionné.
- La peine du sorcier est, comme nous l'avons expliqué, celle de l'apostat, car il est mécréant selon le sens susmentionné. Les Compagnons ont puni le sorcier par la mort. Hafsa, la Mère des Croyants (ra), a ordonné l'exécution d'une sorcière qui avait avoué pratiquer la sorcellerie.
Quant à ce qui a été rapporté sur la désapprobation d'Othman (ra) envers l'acte de Hafsa, il s'agissait d'une désapprobation sur le fait qu'elle ait agi sans sa permission alors qu'il était le Calife des musulmans, et non une contestation du verdict de mort. Un acte similaire, à savoir l'exécution du sorcier, a eu lieu sous le règne d'Omar (ra). C'est donc un consensus (ijma') des Compagnons car c'est un jugement d'importance majeure qui a été exécuté publiquement sans aucune contestation. Ahmad rapporte de Soufyan, par la voie de Jaz' bin Mu'awiya, l'oncle d'Al-Ahnaf bin Qays, qui a dit : "Une lettre d'Omar nous est parvenue un an avant sa mort, nous ordonnant de tuer tout sorcier et toute sorcière".
Quant aux œuvres techniques cachées par lesquelles on trompe les gens si elles ne sont pas expliquées, ainsi que l'imposture et la charlatanerie des prétendus cheikhs, leur auteur subit une peine discrétionnaire (ta'zir) selon le préjudice causé. Il est connu que la peine de ta'zir en Islam peut aller jusqu'à la mort selon la nature du crime commis.
Cependant, la différence entre la mise à mort par peine légale (hadd) et par peine discrétionnaire (ta'zir) est que le premier est un apostat sur lequel on ne prie pas et qui n'est pas enterré dans les cimetières des musulmans. Le second est un musulman pervers (fasiq) ou débauché (fajir) selon son crime ; on prie sur lui et on l'enterre dans les cimetières des musulmans.
- فَيَتَعَلَّمُونَ مِنْهُمَا مَا يُفَرِّقُونَ بِهِ بَيْنَ الْمَرْءِ وَزَوْجِهِ وَمَا هُمْ بِضَارِّينَ بِهِ مِنْ أَحَدٍ إِلَّا بِإِذْنِ اللَّهِ
"Ils apprennent auprès d'eux ce qui sème la désunion entre l'homme et son épouse. Or ils ne sont capables de nuire à personne qu'avec la permission d'Allah."
Allah clarifie que ceux qui apprennent la sorcellerie et la pratiquent peuvent, par leurs manigances, créer des problèmes entre les gens et leurs épouses, menant au divorce ou à la séparation. Ensuite, Allah clarifie un point dogmatique ('aqidi) important pour dissiper l'idée que le sorcier possèderait le pouvoir d'Allah ou qu'il pourrait accomplir des choses contre Sa volonté. Allah montre dans ce verset que rien ne se produit dans Son royaume sans Sa permission, c'est-à-dire que rien ne se fait contre Sa volonté. C'est le sens de la Volonté d'Allah (Mashiy'ah) ou ce que l'on appelle le Décret d'Allah (Irada). Rien ne survient dans la création contre Son gré ; tout arrive par Sa permission, Sa volonté ou Son décret :
وَمَا تَشَاءُونَ إِلَّا أَن يَشَاءَ اللَّهُ رَبُّ الْعَالَمِينَ
"Mais vous ne pouvez vouloir, que si Allah veut, Lui le Seigneur de l'Univers." (Sourate At-Takwir [81] : 29). Cela ne signifie pas que c'est avec Son agrément (Ridha), car Allah n'agrée pas la mécréance ni les péchés :
إِن تَكْفُرُوا فَإِنَّ اللَّهَ غَنِيٌّ عَنكُمْ وَلَا يَرْضَى لِعِبَادِهِ الْكُفْرَ
"Si vous ne croyez pas, Allah se passe largement de vous. De Ses serviteurs, Il n'agrée pas la mécréance." (Sourate Az-Zumar [39] : 7). C'est une terminologie qui a ce sens par l'analyse des textes, et Sa permission ou Sa volonté ne s'interprète pas selon le sens linguistique strict de "permettre" ou "demander" qui impliquerait l'approbation, mais selon une définition technique propre aux gens de la langue, du fiqh ou des fondements (oussoul).
L'expression
بإِذنِ اللهِ
"avec la permission d'Allah" revêt une importance capitale ici. En effet, devant les actes des sorciers et les illusions qu'ils produisent, certains pourraient imaginer qu'ils créent comme Allah crée ou qu'ils font des choses qu'Allah ne peut annuler. Allah a donc confirmé que cela ne se fait qu'avec Sa permission, c'est-à-dire pas contre Sa volonté mais par Son décret en ce sens, et qu'Allah est capable d'annuler leur sorcellerie. Rien ne se passe dans le royaume d'Allah contre Son gré.
Ici, quelqu'un pourrait dire : "Alors pourquoi Allah n'annule-t-Il pas leur sorcellerie ?"
Allah l'Exalté a distingué le bien du mal et nous a informés que le bien sera récompensé par le bien et le mal par le mal. Il nous a aussi informés qu'Il aurait pu faire de nous une seule communauté dans le bien :
وَلَوْ شَاءَ رَبُّكَ لَجَعَلَ النَّاسَ أُمَّةً وَاحِدَةً وَلَا يَزَالُونَ مُخْتَلِفِينَ
"Et si ton Seigneur avait voulu, Il aurait fait des gens une seule communauté. Or, ils ne cessent d'être en désaccord" (Sourate Houd [11] : 118). Mais Allah, par une sagesse qu'Il connaît, nous a laissé choisir entre le bien et le mal pour en être rétribués. Une partie entrera au Paradis et une autre en Enfer :
وَلَوْ شِئْنَا لَآتَيْنَا كُلَّ نَفْسٍ هُدَاهَا وَلَكِنْ حَقَّ الْقَوْلُ مِنِّي لَأَمْلَأَنَّ جَهَنَّمَ مِنَ الْجِنَّةِ وَالنَّاسِ أَجْمَعِينَ
"Si Nous avions voulu, Nous aurions certes apporté à chaque âme sa guidée. Mais la parole venant de Moi doit être réalisée : 'J'emplirai l'Enfer de djinns et d'hommes réunis'." (Sourate As-Sajda [32] : 13). C'est pourquoi il n'y a pas lieu de se demander pourquoi Allah n'a pas annulé cet acte maléfique des sorciers, ou pourquoi Il ne nous a pas poussés vers le bien dans tout ce qu'Il nous a ordonné, ou pourquoi Il ne nous a pas empêchés de commettre le mal. Allah nous a montré le bien et le mal et nous a laissé le choix, et c'est là Sa sagesse :
لَا يُسْأَلُ عَمَّا يَفْعَلُ وَهُمْ يُسْأَلُونَ
"Il n'est pas interrogé sur ce qu'Il fait, mais ce sont eux qui devront rendre compte." (Sourate Al-Anbiya [21] : 23). Mais dans tous les cas, nous devons croire que dans le royaume d'Allah, rien ne se fait contre Son gré, mais par Sa permission et Sa volonté.
- وَلَقَدْ عَلِمُوا لَمَنِ اشْتَرَاهُ مَا لَهُ فِي الْآخِرَةِ مِنْ خَلَاقٍ
"Et ils savaient, très certainement, que celui qui acquiert [ce pouvoir] n'aura aucune part dans l'au-delà."
Cela signifie que tout ce qui concerne la sorcellerie est un mal. C'est une description de ce qu'ils apprennent, à savoir la sorcellerie :
يُعَلِّمُونَ النَّاسَ السِّحْرَ
Cette description indique clairement que ce qu'ils apprennent leur nuit et ne leur profite pas. La sorcellerie est entièrement mal et nuisance, sans aucun profit.
Ensuite, Allah clarifie que celui qui pratique la sorcellerie de la manière que nous avons définie précédemment n'aura aucune part dans l'au-delà, car il a mécru en Allah et en Ses signes.
اشْتَرَاهُ
(Il l'a acquis/acheté). C'est ici un usage métaphorique signifiant qu'il en a fait son métier. Acheter une chose, c'est chercher à en profiter par sa consommation ou en tirer un profit en échange. Ici, il s'agit de prendre la sorcellerie comme une profession génératrice de revenus (un profit selon lui), comme s'il avait "acheté" la sorcellerie.
وَلَقَدْ عَلِمُوا لَمَنِ اشْتَرَاهُ مَا لَهُ فِي الْآخِرَةِ مِنْ خَلَاقٍ
C'est une information qui porte le sens d'une injonction à l'abandon, c'est-à-dire une interdiction formelle de pratiquer la sorcellerie.
وَلَبِئْسَ مَا شَرَوْا بِهِ أَنْفُسَهُمْ لَوْ كَانُوا يَعْلَمُونَ
"Certes, quelle détestable marchandise pour laquelle ils ont vendu leurs âmes ! Si seulement ils savaient !". C'est-à-dire quel mauvais prix ils ont tiré de la vente de leurs propres âmes, car ils se sont exposés au châtiment d'Allah en échange du feu de l'Enfer.
مَا لَهُ فِي الْآخِرَةِ مِنْ خَلَاقٍ
Le prix qui leur est préparé en échange de la vente de leurs âmes dans la sorcellerie est la colère d'Allah, Son châtiment et le feu de l'Enfer. C'est véritablement une vente misérable et perdante.
لَوْ كَانُوا يَعْلَمُونَ
"Si seulement ils savaient !". C'est-à-dire s'ils tiraient profit de ce qu'ils savent. Car celui qui possède une science mais n'en tire pas profit et ne se conforme pas à ce qu'elle implique est comme s'il ne savait pas. Celui qui sait que la conséquence de la sorcellerie est désastreuse mais la pratique quand même est comme s'il ne savait pas. C'est une expression forte pour souligner ce point. Gloire à Allah !
Le Messager d'Allah ﷺ cherchait refuge auprès d'Allah contre une science qui ne profite pas : "Je cherche refuge auprès d'Allah contre une science qui ne profite pas, un cœur qui ne craint pas, et un œil qui ne pleure pas" (Rapporté par Ahmad). Cet usage est très puissant, comme nous l'avons dit, et il se trouve ailleurs dans le Livre d'Allah, tout comme il est utilisé dans d'autres contextes :
أَفَلَمْ يَسِيرُوا فِي الْأَرْضِ فَتَكُونَ لَهُمْ قُلُوبٌ يَعْقِلُونَ بِهَا أَوْ آذَانٌ يَسْمَعُونَ بِهَا فَإِنَّهَا لَا تَعْمَى الْأَبْصَارُ وَلَٰكِن تَعْمَى الْقُلُوبُ الَّتِي فِي الصُّدُورِ
"Ne parcourent-ils pas la terre afin d'avoir des cœurs pour comprendre, et des oreilles pour entendre ? Car ce ne sont pas les regards qui s'aveuglent, mais ce sont les cœurs dans les poitrines qui s'aveuglent." (Sourate Al-Hajj [22] : 46).
صُمٌّ بُكْمٌ عُمْيٌ فَهُمْ لَا يَرْجِعُونَ
"Sourds, muets, aveugles, ils ne peuvent donc pas revenir [de leur égarement]." (Sourate Al-Baqarah [2] : 18).
Celui qui ne tire pas profit de son ouïe est comme s'il n'entendait pas.
Celui qui ne tire pas profit de sa vue est comme s'il ne voyait pas.
Celui qui ne tire pas profit de sa parole est comme s'il ne parlait pas.
Celui qui ne tire pas profit de sa raison est comme s'il ne raisonnait pas.
Et celui qui ne tire pas profit de sa science est comme s'il ne savait pas.
En cela réside une explication suffisante, si Allah le veut.
Votre frère Ata Bin Khalil Abu al-Rashtah
18 Ramadan 1444 h. 09/04/2023
[1] Rapporté par Mouslim, et le sens de "يقرفون" est qu'ils y mélangent le mensonge. [2] C'est un usage métaphorique lié à la causalité (moussabbabiyah), car la sorcellerie est une cause de mécréance. [3] Tafsir at-Tabari : 1/451.