Question :
Le 22/03/2012, un coup d'État militaire a été annoncé au Mali, mené par des officiers de rang inférieur contre le président Amadou Toumani Touré. Le porte-parole de ce que les putschistes ont appelé le « Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'État », le lieutenant Amadou Konaré, a diffusé une déclaration à la télévision malienne affirmant que : « Le comité... a décidé de prendre ses responsabilités et de mettre fin au régime incompétent d'Amadou Toumani Touré », sachant que le second mandat du président Toumani Touré se termine le mois prochain et que, selon la constitution, il n'a pas le droit de se présenter pour la troisième fois...
Qu'est-ce qui a poussé ces officiers à se précipiter pour l'évincer par un coup d'État au lieu d'attendre son départ constitutionnel le mois prochain ? S'agit-il d'un événement local ou y a-t-il une partie internationale derrière ? Et si c'est le cas, quelle est cette partie ? Que Dieu vous récompense par le bien.
Réponse :
Oui, l'actuel président Amadou Toumani Touré a été élu en 2002 et réélu en 2007. Son second mandat devait s'achever le mois prochain, des élections étant prévues pour le 29 du mois prochain. Selon la constitution malienne établie en 1992, le président ne peut pas briguer un troisième mandat. De plus, le président évincé n'avait pas annoncé son intention de se représenter une troisième fois au point d'être accusé de violer la constitution. Cela signifie que le coup d'État n'a aucune justification sous l'angle de « l'éviction d'un président incompétent », car son mandat allait expirer dans un mois. Il n'y avait donc aucune nécessité de provoquer tout ce chaos !
Cependant, en examinant cette affaire sous tous ses angles, il apparaît que ces officiers sont poussés par une partie internationale à mener ce coup d'État afin d'empêcher la tenue des élections pour choisir le nouveau président à la date prévue le mois prochain, et ainsi créer une nouvelle situation politique... Quant au comment et à l'identité de cette partie internationale, cela ressort de l'examen des points suivants :
1- Le chef du coup d'État, le capitaine Amadou Haya Sanogo, a déclaré dans une interview accordée à l'agence de presse espagnole EFE le 23/03/2012, décrivant l'opération menée par lui et ses collègues comme une « étape nécessaire » et qu'il a l'intention de remettre le pouvoir à un nouveau gouvernement formé après des consultations entre toutes les forces présentes dans le pays après la destitution du président Amadou Toumani Touré. Il a prétendu ne pas vouloir rester au pouvoir et que lui et ses compagnons s'étaient levés pour apporter un changement au Mali après dix ans de corruption du régime... et qu'il n'y avait aucune opportunité de dialogue avec le président déchu, c'est pourquoi les chefs de l'armée ont décidé de prendre les armes. Il a souligné que tout allait de mal en pis. Les propos du capitaine, chef du coup d'État, ne sont pas convaincants car les élections devaient avoir lieu le mois prochain ; il n'y a donc aucune justification à son coup d'État, sauf s'il voulait empêcher ces élections pour éviter l'arrivée de dirigeants dont il ne souhaite pas la présence. De plus, il n'y a pas de conflit apparent entre les forces politiques, et depuis 1992, le processus électoral se déroulait normalement...
2- Les premières réactions à ce coup d'État sont venues de France de manière virulente. Elle a fermement condamné le coup d'État et a appelé, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, à la nécessité d'organiser des élections au Mali le plus tôt possible. Il a annoncé que son pays « suspend toute sa coopération avec le Mali tout en maintenant son aide humanitaire... et nous poursuivons notre action de lutte contre le terrorisme » (AFP 22/03/2012).
La France a été suivie par l'Union européenne. Michael Mann, porte-parole de la chef de la diplomatie de l'Union Catherine Ashton, a déclaré dans un communiqué : « Nous condamnons la prise de pouvoir par les militaires et la suspension de la Constitution... L'ordre et la Constitution doivent être rétablis dès que possible » (AFP 22/03/2012).
Le même jour, la France et la Grande-Bretagne se sont empressées de faire adopter une résolution par le Conseil de sécurité condamnant fermement le coup d'État et appelant au retour à l'ordre constitutionnel et au gouvernement élu... L'ambassadeur britannique Mark Lyall Grant, dont le pays assurait la présidence tournante du Conseil, a déclaré : « Il doit y avoir un retour immédiat à l'ordre constitutionnel et au gouvernement démocratiquement élu au Mali... et les quinze membres du Conseil de sécurité condamnent fermement le coup d'État au Mali ». Cela démontre que ce coup d'État n'est pas dans l'intérêt de la France et de ses alliés européens qui s'allient à elle pour préserver leur influence en Afrique, mais qu'il est dirigé contre leur influence.
3- Quant à la réaction américaine et sa condamnation du coup d'État, elle est intervenue après la France et l'Europe, et était « floue » ! Les États-Unis ont déclaré, par la voix de la porte-parole de leur département d'État, Victoria Nuland : « La situation actuelle n'est pas claire et évolue rapidement... Nous croyons en la nécessité de régler les griefs par le dialogue et non par la violence » (BBC 22/03/2012). Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a tenu des propos similaires dans un communiqué où il appelait : « au calme et au règlement des différends de manière démocratique ». Les déclarations des porte-paroles américains indiquent que l'Amérique n'est pas dérangée par le coup d'État, tout comme le communiqué de Ban Ki-moon, qui suit la politique américaine. Elles indiquent même un soutien implicite, car les propos de la porte-parole du département d'État sur la nécessité de régler les griefs par le dialogue, tout comme ceux de Ban Ki-moon, montrent que l'Amérique met sur un pied d'égalité les putschistes et le gouvernement élu, leur accordant un droit à la rébellion et au coup d'État en raison de l'existence de « griefs » selon ses termes.
4- L'Amérique avait récemment commencé à œuvrer pour établir une influence au Mali en concluant des accords pour former les forces maliennes à la lutte contre le terrorisme et aux tactiques liées à la lutte contre les groupes rebelles. Elle choisissait des officiers et les envoyait aux États-Unis pour s'entraîner. Le site Al-Asr a rapporté le 24/03/2012, citant des sources américaines informées, qu'un diplomate américain ayant requis l'anonymat a déclaré à la presse : « Le chef du coup d'État, le capitaine Amadou Haya Sanogo, avait été choisi parmi une élite d'officiers par l'ambassade américaine pour recevoir une formation militaire antiterroriste aux États-Unis ». Il a ajouté que « Sanogo s'est rendu plusieurs fois en Amérique pour des missions spéciales... ».
5- Alors que la France a suspendu sa coopération politique, militaire et économique avec le Mali ainsi que ses aides, les États-Unis n'ont pas annoncé une telle suspension, bien que leurs aides s'élèvent à 137 millions de dollars par an. Au contraire, la porte-parole du département d'État américain, Victoria Nuland, a souligné que « son pays n'avait pas pris la décision de suspendre l'aide américaine au Mali » (Al Jazeera 23/03/2012). Cela montre à quel point la France est exaspérée par le coup d'État et son mécontentement, tandis que cela montre que l'Amérique n'est pas mécontente, mais plutôt qu'elle approuve implicitement le coup d'État.
6- Tout ce que nous avons mentionné indique que l'Amérique était derrière le coup d'État survenu au Mali pour s'infiltrer dans ce pays musulman, y étendre son influence et remplacer la France, l'ancien colonisateur qui y exerce toujours son influence. L'Amérique a voulu perturber le processus électoral à venir au Mali car le milieu politique est inféodé à la France. Par ce coup d'État, elle renverse la table sur les acteurs parmi les agents de la France qui s'entendent sur le jeu selon la politique française. Ainsi, le Mali se lie à l'Amérique par sa mainmise sur le mouvement des « militaires », et il devient difficile pour l'ancien milieu politique construit par la France de surmonter la nouvelle situation ; au mieux, il ne pourra obtenir qu'une participation inefficace au nouveau pouvoir sous influence américaine.
6- Le Mali est un pays musulman dont la population s'est convertie à l'Islam il y a des centaines d'années, et ses habitants sont aujourd'hui en écrasante majorité musulmans (plus de 90 %). À la fin du XIXe siècle, les colonisateurs français l'ont occupé et ont annoncé son annexion en 1904. Ils lui ont accordé une indépendance formelle en 1960. C'est un pays riche en ressources minérales : or, phosphates, kaolin, bauxite, fer, uranium et bien d'autres. Le conflit international entre le colonialisme ancien « européen et surtout français » et le nouveau colonialisme « américain » s'y est récemment intensifié...
C'est ainsi que les pays musulmans sont devenus une proie pour tout cupide, et cela n'est dû qu'au fait que les musulmans sont divisés et se réfèrent à autre chose qu'à l'Islam. Au lieu d'œuvrer pour rétablir l'État du Califat qui les rassemblerait après la division et les honorerait après l'humiliation, on les voit gouvernés par des États et des micro-États dépassant la cinquantaine, dont les dirigeants ne veillent pas aux affaires des gens mais réalisent les intérêts des mécréants colonisateurs... Par conséquent, les musulmans sont devenus humiliés après avoir perdu la cause de leur puissance, et les nations se sont liguées contre eux comme des convives se jettent sur un plat. Ils étaient pourtant auparavant les messagers du bien pour le monde, portant le message de la vérité par l'appel (dawa) et le djihad... Le Messager d'Allah (saw) a dit vrai en disant :
يُوشِكُ الْأُمَمُ أَنْ تَدَاعَى عَلَيْكُمْ كَمَا تَدَاعَى الْأَكَلَةُ إِلَى قَصْعَتِهَا
« Les nations sont sur le point de se regrouper contre vous, comme les affamés se regroupent autour d’un plat. » Quelqu'un demanda : « Est-ce à cause de notre petit nombre ce jour-là ? » Il répondit : « Non, ce jour-là vous serez nombreux, mais vous serez comme l’écume du torrent. Allah retirera des cœurs de vos ennemis la crainte qu’ils avaient de vous, et Il jettera dans vos cœurs la "Wahn" (faiblesse). » Quelqu'un demanda : « Ô Messager d'Allah, qu’est-ce que la "Wahn" ? » Il répondit : « L'amour de la vie d'ici-bas et la haine de la mort. » (Rapporté par Abou Daoud d'après Thawban).
Rejetons donc de nous-mêmes l'amour de ce monde et la haine de la mort dans le sentier d'Allah, et œuvrons avec diligence pour réaliser la bonne nouvelle du Messager d'Allah (saw) concernant le retour du Califat bien guidé après ce pouvoir tyrannique, comme il (saw) l'a dit :
ثُمَّ تَكُونُ مُلْكًا جَبْرِيَّةً، فَتَكُونُ مَا شَاءَ اللَّهُ أَنْ تَكُونَ، ثُمَّ يَرْفَعُهَا إِذَا شَاءَ أَنْ يَرْفَعَهَا، ثُمَّ تَكُونُ خِلَافَةً عَلَى مِنْهَاجِ نُبُوَّةٍ
« ... puis il y aura un pouvoir tyrannique, qui durera tant qu’Allah voudra qu'il dure, puis Il l’enlèvera quand Il voudra, puis il y aura un Califat selon la méthode de la prophétie. » Puis il se tut. (Rapporté par Ahmad).