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Questions & Réponses

Réponse à une question : L'abrogeant et l'abrogé (An-Nasikh wal-Mansukh)

November 27, 2018
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(Série de réponses de l'éminent savant Ata bin Khalil Abu al-Rashtah, Émir du Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook "Fiqhi")

À Al-Mawaridi

Question :

Question is,

We have discussed about our method to re-establishing the Khilafah with a brother. I was answered by a brother that to do political non-violent actions and seeking Nusrah in Mecca before Hijrah was abrogated by the Quranic ayah which is,

أَلَمْ تَرَ إِلَى الَّذِينَ قِيلَ لَهُمْ كُفُّوا أَيْدِيَكُمْ وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَآتُوا الزَّكَاةَ فَلَمَّا كُتِبَ عَلَيْهِمُ الْقِتَالُ إِذَا فَرِيقٌ مِّنْهُمْ يَخْشَوْنَ النَّاسَ كَخَشْيَةِ اللَّهِ أَوْ أَشَدَّ خَشْيَةً وَقَالُوا رَبَّنَا لِمَ كَتَبْتَ عَلَيْنَا الْقِتَالَ لَوْلَا أَخَّرْتَنَا إِلَىٰ أَجَلٍ قَرِيبٍ قُلْ مَتَاعُ الدُّنْيَا قَلِيلٌ وَالْآخِرَةُ خَيْرٌ لِّمَنِ اتَّقَىٰ وَلَا تُظْلَمُونَ فَتِيلًا

“Hast thou not turned Thy vision to those who were told to hold back their hands (from fight) but establish regular prayers and spend in regular charity? When (at length) the order for fighting was issued to them, behold! a section of them feared men as - or even more than - they should have feared Allah: They said: "Our Lord! Why hast Thou ordered us to fight? Wouldst Thou not Grant us respite to our (natural) term, near (enough)?" Say: "Short is the enjoyment of this world: the Hereafter is the best for those who do right: Never will ye be dealt with unjustly in the very least!” [Nisa: 77]

In this ayah Allah ordered to do Jihad which abrogated previous Hukm (holding back their hands). So what will be the answer to those brother I give. Jazakallahu Khair my brother.

From Your Brother, Asif Sulaiman

Réponse :

Wa Alaikum Assalam Wa Rahmatullahi Wa Barakatuh,

Premièrement : Il semble que la personne qui t'a posé la question soit confuse au sujet de l'abrogation (An-Naskh). C'est pourquoi elle a pensé que l'obligation du Jihad à Médine constituait une abrogation de l'absence de permission pour le Messager ﷺ de mener le Jihad à La Mecque. En réalité, il n'y a pas d'abrogation. En effet, l'abrogation survient lorsqu'un discours général du Législateur nous charge d'une action, puis qu'un discours général ultérieur du Législateur vient empêcher la poursuite du jugement établi par le précédent discours, avec une opposition totale sous tous les angles sans possibilité de concilier les deux discours, et ce, alors que les circonstances du discours précédent ou la situation traitée ne diffèrent pas de celles du discours suivant. Autrement, chaque discours serait spécifique à ses propres circonstances et situations... Pour clarifier cela, je te mentionne quelques exemples :

1- Exemples d'abrogation :

a- L'abrogation de l'obligation de s'orienter vers Jérusalem par l'orientation vers la Kaaba :

قَدْ نَرَى تَقَلُّبَ وَجْهِكَ فِي السَّمَاءِ فَلَنُوَلِّيَنَّكَ قِبْلَةً تَرْضَاهَا فَوَلِّ وَجْهَكَ شَطْرَ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ وَحَيْثُ مَا كُنْتُمْ فَوَلُّوا وُجُوهَكُمْ شَطْرَهُ

"Certes Nous te voyons tourner le visage en tous sens dans le ciel. Nous te ferons donc orienter vers une direction qui te plaît. Tourne donc ton visage vers la Mosquée Sacrée. Où que vous soyez, tournez-y vos visages." (Sourate Al-Baqarah [2]: 144)

Ici, les circonstances et la situation de l'orientation vers la première et la seconde Qibla sont identiques pour le prieur...

b- L'abrogation de l'interdiction de visiter les tombes par son autorisation :

كُنْتُ نَهَيْتُكُمْ عَنْ زِيَارَةِ الْقُبُورِ أَلا فَزُورُوهَا

"Je vous avais interdit de visiter les tombes, désormais visitez-les."

De même ici, les circonstances et la situation de la visite ou de la non-visite des tombes sont les mêmes...

Dans tous ces exemples, l'abrogation a lieu car il s'agit d'un discours général adressé aux musulmans, où les circonstances du discours précédent et suivant sont identiques, et la contradiction entre eux est totale, c'est-à-dire qu'il est impossible de les concilier. Dès lors, le discours ultérieur abroge le précédent.

2- Exemples de non-abrogation :

  • Le jeûne est obligatoire pour celui qui en est capable :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا كُتِبَ عَلَيْكُمُ الصِّيَامُ كَمَا كُتِبَ عَلَى الَّذِينَ مِنْ قَبْلِكُمْ لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ أَيَّامًا مَعْدُودَاتٍ

"Ô les croyants ! On vous a prescrit le jeûne comme on l'a prescrit à ceux d'avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété, pendant des jours comptés." (Sourate Al-Baqarah [2]: 183-184)

  • Pour le malade ou celui qui est en voyage, il est permis de rompre le jeûne :

فَمَنْ كَانَ مِنْكُمْ مَرِيضًا أَوْ عَلَى سَفَرٍ فَعِدَّةٌ مِنْ أَيَّامٍ أُخَرَ وَعَلَى الَّذِينَ يُطِيقُونَهُ فِدْيَةٌ طَعَامُ مِسْكِينٍ

"Quiconque d'entre vous est malade ou en voyage, devra jeûner un nombre égal d'autres jours. Mais pour ceux qui ne pourraient l'supporter qu'avec grande difficulté, il y a une compensation : nourrir un pauvre." (Sourate Al-Baqarah [2]: 184)

Ici, on ne dit pas que le second verset a abrogé le premier, mais on dit que chaque règle s'applique à sa circonstance et à sa situation. Le jeûne est obligatoire pour celui qui est en bonne santé et résident, mais la rupture du jeûne est permise pour le malade ou le voyageur. Ou encore, on dit que le discours du premier verset est général pour les musulmans et le second est spécifique au malade ou au voyageur...

Deuxièmement : Concernant le noble verset objet de la question, il n'y a pas d'abrogation. Les circonstances des musulmans à La Mecque étaient qu'ils étaient opprimés... torturés et vivant sous l'autorité des mécréants. Pour une sagesse qu'Allah connaît, le Jihad ne leur fut pas imposé... C'est pourquoi le Messager ﷺ n'a pas autorisé ce groupe de musulmans à combattre lorsqu'ils l'ont pressé à La Mecque... Al-Hakim a rapporté dans Al-Mustadrak et a dit que c'est un hadith authentique selon les conditions d'Al-Bukhari : d'après Ikrima, d'après Ibn Abbas (ra), que Abdurrahman bin Awf et ses compagnons vinrent voir le Prophète ﷺ et dirent : "Ô Prophète d'Allah, nous étions puissants alors que nous étions polythéistes, et quand nous avons cru, nous sommes devenus humiliés." Il répondit :

إِنِّي أُمِرْتُ بِالْعَفْوِ فَلا تُقَاتِلُوا الْقَوْمَ

"Il m'a été ordonné de pardonner, alors ne combattez pas ces gens."

Lorsqu'il s'est installé à Médine, Allah lui ordonna de combattre, mais certains hésitèrent, alors Allah (swt) fit descendre :

أَلَمْ تَرَ إِلَى الَّذِينَ قِيلَ لَهُمْ كُفُّوا أَيْدِيَكُمْ وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَآتُوا الزَّكَاةَ فَلَمَّا كُتِبَ عَلَيْهِمُ الْقِتَالُ إِذَا فَرِيقٌ مِنْهُمْ يَخْشَوْنَ النَّاسَ...

"N’as-tu pas vu ceux auxquels on avait dit : « Abstenez-vous de combattre, accomplissez la prière et acquittez la Zakat » ? Puis, lorsque le combat leur fut prescrit, voilà qu'une partie d'entre eux se mit à craindre les gens..." (Sourate An-Nisa [4]: 77)

Le sens du verset est de ne pas agir comme eux, c'est-à-dire de ne pas s'empresser de demander l'imposition d'une chose pour ensuite tarder à l'exécuter une fois prescrite, au risque d'être blâmé...

Ainsi, parce que les circonstances sont différentes, nous disons qu'il n'y a pas d'abrogation. Le jugement de La Mecque était une situation particulière où Allah n'a pas imposé le combat contre les mécréants en ces jours-là pour une sagesse que Seul l'Omniscient, le Sage connaît... Quant à Médine, Allah y a imposé le Jihad, et depuis cette date, le Jihad est permanent jusqu'au Jour de la Résurrection. Les preuves en sont :

  • Al-Bukhari a consacré un chapitre dans son Sahih intitulé : (Chapitre : Le Jihad est permanent avec le pieux et le pervers, conformément à la parole du Prophète ﷺ : "Le bien est attaché au toupet des chevaux jusqu'au Jour de la Résurrection").

  • Al-Bukhari a rapporté dans son Sahih que le Prophète ﷺ a dit :

الْخَيْلُ مَعْقُودٌ فِي نَوَاصِيهَا الْخَيْرُ إِلَى يَوْمِ الْقِيَامَةِ الْأَجْرُ وَالْمَغْنَمُ

"Le bien est attaché au toupet des chevaux jusqu’au Jour de la Résurrection : la récompense et le butin." (Rapporté également par Muslim).

L'expression "Le bien est attaché au toupet des chevaux" est une métaphore du Jihad.

  • Al-Bayhaqi a rapporté dans Al-Sunan al-Kubra d'après Anas bin Malik (ra) que le Messager d'Allah ﷺ a dit :

ثَلاثٌ مِنْ أَصْلِ الإِيمَانِ، الْكَفُّ عَمَّنْ قَالَ لا إِلَهَ إِلا اللَّهُ، لا يُكَفِّرُهُ بِذَنْبٍ، وَلا يُخْرِجُهُ مِنَ الإِسْلامِ بِعَمَلٍ، وَالْجِهَادُ مَاضٍ مُنْذُ بَعَثَنِي اللَّهُ عَزَّ وَجَلَّ إِلَى أَنْ يُقَاتِلَ آخِرُ أُمَّتِي الدَّجَّالَ لا يُبْطِلُهُ جَوْرُ جَائِرٍ وَلا عَدْلُ عَادِلٍ، وَالإِيمَانُ بِالأَقْدَارِ

"Trois choses font partie des fondements de la foi : s'abstenir de s'en prendre à celui qui dit 'Il n'y a de divinité qu'Allah', ne pas l'excommunier pour un péché, ni l'exclure de l'Islam pour une action ; le Jihad est permanent depuis qu'Allah m'a envoyé jusqu'à ce que le dernier de ma communauté combatte le Dajjal, ni l'oppression d'un tyran ni la justice d'un juste ne peuvent l'annuler ; et la foi aux destins."

Ainsi, le Jihad est permanent jusqu'au Jour de la Résurrection, il n'est ni abrogé ni suspendu. Tout dirigeant musulman, qu'il soit Calife ou non, s'il déclare le Jihad contre les mécréants, on mène le Jihad avec lui pour les combattre, et les moudjahidines seront récompensés par Allah selon leurs intentions...

Troisièmement : Il semble que la personne qui t'a interrogé ou a discuté avec toi sur ce verset voulait te dire : "Pourquoi le Hizb ut-Tahrir n'utilise-t-il pas le Jihad dans son action pour établir le Califat, sachant que l'absence de combat à La Mecque a été abrogée à Médine ?" C'est comme s'il y avait une confusion entre le Jihad et l'action pour établir le Califat, les considérant comme une seule et même question. C'est une pensée erronée. Nous avons déjà répondu le 22/09/2013 à une question sur ce sujet, et je te transmets une partie de cette réponse, car elle contient des éclaircissements supplémentaires pour celui qui a discuté avec toi, afin qu'il soit guidé vers la voie la plus juste si Allah le veut :

(Réponse : Cette question comporte plusieurs points nécessitant des éclaircissements :

1- Les preuves rapportées, qu'elles proviennent du Livre ou de la Sunnah, doivent être suivies telles quelles, et il n'y a pas de différence entre les preuves révélées à La Mecque et celles révélées à Médine.

2- Les preuves requises sont celles qui concernent le sujet en question et non un autre sujet :

a- Par exemple, si je veux savoir comment faire les ablutions, je cherche les preuves des ablutions où qu'elles soient, qu'elles aient été révélées à La Mecque ou à Médine, et le jugement légal en est déduit selon les fondements (Usul) suivis... Mais je ne cherche pas les preuves du jeûne pour en tirer le jugement des ablutions et leur modalité !

b- De même, si je veux connaître les règles du Hajj, je cherche les preuves du Hajj où qu'elles soient, à La Mecque ou à Médine, et le jugement légal en est déduit selon les fondements suivis. Mais je ne cherche pas les preuves de la prière pour en tirer les règles du Hajj et sa modalité !

c- Par exemple, si je veux connaître les règles du Jihad : s'il est une obligation individuelle (Ayn) ou de suffisance (Kifayah), défensif ou offensif, et les jugements qui en découlent comme les conquêtes et la propagation de l'Islam, la conquête par la force ou par traité... je cherche alors les preuves du Jihad où qu'elles soient, à La Mecque ou à Médine, et le jugement légal en est déduit selon les fondements suivis. Mais je ne cherche pas les preuves de la Zakat pour en tirer le jugement du Jihad et ses détails !

d- Et ainsi de suite pour chaque question, on cherche ses preuves là où elles ont été rapportées, à La Mecque ou à Médine, et on en tire le jugement légal spécifique selon les fondements suivis.

3- Venons-en maintenant à la question de l'établissement de l'État Islamique, et cherchons ses preuves, qu'elles aient été révélées à La Mecque ou à Médine, et déduisons-en le jugement légal selon les fondements suivis.

Nous ne trouvons aucune preuve pour l'établissement de l'État Islamique en dehors de ce que le Messager d'Allah ﷺ a exposé dans sa vie (Seerah) à La Mecque.

Il a appelé à l'Islam secrètement, formant un bloc de croyants patients... puis il l'a proclamé publiquement parmi les gens à La Mecque et lors des saisons de pèlerinage... puis il a recherché le secours (Nusrah) auprès des gens de puissance et de protection, et Allah l'a honoré par les Partisans (Ansar). Il a alors émigré vers eux et a établi l'État.

Ce sont là les preuves de l'établissement de l'État, et il n'en existe pas d'autres. Le Messager ﷺ nous les a clairement exposées dans sa Seerah, et nous devons nous y conformer. Le sujet n'est pas une phase mecquoise avant l'imposition du Jihad et une phase médinoise après l'imposition du Jihad, mais il s'agit de rechercher les preuves de l'établissement de l'État, et elles ne se trouvent qu'à La Mecque jusqu'à ce que le Messager d'Allah ﷺ émigre à Médine et établisse l'État.

C'est une chose et le Jihad en est une autre. Comme nous l'avons dit, les preuves de l'établissement de l'État sont puisées dans leurs sources propres, et les preuves du Jihad sont puisées dans leurs sources propres. L'une n'est pas la même que l'autre et l'une ne dépend pas de l'autre. C'est pourquoi le Jihad ne s'arrête pas en l'absence de l'État du Califat...

De même, l'action pour établir le Califat ne s'arrête pas à cause de la suspension du Jihad par les gouvernants...

Par conséquent, le Jihad continue et l'action pour le Califat continue jusqu'à ce qu'il soit établi. L'un ne dépend pas de l'autre ; ce sont deux questions distinctes, et pour chaque question, on recherche ses preuves législatives et on en déduit le jugement légal propre à la question selon les fondements suivis...). Fin de citation.

J'espère que cela sera suffisant pour convaincre celui qui a discuté avec toi, afin qu'il soit guidé vers la meilleure voie, si Allah le veut.

Votre frère Ata bin Khalil Abu al-Rashtah

18 Rabi’ al-Awwal 1440 de l’Hégire Correspondant au 26/11/2018

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