(Série de réponses du savant éminent Ata Bin Khalil Abu Al-Rashtah, Émir du Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook « Fiqhi »)
Réponse à une question À Osama Ayat
Question :
Assalamou Alaikoum Wa Rahmatoullahi Wa Barakatouhou, que Dieu vous garde notre Cheikh,
J'aimerais vous poser une question concernant la science du Hadith :
Les savants ont défini le hadith authentique (Sahih) comme étant : ce dont la chaîne de transmission (Sanad) est continue par la narration d'un rapporteur juste (‘Adl) et rigoureux (Dhabit) d'après son semblable, du début de la chaîne jusqu'à la fin, sans être marginal (Shadh) ni présenter de défaut caché (Mu’allal). Ce sont les critères de l’authentification d’un hadith. Cependant, je constate que de nombreux savants authentifient des hadiths faibles (Da’if) par le biais des Shawahid (témoignages) et des Mutabi'at (suivis). Par exemple, un hadith peut provenir d'une certaine voie et être faible, puis ce hadith possède des Shawahid ou des Mutabi'at, bien que ces derniers soient également faibles. Malgré cela, nous voyons les savants authentifier le hadith grâce à ces Shawahid et Mutabi'at. Quelle est la valeur accordée à ces Shawahid et Mutabi'at ? Et quand ont-ils une influence sur l’authentification du hadith ?
J'espère une réponse, et que Dieu vous bénisse.
Réponse :
Wa Alaikoum Assalam Wa Rahmatoullahi Wa Barakatouhou,
Avant de répondre à la question, il est nécessaire de clarifier certains termes techniques associés tels que « Al-Shawahid, Al-Mutabi'at, le Matn et le Sanad », qui sont des termes de la science du Hadith. Leur clarification se fera par l'énoncé d'exemples :
- Il est rapporté dans le Musnad de l'Imam Ach-Chafi'i : Malik nous a informés, d'après Abdoullah bin Dinar, d'après Abdoullah bin Omar (ra) que le Messager d'Allah ﷺ a dit :
أَخْبَرَنَا مَالِكٌ، عَنْ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ دِينَارٍ، عَنْ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ كُمَرَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمَا أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ ﷺ قَالَ: «الشَّهْرُ تِسْعٌ وَعِشْرُونَ، فَلَا تَصُومُوا حَتَّى تَرَوُا الْهِلَالَ، وَلَا تُفْطِرُوا حَتَّى تَرَوْهُ، فَإِنْ غُمَّ عَلَيْكُمْ فَأَكْمِلُوا الْعِدَّةَ ثَلَاثِينَ»
« Le mois est de vingt-neuf [jours]. Ne jeûnez donc pas jusqu'à ce que vous voyiez le croissant, et ne rompez pas le jeûne jusqu'à ce que vous le voyiez. Si le temps est couvert pour vous, complétez alors la période à trente [jours]. »
Le Matn est le texte ou les paroles auxquels aboutit la chaîne de transmission. Dans ce hadith, il s'agit de la parole du Prophète ﷺ : « Le mois est de vingt-neuf [jours], ne jeûnez donc pas jusqu'à ce que vous voyiez le croissant... » jusqu'à la fin.
Le Sanad est la chaîne des hommes qui transmettent le texte jusqu'à son auteur. Le Sanad de ce hadith est : Ach-Chafi'i, d'après Malik, d'après Abdoullah bin Dinar, d'après Abdoullah bin Omar, d'après le Messager d'Allah ﷺ.
Ce hadith n'a pas été rapporté uniquement par Ach-Chafi'i d'après Malik, mais il a également été rapporté d'après Malik par Abdoullah bin Maslama avec la même chaîne de transmission d'après Abdoullah bin Omar. Al-Bukhari a rapporté dans son Sahih : Abdoullah bin Maslama nous a raconté, Malik nous a raconté, d'après Abdoullah bin Dinar, d'après Abdoullah bin Omar (ra), que le Messager d'Allah ﷺ a dit :
حَدَّثَنَا عَبْدُ اللَّهِ بْنُ مَسْلَمَةَ، حَدَّثَنَا مَالِكٌ، عَنْ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ دِينَارٍ، عَنْ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ عُمَرَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمَا، أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ ﷺ، قَالَ: «الشَّهْرُ تِسْعٌ وَعِشْرُونَ لَيْلَةً، فَلاَ تَصُومُوا حَتَّى تَرَوْهُ، فَإِنْ غُمَّ عَلَيْكُمْ فَأَكْمِلُوا العِدَّةَ ثَلاَثِينَ»
« Le mois est de vingt-neuf nuits. Ne jeûnez donc pas jusqu'à ce que vous le voyiez, et si le temps est couvert pour vous, complétez alors la période à trente [jours]. »
Ainsi, Abdoullah bin Maslama a « suivi » (Taba'a) Ach-Chafi'i dans la narration de ce hadith, c'est-à-dire qu'il a rapporté le hadith du même cheikh qu’Ach-Chafi'i, à savoir Malik, avec le Sanad mentionné. C'est pourquoi on appelle la narration d'Abdoullah bin Maslama un « suivi » (Mutabi'ah), et dans ce cas, on l'appelle un suivi complet (Mutabi'ah tammah)...
- De même, Muslim a rapporté dans son Sahih ce hadith d'après Abdoullah bin Omar comme suit : Abou Bakr bin Abi Chayba nous a raconté, Abou Oussama nous a raconté, Oubayd Allah nous a raconté, d'après Nafi', d'après Ibn Omar (ra), que le Messager d'Allah ﷺ a mentionné le Ramadan, a frappé de ses mains et a dit :
حَدَّثَنَا أَبُو بَكْرِ بْنُ أَبِي شَيْبَةَ، حَدَّثَنَا أَبُو أُسَامَةَ، حَدَّثَنَا عُبَيْدُ اللهِ، عَنْ نَافِعٍ، عَنِ ابْنِ عُمَرَ رَضِيَ اللهُ عَنْهُمَا، أَنَّ رَسُولَ اللهِ ﷺ ذَكَرَ رَمَضَانَ، فَضَرَبَ بِيَدَيْهِ فَقَالَ: «الشَّهْرُ هَكَذَا، وَهَكَذَا، وَهَكَذَا - ثُمَّ عَقَدَ إِبْهَامَهُ فِي الثَّالِثَةِ - فَصُومُوا لِرُؤْيَتِهِ، وَأَفْطِرُوا لِرُؤْيَتِهِ، فَإِنْ أُغْمِيَ عَلَيْكُمْ فَاقْدِرُوا لَهُ ثَلَاثِينَ»
« Le mois est ainsi, ainsi, et ainsi — puis il a plié son pouce à la troisième fois — Jeûnez donc à sa vision et rompez le jeûne à sa vision. Si le temps est nuageux pour vous, déterminez-le à trente. »
Dans cette version du hadith, Nafi' a « suivi » Abdoullah bin Dinar dans la narration d'après Abdoullah bin Omar. Cela est appelé un suivi partiel (Mutabi'ah qasirah) car il ne s'est pas produit dès le début de la chaîne...
- An-Nasa'i a également rapporté ce hadith dans ses Sounan comme suit : Muhammad bin Abdoullah bin Yazid nous a informés, il a dit : Soufyan nous a raconté, d'après Amr bin Dinar, d'après Muhammad bin Houneyn, d'après Ibn Abbas, qui a dit : « Je m'étonne de celui qui devance le mois, alors que le Messager d'Allah ﷺ a dit :
أَخْبَرَنَا مُحَمَّدُ بْنُ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ يَزِيدَ، قَالَ: حَدَّثَنَا سُفْيَانُ، عَنْ عَمْرِو بْنِ دِينَارٍ، عَنْ مُحَمَّدِ بْنِ حُنَيْنٍ، عَنْ ابْنِ عَبَّاسٍ، قَالَ: عَجِبْتُ مِمَّنْ يَتَقَدَّمُ الشَّهْرَ، وَقَدْ قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: «إِذَا رَأَيْتُمُ الْهِلَالَ فَصُومُوا، وَإِذَا رَأَيْتُمُوهُ فَأَفْطِرُوا، فَإِنْ غُمَّ عَلَيْكُمْ فَأَكْمِلُوا الْعِدَّةَ ثَلَاثِينَ»
« Quand vous voyez le croissant, jeûnez, et quand vous le voyez, rompez le jeûne. Si le temps est couvert pour vous, complétez alors la période à trente [jours]. »
Il est clair que cette version du hadith possède une autre chaîne de transmission d'après un autre Compagnon, à savoir Ibn Abbas, et non Abdoullah bin Omar. On qualifie le hadith d'An-Nasa'i de « témoignage » (Shahid) pour le hadith d'Ach-Chafi'i mentionné ci-dessus, ainsi que pour les hadiths d'Al-Bukhari et de Muslim... De même, chacun des hadiths d'Ach-Chafi'i, d'Al-Bukhari et de Muslim ci-dessus est considéré comme un Shahid pour le hadith d'An-Nasa'i... Et si le texte du hadith témoin (Shahid) présente une différence dans les termes mais une ressemblance dans le sens, on l'appelle « témoignage par le sens » (Shahid bil-ma’na), comme le hadith d'Al-Bukhari dans son Sahih : Adam nous a raconté, Chou'ba nous a raconté, Muhammad bin Ziyad nous a raconté, il a dit : J'ai entendu Abou Houreyra (ra) dire : Le Prophète ﷺ a dit, ou il a dit : Abou Al-Qasim ﷺ a dit :
حَدَّثَنَا آدَمُ، حَدَّثَنَا شُعْبَةُ، حَدَّثَنَا مُحَمَّدُ بْنُ زِيَادٍ، قَالَ: سَمِعْتُ أَبَا هُرَيْرَةَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ، يَقُولُ: قَالَ النَّبِيُّ ﷺ: أَوْ قَالَ: قَالَ أَبُو القَاسِمِ ﷺ: «صُومُوا لِرُؤْيَتِهِ وَأَفْطِرُوا لِرُؤْيَتِهِ، فَإِنْ غُبِّيَ عَلَيْكُمْ فَأَكْمِلُوا عِدَّةَ شَعْبَانَ ثَلاَثِينَ»
« Jeûnez à sa vision et rompez le jeûne à sa vision, et si le temps est voilé pour vous, complétez alors la période de Cha'ban à trente [jours]. »
Le texte de ce hadith est similaire au texte du hadith d'Ach-Chafi'i dans le sens, mais pas dans les termes, car il mentionne ici le mois de Cha'ban...
Venons-en maintenant à la réponse à la question :
- Les hadiths dont la cause de faiblesse est la perversité (fisq) du rapporteur, son accusation de mensonge ou autre motif similaire, ne sont pas renforcés par d'autres hadiths. Au contraire, ils sont rejetés et on n'agit pas selon eux. Il est mentionné dans le livre La Personnalité Islamique (Ach-Chakhsiya Al-Islamiya), tome 1 :
« ...Et c’est une erreur de dire que le hadith faible, s’il provient de multiples voies faibles, s’élève au rang de bon (Hasan) ou d’authentique (Sahih). Car si la faiblesse du hadith est due à la perversité de son rapporteur ou à son accusation effective de mensonge, et qu’il provient ensuite d’autres voies de ce type, sa faiblesse ne fera que croître... » Fin de citation.
Ibn al-Salah a dit dans sa Muqaddimah :
« Toute faiblesse dans un hadith ne disparaît pas par le fait qu'il provienne de plusieurs voies, cela varie plutôt : ... Et parmi cela, il y a une faiblesse qui ne disparaît pas par de tels moyens, en raison de la force de la faiblesse et de l'incapacité de cet élément "réparateur" à compenser et à résister. C'est le cas de la faiblesse qui provient du fait que le rapporteur est accusé de mensonge, ou que le hadith est marginal (Shadh). » Fin de citation.
- Il existe des versions de hadiths dans lesquelles se trouve un rapporteur ou plus ayant une mauvaise mémorisation ou dont l'état est inconnu (Mastur), mais qui n'est pas accusé de mensonge ou de perversité... c'est-à-dire que la cause de la faiblesse est liée à la mémorisation et non à l'honnêteté ou à la piété... Ces versions de hadiths, prises isolément, sont jugées faibles en raison de la faiblesse de certains hommes de la chaîne... Mais en examinant les narrations, il s'avère que ces versions ont des suivis (Mutabi'at) et des témoignages (Shawahid) valables, c'est-à-dire aptes à renforcer la narration concernée. Cela compense la mauvaise mémorisation et sort le texte du hadith de sa condition de marginal (Shadh) ou de désavoué (Munkar)... Dans ce cas, nous ne jugeons pas le hadith comme étant faible, mais il devient un hadith bon (Hasan) parce qu'il a été rapporté par une autre voie qui répare le défaut pour lequel le hadith aurait pu être faible... Il est mentionné dans le livre La Personnalité Islamique, tome 1 :
« Le Hasan : c'est celui dont la source est connue et dont les rapporteurs sont célèbres, et c’est sur lui que repose la majeure partie des hadiths. C'est celui qu'acceptent la plupart des savants et qu'utilisent l'ensemble des juristes (Fuqaha). C'est-à-dire qu'il ne doit pas y avoir dans sa chaîne de transmission une personne accusée de mensonge, et qu'il ne soit pas un hadith marginal (Shadh). Il en existe deux types :
L’un d’eux : le hadith dont les hommes de la chaîne de transmission ne sont pas exempts d’un rapporteur à l'état inconnu (Mastur) dont l'aptitude n'a pas été vérifiée, mais qui n'est pas pour autant négligent faisant beaucoup d'erreurs, ni accusé de mensonge. Et le texte du hadith doit avoir été rapporté de façon similaire par une autre voie, sortant ainsi de sa condition de marginal (Shadh) ou de désavoué (Munkar)... » Fin de citation.
Et il est mentionné dans la Muqaddimah d'Ibn al-Salah :
« ...Il m'est apparu clairement que le hadith Hasan est de deux sortes :
L'une d'elles : le hadith dont les hommes de la chaîne de transmission ne sont pas exempts d'un rapporteur à l'état inconnu (Mastur) dont l'aptitude n'a pas été vérifiée, mais qui n'est pas pour autant négligent faisant beaucoup d'erreurs dans ce qu'il rapporte, ni accusé de mensonge dans le hadith, c'est-à-dire qu'il n'a pas manifesté d'intention délibérée de mentir dans le hadith ni d'autre motif de perversité (Fisq). En plus de cela, le texte du hadith doit être connu en ayant été rapporté de manière identique ou similaire par une autre voie ou plus, jusqu'à être soutenu par le suivi (Mutabi'ah) de celui qui a suivi son rapporteur dans la narration, ou par un témoignage (Shahid) qu'il possède, à savoir l'existence d'un autre hadith similaire. Il sort ainsi de la catégorie de marginal (Shadh) et de désavoué (Munkar), et les propos d'At-Tirmidhi s'appliquent à cette catégorie... » Fin de citation. Il a également dit :
« ...Toute faiblesse dans un hadith ne disparaît pas par le fait qu'il provienne de plusieurs voies, cela varie plutôt : Il y a des faiblesses que cela fait disparaître, comme lorsque la faiblesse provient d'une mémorisation défaillante du rapporteur, alors qu'il fait partie des gens de vérité et de piété. Si nous voyons que ce qu'il a rapporté est venu par une autre voie, nous savons qu'il l'a bien mémorisé et que sa précision (Dabt) n'a pas été altérée. » Fin de citation.
Par conséquent, il ne faut pas se précipiter pour juger les hadiths comme étant faibles par la simple présence d'un homme à l'état inconnu ou ayant une mauvaise mémorisation dans la chaîne... Il faut plutôt étudier les autres versions pour connaître les suivis et les témoignages... Toutefois, il convient d'attirer l'attention sur le fait que le renforcement des hadiths par les Mutabi'at et les Shawahid fait partie des questions subtiles qui nécessitent une science et une maîtrise globale des sciences du hadith, des détails des narrations et de la critique des rapporteurs (Al-Jarh wa at-Ta’dil). En effet, tout suivi ou témoignage n'est pas forcément considéré comme suffisant pour renforcer le hadith ; il est impératif que certaines conditions y soient réunies pour qu'il soit valable, apte à réparer le défaut et à permettre de juger le hadith comme étant acceptable.
J’espère que ce sujet est désormais clair, si Allah le veut.
Votre frère, Ata Bin Khalil Abu Al-Rashtah
23 de Chawwal 1437 de l'Hégire Correspondant au 28/07/2016
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