(Série de réponses du grand savant Ata bin Khalil Abu al-Rashta, Émir du Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook « Fiqhi »)
Réponse à une question
À Imam Annawawy
Question :
Assalamu Alaikum wa Rahmatullahi wa Barakatuh, que Dieu vous salue et vous soutienne. Ô mon émir, mon frère, j'espère que vous aurez le temps de me répondre. La question est la suivante :
J'ai lu dans votre livre (Taysir al-Wousoul ila al-Ousoul, p. 273) ce qui suit : « La question qui se pose est la suivante : concernant le Mokalid (celui qui suit un avis), s'il a suivi un avis dans une question spécifique, lui est-il permis de revenir sur cela pour suivre un autre avis dans la même question ? Pour répondre à cela, nous disons que le jugement charaïque concernant le Mokalid est le jugement que le Mujtahid qu'il suit a déduit. Cela signifie que la chose est la suivante : si l'action du Mokalid est liée à la question qu'il a suivie, il ne lui est pas permis d'y renoncer pour en suivre un autre, car il s'est engagé envers un jugement charaïque à ce sujet et l'a mis en pratique. » Fin de citation.
Une question m'est alors venue : par exemple, une personne illettrée qui ne connaît pas la langue arabe a adopté un jugement charaïque de l'Imam Ach-Chafi'i (qu'Allah lui fasse miséricorde), par exemple sur « la prière », et l'a pratiqué. Puis, elle a lu le jugement sur la prière dans un livre de jurisprudence traduit en langue russe d'un autre Mujtahid (par exemple l'Imam Malik, qu'Allah lui fasse miséricorde). Elle l'a lu en russe et souhaite délaisser l'avis de l'Imam Ach-Chafi'i pour adopter celui de l'Imam Malik... Ma question est : cela lui est-il permis selon la Charia ? Autrement dit, est-il correct d'établir une prépondérance (Tarjih) sans la langue arabe ? Sachant que les preuves ne sont considérées comme des preuves charaïques qu'en langue arabe ? Pourquoi je pose cette question ? Parce que de nombreux musulmans dans ma région abandonnent les avis d'un Mujtahid qu'ils pratiquaient pour adopter les avis d'un autre Mujtahid dans les mêmes questions. En même temps, ils ne connaissent ni la langue arabe ni les sciences charaïques ! Ils lisent les versets et les hadiths en langue russe et prétendent que ce sont des preuves charaïques ! Je vous prie de me répondre afin que je puisse comprendre et expliquer aux autres. Que Dieu vous récompense par le bien.
Réponse :
Wa Alaikum Assalam wa Rahmatullahi wa Barakatuh.
La question se présente comme suit :
Si un musulman suit une école (Madhab) spécifique pour un jugement quelconque, comme s'il priait selon l'école d'Abou Hanifa et qu'il souhaitait changer pour prier selon l'école d'Ach-Chafi'i par exemple, cela n'est correct qu'après avoir respecté les points suivants :
1- Cela doit être fondé sur un facteur de prépondérance (Marjih) charaïque et non parce que le nouveau jugement est plus léger, plus facile ou conforme à ses passions, car il est interdit de suivre ses passions. Allah le Très-Haut dit :
فَلَا تَتَّبِعُوا الْهَوَى
« Ne suivez donc pas les passions. » (Sourate An-Nisa [4]: 135)
De même, Allah le Glorieux dit :
فَإِنْ تَنَازَعْتُمْ فِي شَيْءٍ فَرُدُّوهُ إِلَى اللَّهِ وَالرَّسُولِ
« Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez-le à Allah et au Messager. » (Sourate An-Nisa [4]: 59)
Cela signifie revenir à un critère de préférence qu'Allah et Son Messager agréent pour le Mokalid. C'est ce qui éloigne le plus du suivi des passions et des désirs. Choisir l'une des deux écoles sans critère de préférence est un choix basé sur la passion et le désir, ce qui s'oppose au retour vers Allah et Son Messager. Les critères par lesquels le Mokalid privilégie un Mujtahid par rapport à un autre, ou un jugement par rapport à un autre, sont nombreux. Les plus importants et les premiers sont : le degré de science (Al-A’lamiyyah), la compréhension et l'intégrité (Al-’Adalah). Le Mokalid privilégie celui qu'il connaît pour sa science et son intégrité, car l'intégrité est une condition pour l'acceptation du témoignage d'un témoin. Donner un jugement charaïque en l'enseignant revient à témoigner qu'il s'agit d'un jugement divin ; il est donc indispensable que l'enseignant soit intègre pour que son enseignement soit accepté, et l'intégrité de celui qui déduit le jugement (Le Mujtahid) est d'autant plus prioritaire. L'intégrité est une condition impérative pour celui dont nous tirons le jugement charaïque, qu'il soit Mujtahid ou enseignant. Ainsi, celui qui est convaincu qu'Ach-Chafi'i est plus savant et que la vérité dans son école est plus probable, n'a pas le droit d'adopter une école opposée par simple envie. Il peut, et doit même, adopter ce qui contredit son école s'il lui apparaît une prépondérance basée sur la force de la preuve (Dalil). La recherche de prépondérance (Tarjih) est impérative, et le fait que cette préférence ne doit pas découler de l'envie ou de la passion est également impératif. Le Mokalid ne doit pas sélectionner dans chaque école ce qui lui semble le plus plaisant !
2- Les gens, dans la connaissance du jugement charaïque, sont de deux types : soit le Mujtahid, soit le Mokalid, et il n'y a pas de troisième catégorie. En réalité, soit l'individu adopte ce qu'il a atteint par son propre effort d'interprétation (Ijtihad), soit ce qu'un autre a atteint par son Ijtihad. Cela ne sort pas de ces deux cas. Par conséquent, quiconque n'est pas Mujtahid est un Mokalid, quel que soit son type. La question du Taqlid consiste à prendre le jugement d'un autre, que celui qui le prend soit lui-même Mujtahid (dans d'autres questions) ou non. Il est permis au Mujtahid de suivre (Taqlid) un autre Mujtahid dans une question donnée, même s'il est capable de faire l'Ijtihad, il devient alors Mokalid dans cette question précise. Ainsi, pour un même jugement, le Mokalid peut être un Mujtahid ou un non-Mujtahid.
3- Le Mujtahid est celui qui possède la capacité d'Ijtihad par une connaissance suffisante de la langue arabe, des catégories du Coran et de la Sunna, et de la manière d'évaluer les preuves (équivalence, conciliation, prépondérance), ainsi que la capacité de déduire des jugements... Ce Mujtahid, s'il effectue un Ijtihad sur une question et que son effort le mène à un jugement, il ne lui est pas permis de suivre un autre Mujtahid à l'encontre de ce que son propre Ijtihad a produit. Il ne lui est pas permis de délaisser sa propre présomption (Dhann) ou d'arrêter d'agir selon sa présomption dans cette question, sauf dans certains cas, le plus important étant s'il lui apparaît que la preuve sur laquelle il s'est appuyé est faible et que la preuve d'un autre Mujtahid est plus forte que la sienne. Dans ce cas, il doit immédiatement abandonner le jugement issu de son Ijtihad pour adopter celui dont la preuve est la plus forte, et il lui est interdit de persister sur le premier jugement.
Tout cela concerne le Mujtahid lorsqu'il a effectivement pratiqué l'Ijtihad et que celui-ci l'a conduit à un jugement. En revanche, si le Mujtahid n'a pas encore fait d'Ijtihad sur la question, il lui est permis de suivre un autre Mujtahid et de ne pas pratiquer l'Ijtihad lui-même, car l'Ijtihad est une obligation de suffisance communautaire (Fard Kifaya) et non une obligation individuelle (Fard ‘Ayn). Si le jugement charaïque sur la question est déjà connu, le Mujtahid n'est pas obligé de faire l'Ijtihad ; il peut soit le faire, soit suivre un autre Mujtahid dans cette question.
C'est-à-dire que le Mujtahid passe d'un avis à un autre en fonction d'un critère de prépondérance, qui est la force de la preuve, que ce soit lui qui ait déduit le jugement ou un autre Mujtahid.
4- Tel est le cas du Taqlid pour le Mujtahid. Quant au non-Mujtahid, il est de deux types : le Mouttabi’ (le suiveur éclairé) et l'Ammi (le commun des musulmans). Chacun d'eux a des conditions pour passer d'une école à une autre, et cette transition ne se fait jamais par envie, passion ou parce que c'est plus facile, mais par un critère de prépondérance charaïque :
- Quant au Mouttabi’, c'est celui qui possède certaines sciences considérées dans la législation, les plus importantes étant :
a- Une connaissance adéquate de la langue arabe, c'est-à-dire que l'on peut communiquer avec lui en arabe jusqu'à un certain point, qu'il lit le Coran en arabe, et que s'il lit un hadith, il peut en comprendre le sens en arabe. Cela ne signifie pas qu'il comprend chaque mot, mais il est capable d'interroger sur un mot arabe et d'en chercher le sens.
b- Une connaissance adéquate, même par traduction, de la signification du Mutawatir, du Sahih (authentique), du Hassan (bon) et du Da'if (faible) parmi les hadiths, et une connaissance des recueils authentiques. Par exemple, lorsqu'il voit un hadith dans Al-Boukhari ou Mouslim, il sait qu'il est authentique. De même, s'il lit un hadith dans At-Tirmidhi et que ce dernier dit qu'il est Hassan, il en connaît la signification... et ainsi, il distingue le sens de l'authentique et du bon par rapport au faible.
Le Mouttabi’ passe d'un avis à un autre par la connaissance de sa preuve. Le jugement dont il connaît la preuve est suivi, car il est prépondérant par rapport au jugement dont il ignore la preuve. S'il suivait une école sans en connaître la preuve, et qu'il découvre une autre école avec ses preuves, il suit alors l'école dont il connaît la preuve et délaisse celle dont il ignore la preuve.
C'est-à-dire que le Mouttabi’ passe d'un avis à un autre selon un critère de prépondérance, qui consiste, pour lui, à suivre le jugement dont il connaît la preuve et à délaisser celui dont il ignore la preuve.
- Quant à l'Ammi, c'est celui qui ne possède pas les sciences considérées dans la législation. Sa connaissance de l'arabe est quasi inexistante et sa connaissance des preuves du Coran et de la Sunna est nulle. Il adore Allah le Très-Haut comme le lui indique le Cheikh de son école. Une telle personne ne passe d'une école à une autre dans aucune question sauf par un critère de prépondérance. Ce critère pour l'Ammi est la confiance qu'il accorde à celui qu'il suit en termes de compréhension, de piété (Taqwa) et de bon comportement. Il suit ainsi l'imam de la mosquée, ou son père, ou celui qui enseigne le Coran... il prie comme eux selon l'école d'Ach-Chafi'i par exemple. Dans cet état, il ne passe pas de cette école à une autre, sauf, comme nous l'avons dit, par un critère de prépondérance : c'est qu'il rencontre un homme plus savant que les précédents, en dont il a plus confiance en la piété et l'intégrité. Si cet homme prie selon l'école d'Abou Hanifa, et qu'il le voit plus savant et plus pieux, il lui accorde davantage sa confiance et son cœur s'apaise par sa science, particulièrement s'il assiste à ses cours sur la prière selon l'école d'Abou Hanifa. Dès lors que cet homme devient l'objet de sa confiance et de sa tranquillité, il lui est permis dans ce cas de passer, pour sa prière, de l'école chafi'ite à l'école hanafite, par le biais de la prépondérance de la confiance et de la sérénité.
C'est-à-dire que l'Ammi passe d'un avis à un autre selon un critère de prépondérance, qui consiste, pour lui, à identifier un homme en qui il a confiance pour sa piété et son intégrité, dont la science et la compréhension le rassurent, et qui le guide vers l'école vers laquelle il transitionne. S'il est rassuré, la transition lui est permise.
5- Tout cela s'applique si son action a déjà été liée au Taqlid d'un Mujtahid et qu'il souhaite passer à un autre Mujtahid : il a alors besoin d'un critère de prépondérance. Que ce soit par la connaissance de la preuve s'il suivait un Mujtahid sans la connaître, ou par l'apprentissage auprès d'une personne de confiance que les preuves de cet autre Mujtahid sont plus fortes. En revanche, si son action n'a pas encore été liée au Taqlid d'un Mujtahid dans une question donnée, et qu'il souhaite commencer à suivre un avis, il peut suivre n'importe quel Mujtahid dont les preuves et la science le rassurent.
Il convient de mentionner que le Taqlid dans une seule et même question doit se faire auprès d'un seul Mujtahid pour cette question, ses conditions et ses piliers. Par exemple, la prière doit être prise d'un seul Mujtahid, avec ses conditions et ses piliers (les ablutions, la station debout, l'inclinaison...). Tout cela est pris d'un seul Mujtahid. On ne prend pas la prière d'Abou Hanifa et les ablutions d'Ach-Chafi'i ; tout doit provenir d'un seul Mujtahid. Cependant, si les questions diffèrent, comme la prière, le jeûne et le pèlerinage, il est permis de les prendre toutes d'un seul Mujtahid ou de prendre la prière d'un Mujtahid et le jeûne d'un autre... et ainsi de suite.
6- Sur la base de ce qui précède, la réponse à votre question concernant les frères qui ne connaissent pas l'arabe et se considèrent comme faisant partie des Mouttabi’ (et qui, pour cette raison, lisent la traduction des preuves et changent d'école en pensant être dans la situation du Mouttabi’ pour qui la connaissance de la preuve suffit) : leur réalité ne confirme pas cela tant qu'ils ne connaissent pas l'arabe. C'est pourquoi la traduction ne suffit pas pour qu'ils délaissent leur école et passent à une autre ! Ils ont besoin d'un autre critère de prépondérance, comme l'Ammi, en rencontrant une personne de confiance connaissant l'arabe, qui leur lit la preuve en arabe, la leur explique et leur montre que cette école est plus prépondérante... S'ils sont rassurés par sa science et sa compréhension, alors il leur est permis de passer à l'école que cette personne de confiance a jugée prépondérante. Autrement dit, si ces frères souhaitent passer d'une école précédente à une nouvelle école, la lecture de la traduction ne leur suffit pas tant qu'ils ne connaissent pas l'arabe ; ils doivent posséder l'un des critères de prépondérance de l'Ammi en plus de la traduction.
C'est ce que je pense sur cette question, et Allah est plus Savant et plus Sage.
Votre frère Ata bin Khalil Abu al-Rashta
15 Joumada al-Oula 1439 de l'Hégire
Correspondant au 01/02/2018
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