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Questions & Réponses

Réponse à une question : Le conflit euro-américain en Afrique du Nord

September 27, 2015
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Réponse à une question

Question :

Ma question porte sur l'Afrique du Nord, et je m'excuse pour son aspect multidimensionnel, bien que les points soient liés selon moi :

1- Les choses se sont brouillées pour moi concernant l'Afrique du Nord, et particulièrement la Libye. Bernardino León avait fixé le 20/09/2015 comme date butoir pour une solution entre les parties négociant à Skhirat, au Maroc. Pourtant, peu avant, le 19/09/2015, Haftar a lancé une opération militaire à Benghazi, ce qui a poussé l'envoyé de l'ONU à critiquer cet acte comme étant intentionnel pour provoquer et entraver l'issue des négociations. Une nouvelle date butoir a été fixée au 20/10/2015 ! On sait que Haftar est soutenu par l'Amérique, tout comme le gouvernement de Tobrouk qui négocie. Si Haftar entrave les négociations, quelle est l'explication de cette contradiction ?

2- Le 07/09/2015, le Sénat espagnol a officiellement donné son feu vert à l'établissement d'une base militaire américaine dans le sud du pays (AFRICOM), que l'Amérique a longtemps tenté d'établir en Afrique du Nord sans succès... Il a été annoncé que la mission principale de cette nouvelle force, selon le nouvel amendement du Sénat, est d'« intervenir par mer, terre et air dans les différentes crises du continent africain... ». Cela signifie-t-il que l'Amérique a décidé d'entrer en conflit avec l'Europe, en particulier avec la Grande-Bretagne et la France qui ont des racines coloniales en Afrique du Nord ? Et quel est son degré de réussite ?

3- Cela a été précédé et accompagné de visites intensives d'Américains en Afrique du Nord, surtout en Tunisie. Ces visites confirment-elles ce que j'ai mentionné au deuxième point concernant le conflit avec l'Europe ? Est-il possible d'expliciter ce conflit en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie et Libye), ne serait-ce que dans ses grandes lignes, car les interrogations à ce sujet sont légitimes dans les circonstances actuelles ? Merci à vous et encore une fois, excusez la longueur de la question.

Réponse :

Votre excuse est acceptée, qu'Allah nous pardonne ainsi qu'à vous, Il est le plus Miséricordieux. Je vais vous répondre, si Allah le veut, en respectant la chronologie des événements :

Premièrement : Concernant l'intérêt de l'Amérique pour l'Afrique du Nord et la création d'AFRICOM :

1- L'Amérique s'intéresse à l'Afrique du Nord depuis les années cinquante et non d'aujourd'hui. Lorsque ses ambassadeurs se sont réunis à Istanbul en novembre 1950, pour leur première conférence sous la présidence de George McGhee, sous-secrétaire d'État américain aux affaires du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord, l'Amérique luttait déjà contre l'Europe pour l'évincer et prendre sa place dans ses colonies. Ce conflit s'intensifie ou s'apaise selon les circonstances internationales et régionales. La conférence a duré cinq jours, passant en revue les situations politiques, stratégiques et économiques majeures de cette région. C'est alors qu'a débuté la lutte du nouveau colonialisme américain contre l'ancien colonialisme européen... L'Amérique a réussi à introduire son influence dans de nombreuses régions du Moyen-Orient et du bassin du Nil aux dépens de l'influence européenne (Grande-Bretagne et France), mais son influence ne s'est pas stabilisée en Afrique du Nord, car la priorité américaine était la région du Moyen-Orient et le bassin du Nil...

2- L'Amérique réalise que le milieu politique en Afrique du Nord appartient à l'Europe. C'est pourquoi elle a eu recours à d'autres moyens que les actions politiques habituelles pour pénétrer la région, dont deux principaux : le premier est le sujet du terrorisme et son exploitation par le biais d'accords militaires, d'infiltrations via l'armée, l'entraînement, l'aide militaire puis les bases militaires. Le second est l'aide économique et les institutions internationales affiliées. L'Amérique a constamment actionné ces deux leviers, sauf durant des périodes de « repos du guerrier » ! Parmi les tentatives de création de bases, figure la décision de George W. Bush de créer un commandement militaire américain en Afrique (AFRICOM) : « Le 06/02/2007, le président Bush et le secrétaire à la Défense Robert Gates ont annoncé la création du Commandement des États-Unis pour l'Afrique » (page AFRICOM sur Facebook). Bien que ce commandement soit conçu à l'origine pour dominer l'Afrique, piller ses richesses et coloniser ses habitants, l'Amérique, selon l'habitude des colonialistes, a tenté de le présenter comme s'il s'agissait de protéger l'Afrique, invitant plusieurs présidents africains à assister à sa célébration ! « Le Commandement africain a officiellement commencé ses activités le 1er octobre 2008 lors d'une cérémonie au Pentagone, considérant que le commandement militaire américain en Afrique USAFRICOM est une unité composée de forces de combat unifiées sous la direction du ministère américain de la Défense. Des représentants des pays africains à Washington D.C. y ont assisté » (Wikipédia).

3- L'Amérique a tenté avec acharnement d'établir cette base en Afrique du Nord pour la dominer et y remplacer l'influence européenne par la sienne. Elle n'y est pas parvenue car les agents de l'Europe l'en ont empêchée par loyauté envers l'influence européenne, et le projet AFRICOM est resté au point mort. Désespérant de l'exécuter comme prévu en Afrique du Nord, l'Amérique s'est tournée vers le nord de l'Afrique du Nord et s'est installée en Espagne le 07/09/2015 : « Le Sénat espagnol a officiellement donné son feu vert à l'établissement d'une base militaire américaine pour les forces des Marines dans le sud du pays dans le cadre de ce qui est connu sous le nom de commandement AFRICOM » (Portail Echourouk, 07/09/2015). Cette base n'est pas loin de l'Afrique du Nord, elle est à ses frontières, leur permettant de mener leurs plans malveillants dans la région. Le projet AFRICOM a été promu sous prétexte de la guerre mondiale contre le « terrorisme », mais ce projet porte en lui de nombreux objectifs visant tous à consacrer l'hégémonie américaine sur le monde. Il ne s'agit pas de protéger l'Afrique des dangers du « terrorisme », mais cela s'inscrit dans la stratégie mondiale américaine pour contrôler les sources de pétrole et de richesses et surveiller tous les passages maritimes du monde d'une part, et évincer l'ancienne influence coloniale pour la remplacer par le nouveau colonialisme d'autre part ; c'est donc une lutte pour sucer le sang et piller les richesses.

Malgré tout cela, le fait que l'Amérique n'ait pas pu construire la base AFRICOM quelque part en Afrique du Nord signifie qu'elle n'a pas de pied à terre stable dans cette région. Elle a tenté de l'établir en Algérie mais a rencontré une forte opposition... De même, elle n'a pas pu au Maroc, en Libye ou en Tunisie... Elle se concentre actuellement sur la Libye, exploitant les troubles qui s'y trouvent, ainsi que sur la Tunisie, exploitant la fragilité du pouvoir due au retour de l'ancienne classe politique contre laquelle le peuple s'était soulevé et qui est détestée... Néanmoins, il n'est pas facile de transférer la base AFRICOM en Afrique du Nord car le mur de la peur a été brisé chez les gens et il est peu probable qu'ils se taisent face à l'installation de bases maléfiques dans leur pays... Cela ne signifie pas que l'action de la base AFRICOM depuis l'Espagne sera sans influence sur la situation politique en Afrique du Nord, mais elle sera seulement moins efficace. En d'autres termes, l'Amérique répétera la tentative encore et encore jusqu'à ce qu'elle trouve une brèche pour s'y engouffrer, particulièrement en Tunisie et en Libye.

Deuxièmement : Concernant l'intensification des visites et le conflit euro-américain au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Libye :

L'intensification des visites n'est que la poursuite des plans américains et européens pour se disputer les richesses de la région et sa position stratégique. L'Amérique et l'Europe, comme nous l'avons dit précédemment, n'ont pas commencé leurs convoitises aujourd'hui, mais bien avant AFRICOM, pendant et après... Passons en revue certaines de ces actions et de ces plans que l'Amérique et l'Europe se renvoient sur la scène des pays musulmans en Afrique du Nord :

• Le Maroc :

a- L'Amérique a soutenu les mouvements de « libération » vis-à-vis de la France au Maroc afin de prendre sa place. C'est ainsi qu'elle a pu introduire son influence lors de l'indépendance du Maroc sous le règne de Mohammed V. Mais cela n'a pas duré, car l'influence britannique est devenue prédominante après la mort de Mohammed V avec l'avènement de Hassan II en 1961. La voie vers le Maroc s'est fermée devant l'Amérique, jusqu'à ce qu'elle trouve une opportunité avec le mouvement Polisario pour l'indépendance du Sahara après le retrait de l'Espagne le 26/02/1976, après 91 ans de colonisation. Avant cela, sous l'influence de l'Amérique, les Nations Unies avaient formé une mission d'enquête envoyée au Sahara Occidental. Cette mission a soumis son rapport à l'Assemblée générale le 09/06/75, recommandant l'indépendance du Sahara vis-à-vis de l'Espagne et affirmant que l'organisation du Polisario était le mouvement dominant dans le territoire et y avait une influence considérable. C'est ainsi que l'Amérique a mis en avant le Polisario et l'a soutenu comme représentant du peuple sahraoui, le but étant que le Sahara ne retourne pas au Maroc après le départ de l'Espagne afin de rester un foyer de tension réclamant l'indépendance, exploité par l'Amérique pour ses intérêts en Afrique du Nord.

Cependant, Hassan II a contré le plan américain avec le soutien de la Grande-Bretagne durant son règne de 1961 à 1999. Il était connu pour son habileté et sa ruse politique dès son plus jeune âge, réussissant à diriger le Maroc avec force et à instaurer une stabilité que les pays voisins n'ont pas réussi à atteindre jusqu'à présent. Il a acquis une certaine popularité après la Marche Verte pour libérer le Sahara marocain de la colonisation espagnole en 1975.

https://ar.wikipedia.org/wiki/1975

b- L'Espagne s'est retirée du Sahara le 26/02/1976 et le Conseil National Sahraoui a annoncé le lendemain la création de la République Arabe Sahraouie... L'Amérique a commencé son intervention effective immédiatement après par son influence sur la publication des résolutions des Nations Unies concernant le Sahara. Mais Hassan II, par sa ruse et avec les Anglais derrière lui, contournait chaque tentative de provocation américaine par une résolution ! Ainsi, Hassan a absorbé les pressions américaines sans que rien ne change dans la réalité du Sahara. À sa mort, son fils Mohammed VI lui a succédé le 23/07/1999. Il était comme son père, loyal à la Grande-Bretagne, mais n'était pas un homme politique rusé comme lui. L'Amérique a alors redoublé d'activité pour le séduire, et la Grande-Bretagne a craint qu'il ne tombe dans les méandres des plans américains...

c- La Grande-Bretagne a craint pour Mohammed VI face aux pressions et plans américains, le roi ayant moins de ruse et d'expérience que son père pour naviguer dans la vie politique. C'est pourquoi la Grande-Bretagne lui a conseillé (ou ordonné), comme à son habitude pour protéger ses petits agents, de ne pas maintenir la ligne dure envers l'Amérique comme le faisait son père. Il a donc montré une certaine compréhension envers ce que dit l'Amérique sur la liberté, la démocratie et les droits de l'homme, et a traité avec l'Amérique avec une souplesse accrue. L'Amérique est devenue le quatrième partenaire commercial du Maroc et le premier hors Union Européenne (1,5 milliard de dollars de volume d'échanges commerciaux)... Lorsque l'Amérique a proposé lors du sommet de l'OTAN à Istanbul en juin 2004 d'accorder au Maroc le statut d'Allié majeur non-membre de l'OTAN, premier pays arabe d'Afrique du Nord à entrer dans ce cercle, la Grande-Bretagne l'a fait accepter avec prudence, sachant que la proposition américaine visait à influencer la situation politique du Maroc... De même, sa position vis-à-vis des décisions américaines n'est plus aussi rigide que celle de son père, il accepte tout en tergiversant sur l'exécution. C'est ainsi qu'il a accepté la proposition de Baker concernant le compromis nommé « Troisième solution », qui se déroule par étapes commençant par l'autonomie du Sahara, puis après cinq ans, un référendum d'autodétermination. Cette proposition a été adoptée par le Conseil de Sécurité dans sa résolution n° 1359 du 29/06/2001. Il l'a acceptée, mais à la manière anglaise, c'est-à-dire après sept ans de discussions en 2007, en la nommant « initiative marocaine » ! Les plans américains envers le Maroc ne se sont arrêtés que quelques années en raison de leurs autres priorités, comme la crise économique de 2008 et les crises politiques et militaires extérieures... jusqu'au printemps 2013, lorsque l'Amérique a recommencé à agiter la crise avec force pour faire de la question du Sahara un prétexte d'intervention en Afrique du Nord et dans les pays africains adjacents... Elle a préparé un projet d'élargissement de la mission de l'ONU (MINURSO) au Sahara marocain pour inclure la surveillance des droits de l'homme, afin d'avoir un prétexte pour intervenir dans les moindres détails du Sahara ! Bien que le projet ait été reporté d'un an par la résolution n° 2099 du 25/04/2013... l'Amérique, le Secrétaire général et son envoyé Ross ont été actifs durant l'année de prolongation pour préparer à nouveau le terrain pour discuter du référendum et des droits de l'homme... Le diplomate américain Christopher Ross, en sa qualité d'envoyé personnel du Secrétaire général de l'ONU au Sahara Occidental, a visité la région en octobre 2013 puis le 28/01/2014, s'intéressant lors de ses visites au référendum et aux droits de l'homme...

d- Cependant, la position du Maroc était semblable à celle de la Jordanie, évitant la confrontation directe. Plus tard, le Maroc a commencé à surenchérir sur l'Amérique dans la guerre contre le terrorisme en y opposant ce qu'il appelle le « discours religieux modéré », le Maroc constituant une référence religieuse islamique, particulièrement pour le rite malikite et la Tijaniyya répandus dans les pays du Sahel et du Sahara (Mali, Sénégal, Niger). Des dizaines de prédicateurs et d'imams ont effectivement été déployés au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Mali et au Bénin, en plus de l'accueil de 500 étudiants pour des études religieuses dans les instituts et universités marocains ! L'Amérique a été contrainte de louer le rôle du Maroc : « La sous-secrétaire d'État américaine adjointe chargée des affaires africaines, Bisa Williams Dass, a déclaré à l'agence Maghreb Arabe Presse, en marge d'un séminaire international à Nouakchott les 19 et 20 de ce mois : "Nous apprécions hautement l'expérience marocaine dans toute l'Afrique et particulièrement dans la région du Sahel, car le Maroc n'a ménagé aucun effort pour faire bénéficier les autres pays de son expérience dans le domaine de la lutte contre l'extrémisme violent" » (Hespress, 21/08/2015).

Ainsi, l'Amérique n'a pas réussi à exploiter la question du Sahara, ni le sujet du référendum et des droits de l'homme, pour évincer l'influence anglaise au Maroc, et nous disons jusqu'à présent, car la lutte entre l'Amérique et l'Europe se poursuit en Afrique.

• Quant à l'Algérie :

C'est un État d'importance qui a résisté aux plans américains avec plus de force que son voisin. Depuis le coup d'État de Boumédiène contre Ben Bella, qui suivait la ligne américaine avec Nasser, l'influence britannique est restée solidement ancrée en Algérie, malgré quelques incursions françaises qui s'intensifiaient parfois, surtout sous certains présidents faibles. Boumédiène est resté au pouvoir du 19/06/1965 jusqu'à sa mort le 27/12/1978. Après la période Boumédiène, des présidents faibles ont pris le pouvoir, et le commandement est passé aux mains de l'armée, dont les dirigeants étaient de loyauté, de culture et de formation françaises. Ils ont agi lors de leur coup d'État en 1992 pour empêcher le Front Islamique de Salut (FIS) d'accéder au pouvoir après sa victoire aux élections... Ils ont commis de nombreux massacres contre le FIS en particulier et contre de nombreux musulmans en général, mais n'ont pas su gérer le pays. Le peuple les a détestés et méprisés... Durant les années de leur influence de 1992 à 1999, quatre présidents se sont succédé sans efficacité, l'armée étant la force dominante, mais les militaires pro-français n'ont pas pu traiter les conséquences de leur coup d'État ni calmer la situation après avoir commis d'horribles massacres contre le peuple musulman d'Algérie...

Dans cette atmosphère, la Grande-Bretagne a fait revenir Bouteflika de Suisse en Algérie et lui a créé un climat politique de « sauveur », exploitant l'échec des chefs de l'armée dans la gestion et la haine du peuple envers eux à cause de leurs massacres. Les militaires se sont mis d'accord avec Abdelaziz Bouteflika en 1999 pour qu'il soit président à condition qu'ils ne soient pas inquiétés pour leurs crimes et leur destruction du pays, et qu'il œuvre à panser les plaies par l'appel à la concorde et à la paix civile... C'est-à-dire qu'ils ont eu recours à lui pour les sauver ! Bouteflika est président depuis 1999 jusqu'à aujourd'hui, maintenant des liens étroits avec la Grande-Bretagne, couronnés par une visite en Grande-Bretagne en 2006, la première d'un président algérien. Bien que le clan français au sein de l'armée algérienne soit influent, il réalise que Bouteflika n'était pas en phase avec la politique française ; il a refusé le projet d'Union pour la Méditerranée porté par la France sous Sarkozy... Malgré cela, les pro-français dans l'armée n'ont pas pu arrêter sa présidence jusqu'à ce jour ! Bien que la Grande-Bretagne ne craigne pas la France pour son influence en Algérie autant qu'elle craint l'Amérique, elle a jugé bon de mettre fin à ces incursions françaises pour renforcer son influence. Mais elle a procédé par étapes, n'étant pas en conflit avec la France mais avec l'Amérique. Ces changements d'officiers pro-français se sont faits sans échauffement excessif, comme s'il s'agissait d'une simple compétition ! Par exemple, « le chef d'état-major Lamari a démissionné pour raisons de santé (ou a été limogé) le 03/08/2004, et 48 heures plus tard, le 05/08/2004, Bouteflika a limogé le général-major Brahim Cherif, commandant de la première région militaire... Début 2014, le général Hassan a été démis de ses fonctions de chef de la lutte antiterroriste au sein des renseignements, puis Bouteflika a procédé à d'autres limogeages... Mais ces renvois se faisaient sans choc frontal affectant la structure du régime. La preuve en est que lorsque le général Hassan a été arrêté le 27/08/2015 et traduit en justice, Ahmed Ouyahia, directeur de cabinet du président, a nié tout conflit au sommet de l'État, qualifiant ces rumeurs de "discussions de salons" » (Al Jazeera, 12/09/2015). Même lorsque Bouteflika a démis, le 13/09/2015, un haut officier aux penchants français, Mohamed Lamine Mediène, connu sous le nom de général Toufik, chef des services de renseignement généraux, cela s'est fait sans aucune tension ni effet sur la structure du système ! On peut dire que Bouteflika a réussi dans une certaine mesure ces limogeages avec le soutien britannique, bien que la France conserve encore une place dans l'armée, dont la culture et la formation sont majoritairement françaises... Mais comme nous l'avons dit, le « conflit » de Bouteflika avec l'armée a été souple, plus proche d'une compétition sportive, et n'affecte pas les questions fondamentales du régime. Cela diffère du véritable conflit avec l'Amérique et ses plans en Algérie pour s'emparer politiquement du pays et y remplacer la Grande-Bretagne, par exemple :

a- Après le retrait de l'Espagne du Sahara en 1976 après 91 ans de colonisation, l'Amérique a trouvé une opportunité avec le mouvement Polisario et l'a utilisé comme prétexte pour intervenir en Afrique du Nord, particulièrement en Algérie... Mais le pouvoir en Algérie (Grande-Bretagne) était vigilant, confinant le Polisario dans une bande frontalière et le surveillant étroitement car il savait que l'Amérique y avait des infiltrations... Jusqu'à aujourd'hui, malgré la domination américaine sur les missions de l'ONU concernant le Sahara, elle n'a pas pu s'emparer de l'influence en Algérie.

b- L'Amérique a tenté de trouver une base en Algérie pour les forces qu'elle a créées sous prétexte de lutte contre le terrorisme (AFRICOM), mais l'Algérie a refusé car elle et la Grande-Bretagne savent que cette base est destinée à l'ingérence dans les affaires algériennes. Le ministère des Affaires étrangères algérien a déclaré le 03/03/2007 : « L'Algérie n'est pas concernée par l'accueil du siège des forces spéciales américaines pour l'Afrique (AFRICOM) ».

c- Elle a tenté à nouveau d'agiter le sujet de la lutte contre le terrorisme en exploitant les événements au Mali du 22/03/2012, avec des visites mutuelles pour impliquer l'Algérie dans une coopération avec l'Amérique, mais l'Algérie a refusé le plan américain. La visite la plus marquante fut celle de Hillary Clinton, secrétaire d'État américaine, et sa rencontre avec Abdelaziz Bouteflika le 29/10/2012...

d- Après la visite d'Essebsi en Amérique le 21/05/2015 et la signature d'accords lui accordant le statut de membre hors OTAN, l'Algérie a lancé une campagne virulente contre ces accords. Le président tunisien a tenté d'apaiser l'atmosphère en envoyant son émissaire spécial Khemaies Jhinaoui avec un message à son homologue algérien le 24/06/2015.

Le mécontentement de l'Algérie n'était pas dû à la visite d'Essebsi car tout ce qui a été fait s'inscrit dans un plan politique anglais suivi par l'Algérie et la Tunisie. L'objectif était double : donner à la Tunisie un prétexte pour refuser certaines demandes américaines dangereuses pour l'influence européenne (Grande-Bretagne) sous prétexte d'éviter un conflit avec le voisinage, et d'autre part, envoyer un message fort à l'Amérique signifiant que l'Algérie n'accepte pas de remplaçant à la Grande-Bretagne et qu'elle n'acceptera pas l'influence américaine, surtout l'établissement de bases... Cela était clair car le mécontentement n'était pas une opposition sérieuse, puisque l'Algérie a envoyé son ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra en Tunisie le 13/07/2015 en visite officielle, mettant fin au mécontentement !

• Quant à la Tunisie :

Elle était sous colonisation française, puis est tombée sous influence britannique sous Habib Bourguiba (1956-1987). En 1987, Bourguiba avait 84 ans et ne pouvait plus accomplir ce qu'on attendait de lui. Zine El Abidine Ben Ali, issu de l'entourage de Bourguiba, a pris le pouvoir et a suivi ses traces en restant fidèle à la Grande-Bretagne. L'Amérique a tenté à plusieurs reprises d'introduire son influence mais a échoué face à la classe politique pro-britannique... Mais lorsque le Printemps arabe a éclaté en 2011 et que Ben Ali a été renversé, les États-Unis y ont vu une nouvelle opportunité. Cependant, la France et la Grande-Bretagne ont organisé le départ de Ben Ali, et comme l'Europe contrôle le milieu politique, elle a pu garantir le maintien du système fondamental du pays sans changement, même avec l'émergence du parti Ennahda ! Le milieu politique en Tunisie reste fortement sous contrôle britannique via les accords de l'Union européenne. L'Europe a réussi en quatre ans à ramener la classe dirigeante de l'ère Bourguiba et Ben Ali, non pas en changeant les visages, mais avec une impudence totale, ramenant les mêmes figures corrompues ! C'est ainsi que le grand doyen des agents anglais, Essebsi, est devenu président de la Tunisie !! Ce retour a provoqué les gens qui s'étaient révoltés, et les tyrans leur ont opposé la répression et l'état d'urgence... Mais le mur de la peur est brisé, et les tyrans ne peuvent plus museler les bouches. Le régime a alors eu recours au prétexte du terrorisme pour effrayer les gens avec des attentats ici et là, orchestrés par les sbires du régime, les agents de l'OTAN et les espions des ambassades rivales sur la terre de Tunisie. Le régime attribuait cela à des terroristes inconnus ! L'Amérique a profité de ce climat, ses ambassades devenant des nids pour acheter les politiciens tunisiens pro-européens et infiltrer l'armée. La Grande-Bretagne a craint la chute du régime face à l'Amérique et lui a suggéré de courber l'échine devant l'Amérique sans toucher aux intérêts britanniques fondamentaux ! Elle a confiance en la loyauté d'Essebsi, doyen des agents britanniques... Voici ce qui s'est passé :

a- Essebsi s'est rendu en Amérique et a rencontré Obama le 21/05/2015. Obama a déclaré : « Les États-Unis apporteront une aide prochainement pour permettre à la Tunisie de parachever les réformes économiques » (Russia Today, 21/05/2015). Comme l'Amérique considère l'OTAN comme un lien fort pour attacher ses agents, elle utilise ce statut comme un « appât » pour attirer de nouveaux agents de la Grande-Bretagne. C'est ainsi que le Département d'État a annoncé le 10/07/2015 l'achèvement des procédures pour accorder à la Tunisie le rang d'allié majeur hors OTAN, devenant le seizième allié après le Maroc, la Jordanie, Bahreïn et le Koweït parmi les agents de la Grande-Bretagne... C'est ainsi que les mécréants colonialistes se disputent dans nos pays pour attirer les dirigeants traîtres... L'un essaie de stabiliser ses agents et l'autre essaie de les chasser ! Sans la trahison qui niche dans les cœurs de ces dirigeants, ils ne répondraient pas et les mécréants ne trouveraient aucun pied à terre dans nos pays, qu'Allah les anéantisse, comme ils sont détournés du droit chemin.

b- Pour que la Grande-Bretagne laisse une issue à la Tunisie, elle s'est mise d'accord avec Bouteflika pour intensifier le mécontentement face à la visite d'Essebsi afin d'atteindre deux objectifs : donner un prétexte à la Tunisie pour refuser les demandes américaines dangereuses pour l'influence européenne, et envoyer un message à l'Amérique affirmant que l'Algérie ne veut pas de remplaçant à la Grande-Bretagne... C'était clair, puisque l'Algérie a envoyé son ministre des Affaires étrangères à Tunis le 13/07/2015 et la tempête s'est dissipée !

c- Les contacts américains se sont poursuivis avec les responsables tunisiens :

  • « Le ministre tunisien de l'Intérieur, Najem Gharsalli, a exprimé aujourd'hui vendredi sa gratitude pour le soutien américain lors de sa rencontre avec le secrétaire d'État adjoint américain... ajoutant que la coopération se poursuivra contre l'ennemi commun qu'est le terrorisme » (Misr al-Arabiya, 28/08/2015).
  • « Anne Patterson, secrétaire d'État adjointe chargée du Moyen-Orient, a évoqué la coopération en matière de renseignement sur le dossier du terrorisme » (Arabesque, 01/09/2015).
  • « Tom Malinowski a visité la Tunisie le 02/09/2015, affirmant que les États-Unis restent engagés à aider la Tunisie à renforcer ses capacités sécuritaires... » (Agence de presse saoudienne, 02/09/2015).
  • L'Amérique a nommé un nouvel ambassadeur extraordinaire en juillet dernier, Daniel Rubinstein, qui a occupé des postes politiques liés à Israël et aux affaires palestiniennes, et qui parle arabe et hébreu. Il sera également responsable des affaires de l'ambassade en Libye... (Wikipédia).
  • « Christine Lagarde a commencé une visite de travail en Tunisie pour évaluer les réformes économiques... » (Al-Ayam, 09/09/2015).

d- Mais ces ménagements envers l'Amérique et le statut d'allié n'ont pas poussé la Tunisie à exécuter les demandes fondamentales de l'Amérique, par loyauté de ses dirigeants « anciens nouveaux » envers la Grande-Bretagne. Les États-Unis ont pressé la Tunisie pour établir une base militaire sous couvert de terrorisme, mais les dirigeants tunisiens ont toujours refusé sur ordre britannique. Jusqu'à présent, l'Amérique n'a pas réussi à établir la base en Tunisie ! Nous disons jusqu'à présent, car l'Amérique continue sa politique de la carotte et du bâton, exploitant la fragilité et la corruption du régime... Si l'Amérique trouve une faille pour étendre son influence au détriment des Anglais, elle le fera !

• Quant à la Libye :

a- L'Amérique a tenté pendant des décennies de gagner de l'influence en Libye sans succès, car Kadhafi était fidèle à la Grande-Bretagne. Elle l'avait repéré alors qu'il était étudiant à Sandhurst, puis l'a parrainé et protégé. Jusqu'au soulèvement de 2011, les États-Unis n'avaient aucune influence en Libye... Voyant les développements du Printemps arabe, l'Amérique y a vu une opportunité pour s'ingérer et créer une influence concurrente de l'Europe. Elle a œuvré avec ses agents pour détourner la révolution de sa trajectoire par tous les moyens sales et s'est jointe à l'intervention militaire pour gagner de l'influence...

b- L'Amérique réalise que le milieu politique en Libye est une création britannique. Elle a donc tout fait pour empêcher la stabilité jusqu'à ce qu'elle puisse créer une classe politique capable de concurrencer la classe européenne. Elle a décidé de brouiller les cartes militairement, en chargeant un militaire de mener ce qui ressemble à un coup d'État contre l'ordre établi dominé par le Congrès National (pro-Europe). C'est ainsi que Haftar a agi, son parcours témoignant de sa loyauté envers l'Amérique ; il a passé environ vingt ans en Virginie sous la supervision de la CIA. Il n'est revenu qu'en 2011. Le 16/05/2014, il a lancé l'opération « Dignité » sous prétexte de lutter contre le terrorisme, entravant toute stabilité politique à moins qu'elle ne serve l'Amérique. L'autre partie cherchait à préserver la part britannique... Le pays s'est retrouvé avec deux gouvernements et deux parlements : Tobrouk (dominé par l'Amérique via Haftar) et Tripoli (pro-Europe, avec des musulmans manquant de conscience politique, faciles à manipuler par les Européens).

c- L'Amérique et l'Europe se renvoyaient les solutions selon leurs intérêts. L'Amérique, manquant de milieu politique fidèle, s'appuie sur l'action militaire, d'où Haftar et le soutien de l'Égypte. La demande d'Obama au Congrès pour une autorisation militaire pourrait inclure la Libye. Reuters a rapporté le 23/02/2015 qu'Obama considérait la situation en Libye comme une menace extraordinaire pour la politique étrangère américaine. L'Europe a anticipé cela en s'opposant à l'intervention militaire. Philip Hammond (Grande-Bretagne) a déclaré qu'une action militaire ne résoudrait pas le problème (19/02/2015). La Grande-Bretagne a mené l'opposition au Conseil de sécurité contre l'armement du gouvernement de Tobrouk.

d- Après avoir écarté l'intervention militaire, ils ont accepté de travailler sur une solution négociée, chacun à sa manière. L'Europe veut une solution rapide car le milieu politique est avec elle. L'Amérique, manquant d'appuis politiques, invente des méthodes de blocage (frappes aériennes, pressions économiques sur le pétrole) pour donner à Haftar le temps de se forger une base politique... Les négociations passent de Skhirat à Genève sans issue, car le dialogue n'est pas entre Libyens, mais entre l'ancien et le nouveau colonialisme.

Troisièmement : Le sujet de Haftar et sa campagne militaire à Benghazi le 19/09/2015 :

Ce que Haftar a entrepris est conforme à la politique américaine : pression et obstruction jusqu'à obtenir des gains sur le terrain. Ce n'est pas une coïncidence s'il a choisi le 19/09/2015, juste avant la date butoir du 20/09 fixée par Bernardino León. Haftar continuera ainsi jusqu'à ce que l'Amérique lui ordonne d'arrêter. La Grande-Bretagne et l'Europe le savent, c'est pourquoi elles ont fait choisir León comme envoyé de l'ONU, l'une des rares fois où l'envoyé n'est pas pro-américain ! León est plus un envoyé de l'Europe que de l'ONU. Il s'efforce d'empêcher Haftar de bloquer le processus, tentant même de recruter les tribus pour faire contrepoids.

Bien que León tente de paraître neutre, il est parfois démasqué et accusé de partialité par le parlement de Tobrouk. Il a fermement critiqué la campagne de Haftar, affirmant qu'elle visait clairement à saper les efforts de paix. La Grande-Bretagne sait que la solution passe par l'Amérique, et les négociateurs de Tripoli semblent vouloir s'entendre avec les responsables américains, ayant signé des protocoles d'accord avec des responsables de la logistique américaine (Al-Hayat, 22/09/2015).

En résumé, les deux parties sont comme deux chevaux de course, aucun n'arrivant à l'emporter, nécessitant des manœuvres malveillantes au détriment du peuple libyen. Ils ont besoin d'une pause jusqu'au 20/10/2015 ou plus. León veut une solution sur papier que l'un ou l'autre pourra renier demain... à moins que l'un ne l'emporte sur l'autre, ou que les gens de la région ne prennent leur destin en main en appliquant la charia d'Allah et en foulant aux pieds le colonialisme ancien et nouveau. Rappelons que lorsque la Tunisie, Tripoli et l'Algérie appartenaient au Califat, ils imposaient des taxes et des conditions à l'Amérique pour que ses navires traversent leurs eaux. Voyez où ils étaient sous le Califat... et où ils sont arrivés en son absence.

إِنَّ فِي ذَلِكَ لَعِبْرَةً لِأُولِي الْأَبْصَارِ

"Il y a certes là une leçon pour ceux qui sont doués de clairvoyance." (Sourate Âl 'Imrân [3] : 13)

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