Question :
(Le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev a déclaré dans un discours télévisé officiel le dimanche soir 04/10/2020 que l'Arménie devait établir un calendrier pour son retrait de la région du Nagorno-Karabakh avant l'arrêt des combats qui y ont éclaté il y a environ une semaine... Aliyev a considéré que le contrôle de la ville de Jabrayil dimanche dernier était une leçon pour l'Arménie et ses soutiens, dont elle devrait tirer les enseignements, selon ses termes. Al-Jazeera, 05/10/2020). De violents affrontements ont éclaté entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie le matin du 27/09/2020 avec une férocité sans précédent depuis le cessez-le-feu entre les deux parties en 1994, bien qu'ils se renouvellent de temps à autre par des escarmouches limitées ou parfois plus larges comme en 2016. Cependant, la Turquie n'avait soutenu militairement l'Azerbaïdjan dans aucun de ces affrontements précédents. Mais cette fois-ci, alors que la Turquie a annoncé son soutien à l'Azerbaïdjan, il semble qu'elle ait des objectifs spécifiques ! Quels sont ces objectifs ? Pourquoi la Turquie est-elle intervenue avec une telle intensité ? Quelle est la position des pays du groupe de Minsk, particulièrement ses trois coprésidents (les États-Unis, la Russie et la France) ? Avec tous nos remerciements et notre considération.
Réponse :
Pour comprendre la réalité de ce qui se passe, nous passons en revue les points suivants :
1- L'Azerbaïdjan a annoncé que l'Arménie avait lancé une attaque massive contre son territoire le matin du 27/09/2020. Le ministère azerbaïdjanais de la Défense a déclaré dans un communiqué que (« les tirs arméniens ont causé des pertes en vies humaines parmi les civils, en plus de causer d'importantes destructions dans les infrastructures civiles de plusieurs villages soumis à d'intenses bombardements arméniens ». Il a précisé que « ses forces ont lancé une contre-attaque et ont réussi à détruire un grand nombre d'installations et de véhicules militaires arméniens en profondeur sur la ligne de front, dont 12 systèmes de missiles anti-aériens de type (Osa) russes... Al-Jazeera 27/09/2020). Le parlement azerbaïdjanais a approuvé la déclaration de l'état de guerre dans certaines villes et régions et a imposé la loi martiale dans les zones de conflit. De l'autre côté, l'Arménie a déclaré l'état de guerre, allant jusqu'à publier sur son compte officiel l'image d'un moine portant un fusil automatique avec une croix pendue à son cou, signalant qu'ils mènent une guerre croisée contre les musulmans... Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan a annoncé la position de son pays dans un discours : (« L'Azerbaïdjan a déclaré la guerre à son peuple » et il « n'exclut pas que l'escalade dans la région dépasse les frontières régionales et menace la sécurité internationale. Le comportement de la Turquie est lourd de conséquences destructrices pour le Caucase du Sud, et il a exhorté la communauté internationale à garantir que la Turquie n'intervienne pas dans le conflit en cours entre Bakou et Erevan sur la région du Karabakh depuis 1991 »... Source citée).
2- L'Azerbaïdjan a montré que les combats cette fois-ci sont sérieux et que la guerre est décisive. Le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev a déclaré le 30/09/2020 : (« Les négociations concernant le Karabakh n'ont pas été fructueuses et il n'y a nul besoin de nouveaux appels au dialogue, exprimant la détermination de l'Azerbaïdjan à restaurer son intégrité territoriale, et affirmant que l'armée azerbaïdjanaise a réussi à obtenir des succès sur le terrain lors de ses récentes opérations dans la région disputée et que personne ne peut forcer les forces azerbaïdjanaises à se retirer des positions qu'elles contrôlent. Le retrait des forces arméniennes est la seule condition posée par l'Azerbaïdjan, et si Erevan l'applique, les combats cesseront ». Il a ajouté : « Nous avons une seule condition : un retrait complet, inconditionnel et sans délai des forces armées arméniennes de notre terre. Si le gouvernement arménien accepte... alors les combats s'arrêteront et l'effusion de sang cessera... Al-Jazeera, Russia Today, 30/09/2020). Il apparaît ainsi qu'il est confiant dans le soutien turc, pensant que ce soutien est sincère et qu'il libérera ses terres...
3- Les affrontements s'étaient renouvelés cette année le 12/07/2020, durant trois jours, avant de s'arrêter avec des pertes humaines des deux côtés. Par la suite, pour la première fois, la Turquie a envoyé des forces terrestres et aériennes en Azerbaïdjan pour participer à des manœuvres militaires de grande envergure entre les deux pays, qui ont débuté le 29/07/2020 et ont duré environ deux semaines. La Turquie a commencé à afficher son adoption de la cause de l'Azerbaïdjan et de ses territoires occupés par les Arméniens. Rien de tel ne s'était produit auparavant, bien que des affrontements sporadiques aient eu lieu entre les deux parties de temps à autre depuis l'annonce du cessez-le-feu en 1994. Les derniers affrontements considérés comme intenses depuis cette date avaient eu lieu du début d'avril jusqu'au 26 avril 2016, mais la Turquie n'était pas intervenue aux côtés de l'Azerbaïdjan, son président Erdogan se contentant de présenter ses condoléances aux familles des victimes et d'exprimer sa volonté de soutenir l'Azerbaïdjan sans rien offrir concrètement ! Les circonstances exigeaient alors une entente de la Turquie avec la Russie et non une confrontation, comme l'avaient planifié les États-Unis afin que les deux pays s'unissent pour stabiliser le régime syrien pro-américain, frapper le peuple syrien révolté contre ce régime et empêcher le retour de l'Islam au pouvoir. D'autant plus que la rébellion arménienne contre l'Azerbaïdjan a commencé en février 1988 avec le soutien de la Russie, et qu'ils ont annoncé leur contrôle sur la région montagneuse du Karabakh en 1991, y proclamant une république indépendante. La guerre s'est poursuivie jusqu'en 1994, l'Azerbaïdjan perdant plus de 20 % à 24 % de ses territoires comprenant la région du Karabakh (formée de 5 provinces), en plus de 5 autres provinces à l'ouest du pays et de larges parties des provinces d'Aghdam et de Fuzuli, entraînant le déplacement d'environ un million d'habitants musulmans de ces régions. L'armée russe est intervenue directement, et la Russie continue de soutenir l'Arménie, un pays petit par sa superficie, sa population, ses forces et ses ressources comparé à l'Azerbaïdjan.
4- La Turquie instrumentalise la cause de l'Azerbaïdjan en fonction de sa gravitation dans l'orbite des États-Unis et de l'exécution de leurs ordres. La Turquie avait signé un accord de paix global avec l'Arménie à Zurich, en Suisse, le 10/10/2009, prévoyant la reconnaissance des frontières actuelles entre les deux pays, l'ouverture de ces frontières, l'établissement de relations diplomatiques, l'échange d'ambassadeurs, l'ouverture de consulats, le développement des relations dans tous les domaines, la coopération régionale et internationale, la résolution des conflits régionaux et internationaux par des moyens pacifiques selon les règles et lois internationales, la lutte contre le terrorisme, le développement de la démocratie dans la région, ainsi que l'instauration d'un dialogue pour l'examen scientifique des documents et sources historiques (une allusion à la résolution de la question de l'allégation du génocide arménien)... Il est à noter qu'Erdogan refusait auparavant toute entente avec l'Arménie avant qu'elle ne retire ses forces des territoires azerbaïdjanais occupés au Karabakh et ses environs. La conclusion de cet accord est intervenue à la demande directe de l'ancien président américain Obama, qui avait appelé, lors de sa visite en Turquie le 06/04/2009, à résoudre le différend entre la Turquie et l'Arménie et à instaurer la paix entre elles après la rupture des relations et la fermeture des frontières en 1993. Erdogan a obtempéré et a signé un accord de paix global avec l'Arménie sans mentionner l'Azerbaïdjan, l'occupation arménienne des terres azerbaïdjanaises, ni la question des déplacés musulmans azerbaïdjanais au nombre d'environ un million... Le département d'État américain a déclaré que cette signature était un événement historique et qu'il y avait participé !
5- L'Azerbaïdjan avait alors critiqué la signature de l'accord avant que le retrait arménien des territoires occupés ne soit réalisé, et avait exigé que la Turquie respecte ses promesses antérieures de ne pas ouvrir les frontières ni établir de relations avec l'Arménie avant son retrait des terres occupées. Le site Ilaf a publié le 10/10/2009 : [Zurich : Les ministres des Affaires étrangères de la Turquie et de l'Arménie ont signé samedi soir à Zurich (Suisse) des accords bilatéraux visant à normaliser les relations entre les deux parties. Les ministres Edward Nalbandian et Ahmet Davutoglu se sont longuement serré la main après la signature... Phil Gordon, secrétaire d'État adjoint américain aux Affaires européennes et eurasiennes, a déclaré : « Ce soir (samedi), nous avons participé à un événement historique »... Gordon accompagnait la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton qui est arrivée samedi soir à Londres dans le cadre d'une tournée de cinq jours dans six villes européennes. Avant son arrivée à Londres, Clinton a participé à Zurich à la cérémonie de signature des accords turco-arméniens... De son côté, un haut responsable américain a déclaré qu'Obama était « enthousiaste » pour l'accord et qu'il le considérait comme « un grand pas en avant »... Pour sa part, l'Azerbaïdjan a dénoncé dimanche l'accord de normalisation entre l'Arménie et la Turquie et a averti simultanément que l'ouverture de la frontière arméno-turque pourrait déstabiliser le Caucase du Sud... Le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères a déclaré dans un communiqué que « la normalisation des relations entre la Turquie et l'Arménie avant le retrait des forces arméniennes de la région azerbaïdjanaise occupée contredit directement les intérêts de l'Azerbaïdjan et jette une ombre sur les relations fraternelles entre l'Azerbaïdjan et la Turquie basées sur des racines historiques »... Ilaf, samedi 10 octobre 2009] Fin de citation.
6- Cependant, la Turquie d'Erdogan a tenté de tromper l'Azerbaïdjan par de belles paroles sans actes, car elle n'a inséré aucune condition dans l'accord concernant le retrait arménien du Karabakh, l'acceptant tel quel ! Mais neuf ans plus tard, en mars 2018, sous la pression de la Russie, l'Arménie a officiellement annulé l'accord en raison de sa soumission à l'influence russe. Ainsi, l'opportunité pour l'Amérique de soustraire l'Arménie à l'influence russe via cet accord avec la Turquie a été perdue. Au contraire, la Russie a renforcé son influence en Arménie en consolidant son arsenal de missiles dans sa base de Gyumri, puis a signé un accord de défense aérienne commune en décembre 2015 avec l'Arménie, y déployant une escadrille de MiG-29, des milliers de soldats, des blindés et des systèmes de défense aérienne et de missiles à longue portée S-300 ainsi que des défenses à moyenne portée SA-6. La Russie l'a également intégrée à son marché de l'« Union économique eurasiatique », entrée en vigueur le 01/01/2015 aux côtés de la Biélorussie, du Kazakhstan et du Kirghizistan. Ces pays, y compris l'Arménie, sont devenus des marchés pour les produits russes sous le couvert de la libre circulation des biens et services, le PIB de ce marché dépassant les 5 000 milliards de dollars, principalement au profit de la Russie.
7- Après tout cela, l'Amérique a de nouveau cherché d'autres moyens de renforcer son influence en Azerbaïdjan et d'affaiblir l'influence russe, pour ensuite pénétrer en Arménie. Elle a instruit la Turquie de renforcer ses relations militaires, en plus des relations économiques et politiques, avec l'Azerbaïdjan afin de consolider l'influence américaine et de faire pression sur l'Arménie pour qu'elle s'ouvre à l'influence américaine. C'est ainsi que les récents affrontements de juillet dernier ont eu lieu, comme une action délibérée servant de prétexte à la Turquie pour intervenir militairement et envoyer des troupes pour l'entraînement et des manœuvres conjointes, suivies par les récents affrontements violents et la déclaration de l'état de guerre par les deux parties. Le président turc Erdogan a écrit immédiatement après ces affrontements, le 27/09/2020, sur son compte Twitter : (« La communauté internationale fait preuve de duplicité et n'a pas pu montrer une réaction suffisante et requise face aux attaques provocatrices arméniennes. Le trio du groupe de Minsk est malheureusement très loin d'agir vers une solution, continuant sa position qui néglige la question depuis près de 30 ans », ajoutant : « Le rétablissement de la paix dans la région passe par le retrait des forces arméniennes des territoires azerbaïdjanais occupés en 1992. La Turquie continuera de se tenir aux côtés de l'Azerbaïdjan ami et frère... Agence de presse turque, 28/09/2020). Mais il pensait que les gens oublient ! Il a feint d'oublier qu'il avait lui-même négligé tout cela lorsqu'il a signé cet accord de paix avec l'Arménie en 2009 pour servir l'Amérique, sans exiger le retrait des forces arméniennes des terres azerbaïdjanaises, sans même que cela ne soit mentionné d'un seul mot !
8- Lorsque l'Arménie a annulé cet accord neuf ans après sa signature, et que l'Amérique n'a donc pas pu pénétrer en Arménie, Erdogan a recommencé à réclamer le retrait des forces arméniennes de ces territoires occupés. Il a critiqué son « cher ami » Poutine, comme il le décrit, ainsi que Macron, disant : (« J'en ai parlé avec le président russe Vladimir Poutine et le président français Emmanuel Macron, mais sans résultat »... Agence de presse turque 01/10/2020). Cependant, il n'a pas critiqué son « ami et allié » Trump, et comment le critiquerait-il alors qu'il est le moteur derrière les coulisses, voire devant elles ?! Même si l'Amérique manipule les méthodes diplomatiques, son jeu est exposé à tout observateur lucide... En témoigne la déclaration de Trump lors d'une conférence de presse le soir du 27/09/2020 : (« L'Amérique cherchera à arrêter les violences qui ont éclaté entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan ». Mais il a ajouté : « Nous avons de nombreuses relations sérieuses dans ce domaine, nous verrons si nous pouvons l'arrêter »... Al-Jazeera 27/09/2020), c'est-à-dire qu'il les arrêtera lorsqu'il jugera nécessaire de le faire. Il n'a pas dit qu'il exercerait des pressions et mettrait tout le poids de l'Amérique pour forcer les deux parties à une solution, mais il a modéré ses propos en disant « si nous pouvons l'arrêter », alors qu'il s'agit de la puissance qui, lorsqu'elle veut imposer quelque chose, déploie tout son poids ! Le communiqué du département d'État américain indiquait qu'il (« condamne avec la plus grande fermeté cette escalade et que le secrétaire d'État adjoint Stephen Biegun a exhorté les ministres des Affaires étrangères de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie à cesser les hostilités et à coopérer avec les coprésidents du groupe de Minsk pour revenir aux négociations de fond dès que possible, réaffirmant l'engagement de Washington à aider les deux parties à parvenir à un règlement pacifique et durable du conflit »... Al-Jazeera et Al-Alam iranienne, 27/09/2020). Il a ainsi mis sur le même plan l'Azerbaïdjan et l'Arménie dans l'exigence de cessation des hostilités, car la position américaine vise les deux pays pour y renforcer son influence et affaiblir ou éliminer l'influence russe. Tout cela indique que l'Amérique approuve tacitement les mouvements de la Turquie et que celle-ci s'est dirigée vers l'Azerbaïdjan sur instruction américaine. Sinon, quel besoin y aurait-il eu pour le porte-parole de la présidence turque, Ibrahim Kalin, de contacter le 29/09/2020 le conseiller à la sécurité nationale américain, Robert O'Brien, comme rapporté par l'agence Anatolie, au sujet du conflit entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, si ce n'est que l'Amérique est celle qui dirige les événements ?
9- De plus, l'insistance d'Erdogan et de ses responsables sur la négociation pour appliquer les résolutions injustes du Conseil de sécurité et les décisions du groupe de Minsk (émanant de l'OSCE en 1992 et dirigé par l'Amérique, la Russie et la France)... alors que ces résolutions sont en faveur des Arméniens et visent à sécuriser un cessez-le-feu à leur avantage. Tout cela confirme qu'il s'agit d'une action délibérée pour chauffer l'atmosphère afin que les actions politiques et diplomatiques puissent exercer les pressions voulues par l'Amérique. Les guerres sont souvent un moyen d'activer les manœuvres politiques et diplomatiques liées aux directives américaines. Tous les acteurs ont commencé à appeler à la négociation, à une solution politique et à l'application des résolutions du Conseil de sécurité. Les déclarations des responsables turcs se sont succédé pour soutenir l'Azerbaïdjan sur la base d'une résolution de la question conforme aux décisions du Conseil de sécurité. Le ministre des Affaires étrangères Cavusoglu a déclaré lors de sa visite à l'ambassade d'Azerbaïdjan à Ankara : (« Les résolutions de l'ONU, du Conseil de l'Europe et de l'OSCE concernant l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan sont claires, et si l'Arménie ne se retire pas, la question ne sera pas résolue »... Al-Jazeera 29/09/2020). Il est à noter que ces résolutions n'ont jamais mentionné les hauteurs du Karabakh, mais seulement les autres territoires, ce qui indique une complicité contre la cause de l'Azerbaïdjan.
10- La Russie soutient l'Arménie, petit pays par sa taille, sa population et ses capacités par rapport à l'Azerbaïdjan. C'est elle qui finance et équipe l'Arménie en armes et munitions pour sa survie. L'Arménie est membre de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) dirigée par la Russie, qui y maintient une présence militaire massive. Il est difficile pour la Russie de l'abandonner, car cela laisserait son flanc exposé et ouvrirait la voie au Caucase du Nord, qui fait partie de la Fédération de Russie. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, lors d'un entretien téléphonique avec son homologue arménien Zohrab Mnatsakanyan, a exprimé son « inquiétude face aux hostilités au Karabakh, soulignant la nécessité d'un cessez-le-feu » (Sputnik, 27/09/2020), ce qui souligne le soutien russe à l'Arménie contre l'Azerbaïdjan. Lorsque la Turquie condamne l'Arménie, elle devrait condamner la Russie, son principal soutien qui y impose son influence et protège l'Arménie, car celle-ci n'oserait aucune agression sans l'aval russe. Celui qui soutient l'ennemi est aussi un ennemi. Pourtant, la Turquie d'Erdogan entretient les meilleures relations avec l'ennemi russe et s'allie avec lui en Syrie contre son peuple musulman révolté contre le régime criminel de Bachar al-Assad. Elle est parallèlement un instrument américain pour manipuler la Russie et l'utiliser au profit des intérêts américains. Mais la Russie ne cédera pas facilement dans sa zone d'influence vitale, comme cela a été le cas en Ukraine et en Géorgie. C'est pourquoi le conflit ne sera pas tranché par cette bataille, et les actions politiques et diplomatiques prendront le relais, étant plus efficaces pour tromper la Russie.
11- Quant à la présence de la France, elle est différente. Elle n'y a aucune influence réelle, mais tente de s'imposer comme une grande puissance en cherchant à préserver son siège au sein du groupe de Minsk formé en 1992. Elle s'oppose à la Turquie qui entrave l'influence européenne, dont la française, parce que la Turquie gravite dans l'orbite américaine. Macron a déclaré lors d'une conférence de presse en Lettonie le 30/09/2020 : (« J'ai pris note des annonces turques "pro-azerbaïdjanaises" que je juge inconsidérées et dangereuses. La France reste très préoccupée par les messages belliqueux de la Turquie ces dernières heures, qui lèvent tout frein à une reconquête du Haut-Karabakh par l'Azerbaïdjan, et nous ne l'accepterons pas » (Reuters, 30/09/2020). Le ministre turc des Affaires étrangères Cavusoglu lui a répondu le 30/09/2020 : « La solidarité de la France avec l'Arménie revient à soutenir l'occupation arménienne en Azerbaïdjan » (Anadolu, 30/09/2020). La France tente de se présenter comme un médiateur « intègre » dans une position contradictoire, étant un État qui ne maîtrise pas les manœuvres politiques ; sa position est toujours exposée et ses contradictions apparaissent dès qu'elle tente de les masquer. Dans un communiqué après les affrontements, la porte-parole du Quai d'Orsay a déclaré : « La France est vivement préoccupée par les affrontements d'envergure au Karabakh et les informations faisant état de victimes, notamment civiles, et appelle à une cessation immédiate des hostilités et à la reprise du dialogue ». Elle a ajouté : « La France, en sa qualité de coprésidente de Minsk, réaffirme avec ses partenaires russe et américain son engagement pour parvenir à une solution négociée du conflit dans le cadre du droit international » (Sputnik, 27/09/2020). Parallèlement, elle manifeste une haine viscérale envers l'Islam et les musulmans, que ce soit à l'intérieur de ses frontières, où elle prétend garantir les libertés tout en les restreignant pour les musulmans dans une contradiction flagrante, ou à l'extérieur. Elle adopte les causes des Arméniens et d'autres chrétiens pour les exploiter afin de créer une influence, car ils sont faciles à tromper. Elle les a trompés pendant la Première Guerre mondiale, les incitant contre l'État ottoman qui les avait pourtant bien traités pendant des siècles. La France leur avait promis une patrie en Anatolie ; ils ont alors trahi l'État ottoman et tué de nombreux musulmans sous l'instigation française. Leur intérêt, s'ils étaient doués de raison, aurait été de rester des Dhimmis (sujets non-musulmans protégés) en sécurité sous l'ombre de l'État islamique qui leur rend justice et ne les exploite pas comme le font la France et les autres puissances coloniales.
12- Concernant les résolutions du Conseil de sécurité que les pays, dont la Turquie, appellent à appliquer, elles n'ont pas abordé la région du Karabakh dont les Arméniens ont pris le contrôle et où ils ont proclamé une république. La première résolution, n° 822 du 30 avril 1993, exigeait l'arrêt immédiat des affrontements et un cessez-le-feu permanent. Elle demandait aux forces d'occupation arméniennes de se retirer de la région de Zangilan, de la ville de Horadiz, de Kelbadjar et d'autres régions azerbaïdjanaises, mais sans mentionner la région occupée du Karabakh. D'autres résolutions la même année ont confirmé cela : la n° 853 du 29 juillet 1993 condamnait la prise du district d'Aghdam et d'autres zones, exigeant le retrait complet des Arméniens de ces zones et demandant au gouvernement arménien de presser la région du Karabakh pour qu'elle se conforme à la résolution 822. Le 14 octobre de la même année, la résolution 874 réitérait son soutien au processus de paix et appelait à accepter le calendrier révisé des mesures urgentes. L'Azerbaïdjan l'a rejetée car elle liait le retrait des forces arméniennes du Karabakh et des terres occupées à la levée de l'embargo imposé à l'Arménie. Le gouvernement azerbaïdjanais s'est plaint d'être traité comme la partie vaincue. Le calendrier comprenait des propositions de retrait des territoires récemment occupés et la levée des obstacles aux communications et transports, les autres questions devant être réglées par des négociations pacifiques. Le 12 novembre 1993, la résolution 884 condamnait les violations du cessez-le-feu, notamment à Zangilan et Horadiz, appelant au retrait des forces d'occupation de ces zones... Aucune résolution du Conseil de sécurité n'a explicitement ordonné le retrait du Karabakh. Ces résolutions ont été formulées de manière étudiée pour se concentrer sur les terres azerbaïdjanaises hors du Karabakh, considérant implicitement que cette région n'est pas azerbaïdjanaise. Cela signifie qu'en cas de négociations et d'accord, la région du Karabakh resterait sous une forme ou une autre sous contrôle arménien en échange d'un retrait des autres terres azerbaïdjanaises. La Turquie réclame l'application de ces résolutions qui n'exigent pas le retrait arménien du Karabakh, tout comme elle a réclamé l'application des résolutions sur la Syrie qui ne touchent pas au régime mais confirment sa survie et son identité laïque, ou comme elle appelle à la solution à deux États en Palestine qui entérine l'usurpation par les Juifs de près de 80 % de la Palestine... Ainsi, la question du Karabakh piétine, le cessez-le-feu faisant office de victoire pour les Arméniens. Le groupe de Minsk n'a pas annoncé de solution ni de contenu de négociation en dehors de ces résolutions, mais on comprend du contexte qu'ils veulent arracher à l'Azerbaïdjan une reconnaissance de l'occupation arménienne des cinq provinces du Karabakh — vidées de leurs habitants musulmans et remplacées par des chrétiens arméniens — contre un retrait arménien des cinq autres provinces et des zones occupées d'Aghdam et Fuzuli. C'est ainsi que la question serait liquidée, tout comme en Palestine où les Juifs, soutenus par l'Amérique, ont arraché à l'OLP et aux régimes arabes la reconnaissance de leur usurpation de 80 % de la Palestine, les négociations ne portant plus que sur les 20 % restants.
13- Cet intérêt turc n'est pas de bon augure. Chaque fois que la Turquie d'Erdogan intervient dans une affaire, c'est au détriment des habitants et au profit de l'Amérique, comme en Syrie où elle a pressé les factions armées pour qu'elles acceptent les accords de désescalade et de cessez-le-feu (non respectés par le régime et ses alliés russes et iraniens) jusqu'à ce que ces factions soient expulsées et les zones remises au régime. De même en Libye, elle a soutenu le gouvernement de Sarraj jusqu'à ce que ses forces avancent vers Syrte et Al-Jufra, moment où la Turquie a stoppé son soutien pour réclamer un cessez-le-feu permanent et des négociations avec le camp de Haftar, qu'elle juge pourtant illégitime ! Il n'est donc pas exclu que le soutien turc vise à exercer des pressions sur l'Azerbaïdjan pour assouplir sa position, comme l'indiquent les déclarations des responsables turcs. L'impasse des négociations menées par le groupe de Minsk, et particulièrement l'Amérique, ne pourrait être brisée qu'en poussant l'Azerbaïdjan à des concessions sur le Karabakh, alors qu'il réitère sa promesse de le récupérer par la force. L'Amérique, la Russie et la France considèrent le Karabakh comme une région arménienne, comme en témoignent leur rhétorique, leurs médias et les résolutions de l'ONU. Une république y a été formée, quasi indépendante de l'Arménie, pour compliquer les négociations et permettre à l'Arménie de se décharger de toute responsabilité directe. La position de la Turquie d'Erdogan n'est pas fiable ; n'ayant fourni aucun soutien depuis le début de la guerre il y a trente ans, laissant l'Azerbaïdjan seul, on peut craindre que ce soutien récent ne soit qu'un moyen d'imposer une hégémonie sur la décision azerbaïdjanaise en vue de concessions futures.
14- L'Azerbaïdjan est une terre d'Islam et la majorité de ses habitants sont musulmans, bien que son régime soit laïc, prolongement du système communiste précédent qui excluait la religion de l'État et de la société. Ce pays, tout comme l'Arménie, a été ouvert à l'Islam sous le règne du troisième Calife Bien Dirigé, Othman ibn Affan (qu'Allah soit satisfait de lui). On ne peut compter ni sur la Turquie ni sur l'Iran pour sauver les terres d'Islam et les libérer de l'emprise de l'Amérique ou de la Russie, car ils coopèrent avec elles. Le salut des musulmans ne réside que dans l'établissement du second Califat Bien Dirigé sur la voie de la Prophétie, annoncé par le Messager d'Allah ﷺ :
تَكُونُ النُّبُوَّةُ فِيكُمْ مَا شَاءَ اللَّهُ أَنْ تَكُونَ ثُمَّ يَرْفَعُهَا إِذَا شَاءَ أَنْ يَرْفَعَهَا ثُمَّ تَكُونُ خِلَافَةٌ عَلَى مِنْهَاجِ النُّبُوَّةِ فَتَكُونُ مَا شَاءَ اللَّهُ أَنْ تَكُونَ ثُمَّ يَرْفَعُهَا إِذَا شَاءَ أَنْ يَرْفَعَهَا ثُمَّ تَكُونُ مُلْكاً عَاضّاً فَيَكُونُ مَا شَاءَ اللَّهُ أَنْ يَكُونَ ثُمَّ يَرْفَعُهَا إِذَا شَاءَ أَنْ يَرْفَعَهَا ثُمَّ تَكُونُ مُلْكاً جَبْرِيَّةً فَتَكُونُ مَا شَاءَ اللَّهُ أَنْ تَكُونَ ثُمَّ يَرْفَعُهَا إِذَا شَاءَ أَنْ يَرْفَعَهَا ثُمَّ تَكُونُ خِلَافَةٌ عَلَى مِنْهَاجِ النُّبُوَّةِ
« Il y aura parmi vous la Prophétie, pour aussi longtemps qu’Allah le voudra. Puis Allah l'enlèvera quand Il voudra. Puis il y aura un Califat sur la voie de la Prophétie pour aussi longtemps qu’Allah le voudra. Puis Allah l'enlèvera quand Il voudra. Puis il y aura une royauté féroce pour aussi longtemps qu’Allah le voudra. Puis Allah l'enlèvera quand Il voudra. Puis il y aura une royauté tyrannique pour aussi longtemps qu’Allah le voudra. Puis Allah l'enlèvera quand Il voudra. Puis il y aura un Califat sur la voie de la Prophétie. » (Rapporté par Ahmad).
Le 18 de Safar 1442 H 05/10/2020