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Questions & Réponses

Réponse à une question : La « Sunna d'action Mutawatir » ; est-ce une seule chose ou deux choses différentes ?

September 05, 2015
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(Série de réponses de l'éminent savant Ata Bin Khalil Abu Al-Rashtah, Émir du Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook « Fiqhi »)

Réponse à une question

Question :

Assalamou Alaikoum Wa Rahmatoullahi Wa Barakatouh,

Deux questions si vous le permettez, qu'Allah vous aide...

  1. Il est mentionné dans le livre La Personnalité Islamique (Ach-Chakhsiya Al-Islamiya), Tome 3 (p. 82), ce qui suit :

« Le Hadith Mutawatir a une authenticité de transmission absolue (Qat'i ath-Thubut) en provenance du Prophète ﷺ. Il apporte une connaissance certaine et son application est obligatoire en toute chose, qu'il s'agisse d'une Sunna verbale (Qawliya), d'action (Fi'liya) ou de silence approbateur (Soukoutiya). Parmi les Hadiths verbaux Mutawatir, il y a sa parole ﷺ : "Celui qui ment délibérément à mon sujet, qu'il prépare son siège en Enfer". Et parmi la Sunna d'action Mutawatir, il y a les cinq prières quotidiennes et leur nombre de rak'ats, ainsi que ce qui a été rapporté concernant les modalités de la prière, du jeûne et du pèlerinage. »

La question concernant la « Sunna d'action Mutawatir » est la suivante : qu'est-ce que c'est ? S'agit-il de la récurrence des récits (Tawatur al-Akhbar) concernant un acte accompli par le Messager d'Allah ﷺ ? Ou s'agit-il du tawatur des actions pratiquées par les gens, génération après génération, depuis l'époque du Prophète ﷺ jusqu'à nos jours ?

Certains chercheurs ont considéré ce qu'ils appellent le « Tawatur d'action » (Tawatur 'Amal) ou « Tawatur par héritage » (Tawatur Tawaruth) comme une catégorie du Tawatur. Par exemple, le Cheikh Shabbir Ahmad al-Usmani a dit dans l'introduction de Fath al-Mulhim (p. 18) :

« La troisième catégorie : le Tawatur d'action et le Tawatur par héritage. C'est le fait qu'une action soit pratiquée à chaque siècle, depuis l'époque du législateur jusqu'à nos jours, par une foule immense de pratiquants, de sorte qu'il soit habituellement impossible qu'ils se soient mis d'accord sur un mensonge ou une erreur. C'est le cas du siwak lors des ablutions par exemple ; c'est une Sunna, et croire en son caractère de Sunna est une obligation, car cela est établi par le Tawatur pratique, et le nier est une mécréance... Parmi cela aussi, les cinq prières : aucun croyant ni mécréant ne diverge et personne ne doute qu'il (le Prophète) les a priées avec ses compagnons chaque jour et chaque nuit à leurs horaires connus, et que tous ceux qui l'ont suivi dans sa religion les ont priées ainsi là où ils se trouvaient chaque jour. Ainsi, jusqu'à aujourd'hui, personne ne doute que les gens du Sind prient comme les gens d'Andalousie, et que les gens d'Arménie prient comme les gens du Yémen... » Fin de citation.

Est-ce que cela et ce que nous appelons la « Sunna d'action Mutawatir » sont une seule et même chose ? Ou sont-ce deux choses différentes ? Et s'il s'agit de deux choses différentes, acceptons-nous ce qu'ils appellent le Tawatur d'action ou le rejetons-nous ?

  1. Les experts en Hadith comme Ibn Hajar, An-Nawawi, As-Souyouti et d'autres ont divisé le Hadith acceptable en : « Authentique par lui-même » (Sahih li-dhatihi), « Authentique par un autre » (Sahih li-ghayrihi), « Bon par lui-même » (Hasan li-dhatihi) et « Bon par un autre » (Hasan li-ghayrihi). Tandis que dans les livres La Personnalité Islamique, Tomes 1 et 3, nous nous limitons à « Sahih » et « Hasan ». S'agit-il d'une simple différence de terminologie avec un accord sur le sens, ou est-ce aussi une différence de sens ? Baraka Allahou Fikoum.

Réponse :

Wa Alaikoum Assalam Wa Rahmatoullahi Wa Barakatouh.

1- La Sunna Mutawatir, qu'elle soit verbale, d'action ou d'approbation d'un acte ou d'une parole, n'est Mutawatir que si elle est transmise par une transmission récurrente (Naql Mutawatir) depuis le Messager d'Allah ﷺ. Quant à l'affirmation selon laquelle les actions deviennent une Sunna d'action Mutawatir si un groupe les a pratiquées à l'époque du Messager d'Allah ﷺ, puis un groupe à l'époque des Tabi'ine (suivants) et des Tabi' at-Tabi'ine, sans qu'il soit établi par le Tawatur que ces actions ont été accomplies ou approuvées par le Messager d'Allah ﷺ, cette affirmation est incorrecte. Elle n'est Mutawatir que s'il est établi par Tawatur que le Messager d'Allah ﷺ l'a accomplie ou en a approuvé l'accomplissement.

Ce que disent les partisans de cette thèse relève de l'hypothèse. La preuve en est que les exemples qu'ils ont cités, comme les cinq prières, sont établis par Tawatur depuis le Messager d'Allah ﷺ. Quant au siwak, il existe des Hadiths authentiques (Sahih) à son sujet venant du Messager d'Allah ﷺ. Le jugement sur le caractère Mutawatir de ces Hadiths dépend de leur chaîne de transmission (Sanad) : s'ils sont transmis par une voie Mutawatir, ils le sont ; mais s'ils sont transmis par des voies isolées (Ahad) dans le Sanad, ils ne sont pas Mutawatir. C'est-à-dire que le critère est le Sanad remontant au Messager d'Allah ﷺ.

Leur argument selon lequel les cinq prières sont accomplies au Sind, en Andalousie, au Yémen et en Arménie sans divergence sur leur nombre de cinq... tout cela ne les rendrait pas Mutawatir si elles n'avaient pas été transmises depuis le Messager d'Allah ﷺ par Tawatur. Ce qui les a rendues Mutawatir, c'est la confirmation de leur transmission depuis le Prophète ﷺ par Tawatur.

En conclusion, le Tawatur repose sur le Sanad (la chaîne de transmission). S'il s'agit d'une transmission Mutawatir, elle est retenue. Sinon, son Sanad est étudié et une décision est prise en conséquence. Comme je l'ai dit précédemment, leur thèse est hypothétique car ils ne peuvent citer un seul exemple qui ne soit pas établi depuis le Messager d'Allah ﷺ, mais dont le caractère Mutawatir aurait été décrété uniquement par la pratique des musulmans.

2- Concernant le Sahih li-dhatihi, le Sahih li-ghayrihi, le Hasan li-dhatihi et le Hasan li-ghayrihi... c'est une question qui a fait l'objet d'études. Je vais clarifier le sujet brièvement sans entrer dans certains aspects de divergence :

  • Le Hadith Sahih est celui qui est rapporté du Messager d'Allah ﷺ par une transmission de personnes intègres ('Adl), dotées d'une mémoire parfaite (Tamm ad-Dabt), avec une chaîne continue (Moutassil as-Sanad), sans anomalie (Chadh) ni défaut caché ('Illah). C'est le Hadith Sahih, ou ce qu'on appelle le Sahih li-dhatihi. Ses degrés varient selon la force de ces caractéristiques ; c'est pourquoi le Sahih d'Al-Bukhari prime, puis Muslim, puis ceux répondant à leurs conditions... etc.

  • Si la précision de la mémoire (Dabt) est moindre, tout en conservant les autres conditions du Sahih, il s'agit du Hasan li-dhatihi.

  • Si ses voies de transmission authentiques se multiplient, le Hasan gagne en authenticité et est appelé Sahih li-ghayrihi.

  • Si le Sanad ne remplit pas les conditions du Sahih et du Hasan, il est alors Dha'if (faible).

  • S'il est soutenu par d'autres narrations faibles ayant le même sens, certains l'appellent alors Hasan li-ghayrihi.

Naturellement, nous ne considérons pas que « faible + faible + faible... » devient Hasan ; il reste faible.

Cette classification « Hasan li-ghayrihi » n'était pas en usage durant les premiers siècles de la science du Hadith. Le premier à l'avoir mentionnée, selon certaines sources, est l'Imam Al-Bayhaqi (qu'Allah lui fasse miséricorde) dans certains passages de ses ouvrages.

Il y a eu divergence sur le « Hasan li-ghayrihi », c'est-à-dire le renforcement du faible par le faible, quant à sa mise en pratique. Certains l'ont accepté et d'autres ne l'ont pas admis et l'ont considéré comme faible. C'est l'avis prépondérant (Ar-Rajih) comme nous l'avons dit plus haut.

Cela ne rend pas la classification des Hadiths différente de ce que nous avons mentionné dans nos livres, car le Hadith qu'ils appellent « Hasan li-ghayrihi » est un Hadith faible au regard de son Sanad. Par conséquent, le Hasan li-ghayrihi n'est pas un nouveau type en soi.

Votre frère Ata Bin Khalil Abu Al-Rashtah

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