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Questions & Réponses

Réponse à une question : Démissions des chefs de l’armée turque

August 09, 2011
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Première question :

Le 29/07/2011, le chef d'état-major turc Işık Koşaner, le commandant des forces terrestres Erdal Ceylanoğlu, le commandant des forces navales Eşref Uğur Yiğit et le commandant des forces aériennes Hasan Aksay ont annoncé leur démission et demandé leur mise à la retraite. Ces officiers se trouvent au sommet de la hiérarchie militaire, aux côtés du commandant de la gendarmerie (Jandarma), Necdet Özel, qui n'a pas démissionné. Ce dernier a ensuite été nommé commandant des forces terrestres et chef d'état-major par intérim.

Quelles sont les motivations de cet événement ? S'agit-il de motivations locales résultant d'un conflit de prérogatives entre l'armée et le gouvernement, ou s'agit-il d'un conflit international ? Quelles sont les conséquences attendues de ces démissions ?

Réponse :

En examinant les faits et leurs implications, il apparaît que cette affaire est le résultat d'un conflit international mené par des outils locaux. Pour clarifier cela, nous mentionnons les points suivants :

  1. Ces démissions surviennent après une tension extrême ces derniers jours entre les chefs de l'armée et le pouvoir politique, représenté par le président de la République, le Premier ministre et son gouvernement. L'une des raisons principales est la vague d'arrestations de généraux accusés de tentative de coup d'État. La dernière en date a eu lieu ce 29/07/2011, parallèlement à la démission des officiers, lorsque le procureur de la 13ème Cour d'assises d'Istanbul a ordonné l'arrestation de 22 personnes, dont 7 généraux en activité, avec à leur tête le commandant actuel de l'armée de l'Égée, Hüseyin Nusret Taşdeler, et l'ancien commandant de la Première armée, Hasan Iğsız. Cela s'appuie sur l'article 312 du Code pénal turc qui stipule : « Quiconque tente d'utiliser la force et la contrainte pour renverser le gouvernement de la République turque ou entraver son fonctionnement, totalement ou partiellement, est passible de la réclusion criminelle à perpétuité. » Il est à noter que les arrestations dans les rangs des retraités de l'armée, ainsi que chez des politiciens, journalistes et écrivains affiliés au camp kémaliste, ont commencé mi-2007 sous le nom de l'affaire Ergenekon. Elles ont été suivies début 2010 par la révélation d'un autre complot militaire datant de 2003, connu sous le nom de l'opération Balyoz (Masse).

  2. L'année dernière, peu avant la réunion du Conseil militaire suprême début août 2010, la justice avait ordonné l'arrestation de 102 officiers, dont 11 généraux en service qui attendaient une promotion. Un compromis avait été trouvé, mais le président Abdullah Gül et le Premier ministre Erdoğan avaient fermement refusé la promotion du général Hasan Iğsız au poste de commandant des forces terrestres. Iğsız était pourtant le favori de l'ancien chef d'état-major İlker Başbuğ pour lui succéder à terme. Başbuğ souhaitait, selon certaines sources, assurer la pérennité du « plan d'action contre le réactionnisme », un projet visant à contrer l'influence religieuse. L'échec de ce plan, marqué aujourd'hui par l'arrestation d'Iğsız, constitue un coup dur pour le courant kémaliste pro-britannique. Ces généraux considèrent les Britanniques comme leurs bienfaiteurs historiques, fondateurs de la République et protecteurs de Mustafa Kemal. Ils voient dans le gouvernement Erdoğan et son allégeance aux États-Unis un rival féroce.

  3. Les agents de l'Angleterre dans l'armée et d'autres secteurs ont tenté de renverser le gouvernement pro-américain d'Erdoğan, notamment par l'intermédiaire de la Cour constitutionnelle en 2008. Erdoğan, de son côté, met en œuvre les politiques américaines et cherche à instaurer un système présidentiel fort pour limiter l'intervention de l'armée dans la politique. Il vise également à transformer la Turquie en un État fédéral pour résoudre la question kurde selon la vision américaine, similaire au modèle instauré en Irak par Paul Bremer. La Grande-Bretagne, pour maintenir son influence, cherche par ses relais kémalistes à déstabiliser ou renverser ce gouvernement.

  4. Ces derniers jours, l'armée a également été critiquée après des attaques du PKK, notamment à Silvan le 14/07/2011, où 13 soldats ont été tués. Les médias pro-gouvernementaux ont suggéré une complicité ou une négligence intentionnelle du commandement militaire pour nuire au gouvernement. Erdoğan a réagi en annonçant le renforcement des forces de police spéciales (15 000 hommes) pour en faire une armée parallèle sous l'autorité du ministère de l'Intérieur, suivant ainsi le modèle de Turgut Özal. En plaçant les forces terrestres sous l'autorité des gouverneurs pour les opérations intérieures, il soumet l'armée au pouvoir civil, poussant la tension à son paroxysme.

  5. Ces démissions collectives soudaines semblent être une tentative ultime de faire pression sur le gouvernement et de gagner la sympathie de l'opinion publique avant le Conseil militaire suprême du 01/08/2011. Voyant que leurs protégés ne seraient pas promus et qu'ils seraient isolés face à de nouveaux généraux proches du gouvernement, comme Necdet Özel, les chefs démissionnaires ont préféré partir. Işık Koşaner a choisi la retraite anticipée plutôt que de rester à la tête d'une institution où il n'aurait plus les coudées franches.

  6. Comme conséquence, Necdet Özel devrait être confirmé comme chef d'état-major. Le système politique turc (Gouvernement, Présidence, Parlement) aura ainsi réussi à asseoir son contrôle sur l'armée en nommant des hommes compatibles avec sa ligne pro-américaine. Nous pouvons dire que les États-Unis commencent à verrouiller leur contrôle sur l'armée et à frapper les bastions britanniques en Turquie.

  7. La réaction de la BBC et du Guardian, soulignant la tension persistante entre le gouvernement et l'armée, reflète l'agacement britannique. À l'inverse, le porte-parole du Département d'État américain, Mark Toner, a qualifié ces démissions d'« affaire intérieure turque » et a réitéré sa pleine confiance dans les institutions turques. Cela confirme que ce qui s'est passé est bien le résultat d'un conflit international utilisant des leviers locaux.


Deuxième question :

Le vendredi 22/07/2011, des explosions à Oslo et un massacre sur l'île d'Utøya ont causé la mort de près de quatre-vingt-dix personnes. Un citoyen norvégien chrétien, décrit comme un extrémiste de droite, a avoué être l'auteur des attaques. Le Premier ministre norvégien a qualifié cet événement de plus grande tragédie nationale depuis la Seconde Guerre mondiale.

Quelles sont les motivations de cet acte ? Quelle est la signification de l'accusation immédiate portée contre les musulmans avant qu'il ne s'avère qu'il s'agissait d'un extrémiste chrétien ? La révélation de l'identité du coupable a-t-elle atténué la haine envers les musulmans, ou s'agit-il d'une haine profonde aux racines ancrées en Occident ?

Réponse :

Ce qui s'est produit est un indicateur majeur de la haine que l'Occident nourrit envers l'Islam et les musulmans. Comme l'a dit le Très-Haut :

قَدْ بَدَتِ الْبَغْضَاءُ مِنْ أَفْوَاهِهِمْ وَمَا تُخْفِي صُدُورُهُمْ أَكْبَرُ

« La haine est apparue de leurs bouches, mais ce que leurs poitrines cachent est encore plus grand. » (Sourate Âli 'Imrân [3] : 118)

Cela apparaît clairement à travers les points suivants :

  1. Les médias se sont empressés d'accuser les musulmans. Les thèses d'Anders Behring Breivik ne sont pas isolées ; elles sont le produit d'une culture de haine alimentée par les « experts » médiatiques. Cette rhétorique a provoqué des agressions physiques contre des musulmans en Norvège dès les premières heures suivant l'attentat, avant même que l'identité du tueur ne soit connue.

  2. Même après la révélation de l'identité du coupable, certains politiciens européens ont justifié ses actes. Jacques Coutela, membre du Front National en France, a qualifié Breivik de « principal défenseur de l'Occident ». En Italie, Francesco Speroni et Mario Borghezio ont affirmé que certaines idées de Breivik étaient « bonnes » ou visaient à « défendre la civilisation occidentale ». Cette atmosphère pousse à l'extrémisme et se traduit par des politiques discriminatoires (interdiction du voile, restrictions sur les mosquées, surveillance de masse).

  3. L'Occident prétend garantir la liberté de culte, mais cette liberté ne profite réellement qu'à ceux dont les croyances servent les intérêts des gouvernements. Attaquer l'Islam est permis sous couvert de liberté d'expression, alors que critiquer d'autres groupes est sévèrement réprimé. De même, la « liberté religieuse » est utilisée comme outil de politique étrangère pour ouvrir les sociétés aux valeurs occidentales, mais elle est ignorée lorsque les intérêts occidentaux exigent le soutien de dictateurs massacrant des populations musulmanes.

  4. C'est là la réalité de la civilisation occidentale corrompue. Quelle différence avec la civilisation de l'Islam ! L'Islam stipule que la vie, l'honneur, le sang, la propriété et les croyances de tous les citoyens sont protégés par l'État.

Dans l'État du Califat, tous les droits des sujets sont garantis, qu'ils soient musulmans ou non. Le Messager d'Allah ﷺ a dit :

مَنْ كَانَ عَلَى يَهُودِيَّتِهِ أَوْ نَصْرَانِيَّتِهِ فَإِنَّهُ لاَ يُفْتَنُ عَنْهَا...

« Quiconque demeure dans son judaïsme ou son christianisme ne sera pas détourné de sa religion... »

Il est donc interdit à tout musulman d'insulter les non-musulmans ou de dégrader leurs lieux de culte. L'histoire en Espagne et en Palestine témoigne de cette coexistence pacifique sous le règne de l'Islam. Pour les musulmans vivant en Occident ou dans le monde musulman, il est impératif de redoubler d'efforts pour rétablir l'État islamique, le seul capable de protéger leurs droits où qu'ils soient.

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