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RÉPONSE À UNE QUESTION : L'ACCORD DE SUÈDE ET SES RÉPERCUSSIONS SUR LA TRAGÉDIE DU YÉMEN

December 21, 2018
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RÉPONSE À UNE QUESTION

L’ACCORD DE SUÈDE ET SES RÉPERCUSSIONS SUR LA TRAGÉDIE DU YÉMEN

Question :

Le 18/12/2018, le site France 24 a publié : « Des affrontements ont éclaté dans la ville de Hodeïda au Yémen entre les forces pro-gouvernementales et les Houthis, quelques minutes seulement après l'entrée en vigueur de l'accord de trêve conclu sous l'égide des Nations unies... (France 24 le 18/12/2018) ». Le 17/12/2018, le site Sputnik Arabe a rapporté : « Un membre de la délégation du groupe "Ansar Allah" a déclaré concernant l'accord de Suède qu'il n'incluait pas la remise du port de Hodeïda ni le retrait des Houthis de la ville. Le ministre yéménite de l'Information, Mouammar al-Iryani, a répondu que ces déclarations constituaient un coup d'État contre l'accord lui-même alors que l'encre de sa signature n'avait pas encore séché, soulignant que l'accord stipulait le retrait des milices de Hodeïda et de ses ports : Hodeïda, Salif et Ras Issa ».

La question est : Comment un tel désaccord sur le texte de l'accord peut-il exister alors que l'encre de sa signature n'a pas encore séché ? Et comment les affrontements ont-ils pu éclater quelques minutes après son entrée en vigueur ? Pourquoi cet accueil favorable de l'accord par les Américains et les Britanniques ? Doit-on s'attendre à la fin de la tragédie yéménite avec cet accord ? Qu’Allah vous récompense par le bien.

Réponse :

Avant d'aborder le sujet de l'accord de Suède, dont les discussions ont commencé le jeudi 06/12/2018 et se sont terminées par une poignée de main apparente le 13/12/2018, il est nécessaire de résumer la situation yéménite comme suit :

Premièrement : Après la prise de contrôle de Sanaa par les Houthis, l'expulsion effective du gouvernement Hadi de la capitale et leur domination sur la majeure partie du Yémen, ils ont eu un besoin urgent d'une sorte de « légitimité » pour couvrir leur pouvoir. L'Amérique tentait de leur conférer cette « légitimité »... mais ce n'était pas facile, car le milieu politique au Yémen est largement fidèle aux Anglais. C'est pourquoi l'ambition maximale de l'Amérique était l'acceptation des Houthis comme une partie active de la carte politique du Yémen. Les Houthis étant une minorité au nord du Yémen, particulièrement à Saada, et n'ayant pas d'acceptation auprès de la population générale, l'Amérique a œuvré pour soutenir les Houthis afin qu'ils deviennent un élément incontournable au Yémen, de sorte qu'aucun pouvoir ne puisse perdurer sans eux. Cela s'est fait par les étapes suivantes :

  1. Elle a poussé l'Arabie Saoudite à intervenir avec l'opération « Tempête de la Fermeté » par des frappes aériennes non pas pour éliminer les Houthis — sinon elle aurait envoyé des troupes au sol — mais pour que les Houthis apparaissent comme les défenseurs du Yémen face aux avions de guerre, apparaissant ainsi comme des victimes et, en même temps, comme des héros, afin d'obtenir l'acceptation populaire et l'opinion publique...

  2. Elle a fait de Hadi, le président yéménite fidèle aux Anglais, une sorte de prisonnier en Arabie Saoudite, facilitant ainsi la pression sur lui chaque fois que ses plans l'exigeaient.

  3. Elle a influencé le Conseil de sécurité pour envoyer des émissaires au Yémen qui lui étaient fidèles, et elle y a réussi, avec Jamal Benomar et Ould Cheikh Ahmed...

Quant à la Grande-Bretagne, qui détient l'influence au Yémen depuis des décennies, elle sait que le mouvement sudiste (Al-Hirak) au sud et les Houthis au nord sont des outils de l'Amérique pour briser son hégémonie écrasante au Yémen. Avec l'entrée des Houthis à Sanaa et dans le reste du Yémen, bénéficiant d'un soutien militaire iranien massif, la Grande-Bretagne a vu son influence vaciller, surtout après le rôle saoudien. C'est pourquoi elle s'est empressée de répondre aux plans de l'Amérique et de ses outils :

a- Mettre en avant le rôle des Émirats arabes unis (EAU) pour contrebalancer le rôle saoudien. Effectivement, les EAU ont joué un rôle décisif dans la reprise de la ville d'Aden et du reste du sud des mains des Houthis. Grâce à ce rôle, ils ont créé un mouvement sudiste par lequel ils ont neutralisé les agents de l'Amérique au sein du mouvement (Hirak) et ont rendu leur rôle secondaire, sécurisant ainsi le Sud.

b- Elle a introduit son agent de longue date, Ali Abdallah Saleh, au Nord sur la ligne des Houthis. Il est devenu leur allié pour que les Anglais aient un rôle avec les Houthis s'ils prenaient de l'importance. Il a failli réussir sa mission avant qu'ils ne l'assassinent...

c- Elle a œuvré intensément pour envoyer un envoyé de l'ONU qui lui soit fidèle, et elle a réussi avec la nomination du Britannique Martin Griffiths comme nouvel envoyé international au Yémen.

Deuxièmement : La Grande-Bretagne savait que ce qui maintenait les Houthis debout était le soutien iranien. Après la fermeture de l'aéroport de Sanaa et le contrôle des ports du sud, le port de Hodeïda est devenu presque l'unique artère permettant à l'Iran de faire parvenir son soutien aux Houthis. C’est pourquoi les Émirats se sont dirigés vers Hodeïda pour le contrôler. Ces offensives et batailles autour de Hodeïda ont été confrontées à un grand refus américain sous des prétextes humanitaires, affirmant que le port de Hodeïda fournissait de l'aide à des millions de Yéménites. Comme si l'Amérique avait une quelconque considération pour l'humanité, elle et ses agents qui l'ont piétinée en Syrie sous les yeux des Nations unies avec des sièges étouffants et des barils d'explosifs... Mais elle voulait créer des justifications pour maintenir le port de Hodeïda ouvert au soutien militaire iranien, qui comprend depuis un an ou plus des missiles balistiques que les Houthis ont commencé à tirer sur l'Arabie Saoudite, ainsi que des drones lancés sur des cibles aux Émirats... En contrepartie, l'Arabie Saoudite manœuvrait avec ses avions sans frapper réellement les points vitaux des Houthis. Par exemple, les forces houthies assiègent Taïz et leurs positions militaires sont exposées à la surveillance aérienne ; il ne serait pas difficile de frapper ces bases et de lever le siège, pourtant le siège persiste ! Quant aux Émirats, ils combattaient réellement les Houthis au point qu'ils étaient sur le point de les expulser de Hodeïda n'eussent été les pressions américaines via l'Arabie Saoudite !

Ainsi, les plans de l'Amérique et de ses outils ne s'accordaient pas avec ceux de la Grande-Bretagne et des siens. L'Amérique tendait vers un règlement politique après avoir garanti le contrôle des Houthis sur des parties importantes du Yémen. La Grande-Bretagne, elle, attendait plus de défaites pour les Houthis afin qu'ils acceptent de se retirer, c'est-à-dire de retourner au périmètre de Saada avant d'aller vers un règlement politique effectif. Par conséquent, toutes les négociations précédentes n'étaient que des « jeux » politiques pour passer le temps ; ces cycles furent des échecs, comme les négociations du Koweït et celles de Genève au début de septembre dernier, où la délégation houthie n'est pas venue... etc. Ainsi, les négociations ont échoué et les Houthis se sont retrouvés face à de grands dangers, représentés par l'imminence de la prise de Hodeïda et de son port par les forces soutenues par les Émirats, déjà à ses portes. Pendant ce temps, le rôle le plus marquant était celui des Émirats mobilisant et recrutant des milices locales pour les batailles de Hodeïda. L'Arabie Saoudite se trouvait dans une position embarrassante où elle ne pouvait refuser cette orientation émiratie puisqu'elles sont « alliées » en apparence dans la guerre yéménite contre l'objectif déclaré des Houthis ! Comme l'Amérique empêchait l'attaque sur Hodeïda, les Émirats, soutenus par la Grande-Bretagne, ont choisi un moment où l'Amérique était occupée par plus important. Les combats de Hodeïda ont éclaté les 08 et 09/06/2018 (Al-Hurra 10/06/2018), au moment où l'Amérique préparait activement le sommet de Trump avec le dirigeant de la Corée du Nord à Singapour le 12/06/2018. Ils ont donc choisi un moment où l'Amérique était presque paralysée pour arrêter l'offensive... Et c'est ce qui s'est passé : le Conseil de sécurité a échoué à arrêter les combats à Hodeïda (« Le Conseil de sécurité de l'ONU a échoué hier jeudi à s'accorder sur une suspension immédiate d'une offensive menée par la coalition arabe... » Al Jazeera Net 15/06/2018). Dès lors, les batailles de Hodeïda et les probabilités de contrôle des Émirats et de leurs milices sur le port sont devenues le plus grand danger menaçant le pouvoir houthi au Yémen. C'est pourquoi les Houthis ont mobilisé toutes leurs forces pour l'empêcher, et l'Amérique a mobilisé ses responsables pour pleurer sur la situation humanitaire au Yémen, affirmant que le port de Hodeïda est l'artère empêchant la famine... Les Émirats et leurs alliés locaux guettaient les opportunités internationales pour lancer plus d'attaques et tenter de progresser sur le terrain pour imposer un fait accompli sur la ville et le port, ce qui fut partiellement réalisé. Son achèvement total représentait un péril imminent pour les Houthis, et par extension pour l'influence future de l'Amérique au Yémen. Au cours des derniers mois, les combats sporadiques autour de Hodeïda sont devenus la partie la plus critique de la guerre yéménite, d'autant plus que l'Amérique n'était pas capable de briser l'alliance saoudo-émiratie au Yémen, ni d'arrêter la guerre du côté de l'Arabie Saoudite seule, à cause des dommages graves que cela causerait au rôle saoudien de leadership dans les États du Golfe. La situation est restée en l'état jusqu'à ce que survienne l'affaire du grand embarras saoudien suite à l'assassinat barbare du journaliste Jamal Khashoggi début octobre 2018...

Troisièmement : Avec l'assassinat du journaliste saoudien Khashoggi à Istanbul, de nouvelles circonstances sont apparues autour de l'Arabie Saoudite, que l'Amérique a pu exploiter pour ses intérêts :

  1. Les services de sécurité saoudiens ont commis un acte barbare dans leur consulat à Istanbul, déclenchant une campagne internationale contre l'Arabie Saoudite, exigeant implicitement, et parfois explicitement, que le prince héritier Mohammed ben Salmane réponde de sa responsabilité dans cet acte odieux. Bien que l'Arabie Saoudite et d'autres dirigeants criminels de la région musulmane commettent contre leurs citoyens des actes bien pires que l'assassinat du journaliste saoudien à Istanbul, cet acte contenait une charge émotionnelle visible qui a poussé les nations à le condamner fermement. Les pays européens voulaient utiliser cela pour affaiblir l'agent de l'Amérique, Ben Salmane, ou l'écarter du pouvoir s'ils le pouvaient. Mais l'Amérique s'est empressée de fournir une couverture internationale à Ben Salmane via les tweets du président Trump exprimant sa confiance dans les propos du prince héritier, éloignant ainsi l'accusation. Trump affirmait ouvertement qu'il ne renoncerait pas aux contrats d'armement avec l'Arabie Saoudite pour leurs bénéfices contre le chômage en Amérique, ce qui a accru la pression des membres du Congrès sur l'administration Trump, accusée de vendre ce que certains appellent les « valeurs de l'Amérique » contre l'argent saoudien... Le Sénat a alors émis ce qui ressemble à un blâme cinglant contre la défense de Trump envers Mohammed ben Salmane : (« Dans ce qui représente un rare blâme historique au président Donald Trump, le Sénat américain a voté jeudi en faveur de la fin du soutien militaire américain à la guerre au Yémen et a tenu le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane pour responsable du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi... Dans une étape historique, les membres du Sénat ont voté à une majorité de 56 contre 41 pour mettre fin au soutien militaire à la campagne menée par les Saoudiens au Yémen... Reuters 14/12/2018).

  2. Face à la multiplication des déclarations des membres du Congrès sur la nécessité d'arrêter de traiter avec le prince héritier saoudien — « leur fidèle agent américain » — et l'appel de certains à cesser les livraisons d'armes, l'administration Trump s'est empressée de détourner l'attention de l'affaire Khashoggi vers une autre question importante montrant l'Arabie Saoudite en faveur des droits de l'homme et de la paix, coopérant avec les Nations unies... La coopération de Ben Salmane durant les pourparlers en Suède a été mise en avant : (« Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres doit assister aux discussions finales en Suède pour soutenir les efforts de son envoyé... L'agence de presse officielle saoudienne a déclaré que Guterres a appelé par téléphone le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane pour discuter des développements de la situation yéménite... » Reuters 12/12/2018). Antonio Guterres a insisté sur la contribution de Ben Salmane : (« Antonio Guterres... a révélé lors d'une conférence de presse... le rôle joué par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane dans l'accord historique du Yémen aujourd'hui entre Ansar Allah et le gouvernement yéménite... Farhan Haq, porte-parole adjoint de l'ONU... a déclaré que Guterres estime que la contribution du prince héritier "était extrêmement importante pour le résultat des consultations"... Sputnik Arabe 13/12/2013). Ainsi, l'Amérique a mis en avant son rôle de manière frappante au point de contraindre Griffiths à louer ce rôle : (« Griffiths a déclaré... je remercie le prince héritier saoudien... qui a souligné son soutien vital et personnel à ce processus... » site Watan News 14/12/2018). De tout cela, il ressort que l'Amérique tenait à conclure l'accord pour trois raisons :

La première : Améliorer l'image de l'Arabie Saoudite. La deuxième : Lever l'embarras international pesant sur elle et couvrir l'affaire du journaliste saoudien. La troisième : Extorquer financièrement l'Arabie Saoudite ! Et c'est le plus important pour Trump... Car l'Amérique ne cherche certainement pas à améliorer l'image de ses deux agents Mohammed ben Salmane et son père par pure bonté de cœur ; au contraire, par ce comportement, elle montre qu'elle les a sauvés d'un « pétrin », puis l'exploite pour « pomper » davantage de fonds pétroliers saoudiens comme prix pour avoir levé l'embarras international. Cela correspond à la mentalité commerciale de « racket » de Trump basée sur la politique du « paie ! ».

  1. Ce qui indique cet intérêt américain pour la conclusion de cet accord est ce qui émane des responsables américains ainsi que la fermeté des formulations, notamment :
  • (« Les États-Unis d'Amérique ont appelé à un cessez-le-feu au Yémen sous 30 jours, soulignant la nécessité pour la coalition arabe dirigée par l'Arabie Saoudite de cesser de bombarder les zones peuplées de civils... Le secrétaire à la Défense, James Mattis, a exigé que les parties au conflit... entrent dans des négociations sérieuses... Il a déclaré : "Pour une solution à long terme, nous voulons un cessez-le-feu, un retrait des frontières, l'arrêt des frappes aériennes, et que tout le monde s'assoie à la table des négociations dans les 30 jours." Il a ajouté : "Je crois que l'Arabie Saoudite et les Émirats sont prêts à aller de l'avant..." » Al Khaleej Online 31/10/2018).

  • L'envoi par l'Amérique du Secrétaire général de l'ONU Guterres pour assister aux négociations de Suède et faire pression sur les délégations pour garantir qu'elles produisent un accord, au lieu de laisser les choses au seul envoyé britannique Griffiths.

  • La pression saoudienne sur le président yéménite Hadi pour accepter l'accord proposé. (« Des sources ont indiqué à Al Jazeera que l'Arabie Saoudite a fait pression sur le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi pour qu'il ordonne à la délégation gouvernementale d'accepter l'accord de cessez-le-feu à Hodeïda. Les sources ont rapporté que la délégation avait recommandé à Hadi, résidant à Riyad, de ne pas signer car le texte ne mentionne pas explicitement le départ des Houthis, mais le président yéménite a ordonné la signature après de fortes pressions saoudiennes... » Al Jazeera Net 13/12/2018).

  • La précipitation à nommer un général de l'ONU pour surveiller le cessez-le-feu à Hodeïda. (« L'ONU a choisi un général hollandais... Patrick Cammaert a accepté de diriger la mission de surveillance au Yémen. » Akhbar al-Yemen 14/12/2018). Le site Raï al-Yemen a publié le 20/12/2018 : « Stéphane Dujarric... a déclaré que le général hollandais retraité Patrick se rendra en Jordanie demain jeudi, puis à Sanaa et enfin à Hodeïda... ».

  • L'accueil public de l'accord par l'Amérique. Le secrétaire d'État Pompeo a salué l'accord, considérant que « la paix est devenue possible au Yémen » (BBC 14/12/2018). Il a ajouté dans un communiqué : « Ces discussions... représentent une première étape cruciale... Toutes les parties ont l'opportunité de s'appuyer sur cet élan... » (Al-Mashhad al-Yemeni 14/12/2018).

  • Le contact frappant de l'ambassadeur américain avec les Houthis. (« L'ambassadeur américain au Yémen, Matthew Tueller, a déclaré... "Nous avons tenu une réunion officielle entre les ambassadeurs et un groupe comprenant un membre de la délégation houthie... J'ai eu des contacts avec certains membres de l'équipe houthie... c'était une belle rencontre." Il a confirmé que sa rencontre était officielle et directe avec eux en disant : "Toute rencontre que je tiens est officielle, car je suis l'ambassadeur américain au Yémen 24 heures sur 24." » Asharq Al-Awsat 13/12/2018).

Quatrièmement : Bien que l'accord de Suède ait été conclu sous pressions américaines, la Grande-Bretagne l'a également salué. Cela est dû au fait que l'Amérique a créé une opinion publique pressante en élevant la voix sur les motivations humanitaires et les tragédies de la famine au Yémen... comme si ces choses étaient apparues aujourd'hui ! Ainsi, l'atmosphère créée par l'Amérique pour conclure l'accord n'a laissé d'autre choix à la Grande-Bretagne que de l'accueillir, mais à sa manière, en « surfant sur la vague » pour en changer la direction ou du moins en réduire la vitesse. Elle a donc salué l'accord : (« Le ministère britannique des Affaires étrangères a annoncé aujourd'hui mardi son accueil favorable au cessez-le-feu... et le ministre Jeremy Hunt a loué les efforts de Martin Griffiths... » Yemen Net 18/12/2018).

En même temps, elle a présenté un projet de résolution au Conseil de sécurité pour discuter de l'accord sous prétexte de ses modalités d'exécution :

  • (« La Grande-Bretagne cherche à obtenir une autre résolution internationale... La déléguée britannique à l'ONU, Karen Pierce, a déclaré : "Le Royaume-Uni, en tant que détenteur du dossier yéménite au Conseil international, reprendra le travail avec tous les collègues sur une résolution pour approuver les accords conclus... et permettre à l'ONU de surveiller le respect des parties..." » Page Shabab Yemen citant le gouvernement britannique 14/12/2018).

  • Des diplomates ont déclaré mardi : (« Le Conseil de sécurité étudie un projet de résolution britannique demandant au Secrétaire général de l'ONU de soumettre des propositions d'ici la fin du mois sur la surveillance du cessez-le-feu... » Al-Ain News 18/12/2018).

En présentant ce projet, la Grande-Bretagne veut en faire une porte d'entrée pour des va-et-vient dans l'accord sous prétexte de surveillance, d'exécution et de retrait, afin de le faire traîner en longueur. Les belligérants sur la terre du Yémen ne se soucient guère du nombre de morts parmi ses habitants ni de l'ampleur des destructions... mais seulement de la réalisation de leurs intérêts. Par conséquent, nous pouvons dire :

L'Amérique et ses alliés dans la région, particulièrement l'Arabie Saoudite, sont sérieux aujourd'hui dans leur volonté de mettre fin à la guerre yéménite et de se diriger vers des négociations menant à une part substantielle du pouvoir pour les Houthis, alliés de l'Iran et donc de l'Amérique. Les négociations de Suède ont révélé ce sérieux. Mais cette orientation américaine ne signifie pas que l'Amérique est capable de la concrétiser face à la grande influence anglaise au Yémen... La Grande-Bretagne a envoyé son ministre des Affaires étrangères aux négociations de Suède le 13/12/2018 pour soutenir son envoyé international Griffiths face à son chef Guterres, le Secrétaire général de l'ONU. C'est pourquoi l'accord s'est limité à Hodeïda uniquement, reportant les autres dossiers, notamment l'aéroport de Sanaa, à des cycles futurs... De même, les positions de la délégation gouvernementale étaient toutes sceptiques quant à l'exécution de ce qui a été convenu, indiquant que cela s'est fait sous la pression saoudienne, du Secrétaire général de l'ONU et, derrière eux, de l'Amérique :

(« Yamani a déclaré, lors d'une conférence de presse à Rimbo en Suède, que le gouvernement yéménite avait conclu 75 accords avec les Houthis qu'ils n'ont pas respectés. Il les a accusés de refuser de lever le siège sur Taïz... Concernant l'aéroport de Sanaa, il a dit que le gouvernement était prêt à l'ouvrir via l'aéroport d'Aden, mais que les Houthis ont refusé. Yamani a affirmé que "le projet de fin du coup d'État commence par Hodeïda". Il a ajouté qu'il ne fallait pas penser à de nouveaux cycles de consultations tant que ce qui a été conclu actuellement n'est pas exécuté... » RT 13/12/2013). Tout cela ouvre une grande porte pour se dérober à l'accord pendant l'exécution et traîner les pieds pour d'autres cycles.

Par conséquent, il est probable que l'exécution de l'accord de Hodeïda soit difficile, ce qu'indiquent les affrontements survenus les 14, 15 et 16/12/2018 aux abords de Hodeïda peu après l'annonce de l'accord. L'ONU a dû justifier : (« Une source à l'ONU a déclaré "alors que l'accord de Hodeïda stipule un démarrage immédiat du cessez-le-feu, il est normal que cela prenne 48 à 72 heures pour que les ordres atteignent le théâtre d'opérations..." » Reuters 16/12/2018).

Ainsi, il est prévu que la situation continue entre tensions et apaisements. D'un côté, l'Amérique veut fermer le théâtre militaire, particulièrement à Hodeïda et ses ports, pour se diriger vers des solutions politiques avec une voix houthie qui reste audible. De l'autre côté, la Grande-Bretagne crée des prétextes pour la poursuite des combats afin d'affaiblir au maximum les Houthis et qu'ils n'aient plus de voix à Hodeïda avant de passer à une solution politique...

Cinquièmement : Quant à la fin de la question (« Doit-on s'attendre à la fin de la crise du Yémen avec cet accord ? »), voici ce qu'il en est :

Cet accord ne résout pas la crise au Yémen en raison du conflit d'intérêts entre l'Amérique et la Grande-Bretagne, et par extension entre leurs outils locaux signataires. Le maximum qu'il puisse produire est un certain calme, une sorte de repos du guerrier, avant que les choses ne s'échauffent à nouveau. Cela pourrait être entrecoupé, à la manière des capitalistes, par un compromis de pouvoir partagé selon les rapports de force... Naturellement, cela ne met pas fin à la crise. Les événements au Yémen resteront fluctuants, se calmant parfois pour s'intensifier ensuite selon la balance des forces politiques et militaires des belligérants... Ce qui y mettra fin est l'une des deux choses suivantes, comme nous l'avons mentionné dans nos publications précédentes :

La première : Que l'Amérique ou la Grande-Bretagne parvienne à trancher les choses en sa faveur pour dominer l'influence au Yémen... et cela est hors de portée comme nous l'avons expliqué précédemment...

La seconde : Et c'est la plus proche par la volonté d'Allah, qu'Allah honore cette Oumma par le Califat (Khilafah). Celui-ci piétinera l'influence des colonisateurs mécréants, déracinera leur emprise du pays et mettra fin à leurs méfaits parmi les serviteurs. Alors la mécréance et ses partisans seront humiliés, tandis que l'Islam et ses partisans seront honorés, et les croyants se réjouiront du secours d'Allah.

وَيَوْمَئِذٍ يَفْرَحُ الْمُؤْمِنُونَ بِنَصْرِ اللَّهِ يَنْصُرُ مَنْ يَشَاءُ وَهُوَ الْعَزِيزُ الرَّحِيمُ

« Et ce jour-là, les croyants se réjouiront du secours d'Allah. Il secourt qui Il veut, et Il est le Puissant, le Miséricordieux. » (Sourate Ar-Roum [30] : 4-5)

Il appartient aux gens du Yémen, peuple de foi et de sagesse, d'établir cette affaire pour réussir dans les deux demeures. Allah est le Protecteur des vertueux.

Le 13 de Rabî’ ath-Thânî 1440 AH
20/12/2018 AD

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