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Questions & Réponses

Réponse à une question : L'accord de la Turquie avec la Turquie avec la Russie sur le contrat des S-400 et ses répercussions

April 04, 2019
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[Washington : les États-Unis gèlent la livraison à la Turquie de chasseurs furtifs F-35... Un porte-parole du Pentagone a déclaré : « En attendant une décision claire de la Turquie de renoncer à la livraison du système S-400, les livraisons et les activités liées à l'activation des capacités opérationnelles des avions F-35 en Turquie ont été suspendues. » Il a ajouté : « Notre dialogue se poursuit avec la Turquie sur cette question importante... » i24news.tv 01/04/2019]

La question : L'accord de la Turquie avec la Russie sur le contrat des S-400 fait l'objet de discussions depuis septembre 2017. À l'époque, l'Amérique ne s'était pas opposée fermement à cet accord, sa position s'apparentant plutôt à une simple réserve. Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui, environ un an et demi plus tard, elle montre cette fermeté qui ressemble à une menace envers la Turquie si elle reçoit cette livraison de la Russie ? Que Dieu vous récompense par le bien.

La réponse : Pour clarifier la réponse à cette question, nous passons en revue les points suivants :

1- L'agression de la Russie contre la Syrie a débuté le 30/09/2015 par un accord avec l'Amérique (immédiatement précédé d'une rencontre entre Obama et Poutine le 29/09/2015, qui a duré 90 minutes... La crise ukrainienne en a occupé la première partie, tandis que les deux présidents se sont concentrés sur la situation en Syrie dans la partie restante. Les résultats de cette rencontre sont apparus immédiatement : le 30/09/2015, le Conseil de la Fédération de Russie a approuvé à l'unanimité la demande de Poutine d'utiliser les forces aériennes russes en Syrie... « Russia Today 30/09/2015 »). L'Amérique était consciente que si la guerre s'éternisait et que le bourbier se refermait sur la Russie, cette dernière pourrait se précipiter dans des actions non calculées par les Américains. Elle a donc voulu faire de la Turquie d'Erdogan ses « yeux » pour réguler le rythme russe selon les limites américaines. Elle a ainsi suggéré à la Turquie de s'engager avec la Russie dans ce qui ressemble à une alliance, afin que la Turquie puisse modérer les attaques russes pour qu'elles ne dépassent pas les limites souhaitées, à savoir ne pas éliminer l'opposition regroupée à Idlib avant la fin du projet américain de solution finale pour la crise syrienne, car l'Amérique veut maintenir une opposition pour négocier avec le régime lors de la solution finale.

2- Mais le problème était qu'en apparence, la Turquie semblait être avec l'opposition et la Russie avec le régime, c'est-à-dire qu'elles étaient en conflit... La question s'est ensuite aggravée lorsque l'avion russe a été abattu par des pilotes turcs le 24/11/2015, et qu'Erdogan a surfé sur la vague en refusant de présenter des excuses... Comme l'Amérique tenait à ce que la Turquie s'accorde avec la Russie, son avis était que la Turquie devait s'excuser et se rapprocher de la Russie. C'est ce qui s'est passé... Après avoir affirmé que l'avion russe avait violé l'espace aérien et ne méritait pas d'excuses, la Turquie a présenté des excuses le 27/06/2016 : (Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que « le président turc a exprimé sa sympathie et ses sincères condoléances à la famille du pilote russe tué, et a présenté ses excuses », ajoutant qu'Erdogan a dit qu'il « ferait tout son possible pour restaurer les relations traditionnellement amicales entre la Turquie et la Russie »... Al-Arabiya, 27/06/2016). De même, il y a eu une sorte de compensation (le maire de la station balnéaire turque de Kemer a proposé d'offrir une maison à la famille du pilote assassiné lors d'une rencontre avec le consul général de Russie à Antalya vendredi dernier... Russia Today 01/07/2016). Et après que Poutine ait été l'ennemi qui bombardait les siens, en particulier le Mont Turkmène, les discussions avec lui se sont déroulées dans une atmosphère amicale. Erdogan a contacté Poutine par téléphone le 29/06/2016 (selon des sources à la présidence turque, l'appel s'est déroulé dans une atmosphère très amicale... Al-Araby Al-Jadeed, 29/06/2016)... Ensuite, la Turquie et la Russie sont apparues comme des amis, Erdogan s'adressant à Poutine en l'appelant « l'ami », malgré le fait que la Russie continuait de bombarder les musulmans en Syrie... !

3- Ainsi, l'amitié est devenue intime et Erdogan a conclu des accords et des rencontres avec Poutine... Nous avions dit dans une réponse à une question précédente le 05/02/2017 : (La Turquie a continué à jouer ce rôle au service de l'Amérique en tant que subordonnée fidèle, même après l'annonce de la victoire du président élu Trump le 09/11/2016, et elle n'envisageait même pas de changements potentiels après sa prise de fonction le 20/01/2017. Étant donné que Trump avait montré de la souplesse envers la Russie pendant sa campagne électorale, la Russie a pensé que fixer la date d'Astana après l'investiture de Trump inciterait l'Amérique à rehausser le niveau de la conférence par une présence de haut rang. La Russie attendait avec impatience que le président Trump prenne ses fonctions, espérant que son secrétaire d'État serait présent. Ainsi, la Russie aspirait à ce que la conférence d'Astana soit le point de départ de négociations de paix globales entre l'opposition syrienne et le gouvernement de Bachar avec le soutien de Trump... cela résultait de sa stupidité politique de croire que Trump soutenait la Russie ! Elle a donc invité Washington à assister à la conférence, s'attendant à une délégation de haut niveau. La gifle qu'elle a reçue a été que Washington-Trump participe aux négociations d'Astana en y envoyant l'ambassadeur américain à Astana en tant qu'observateur ! C'est ainsi que les négociations d'Astana se sont ouvertes le 23/01/2017 et se sont terminées le 24/01/2017 sans aucun résultat significatif concernant le cessez-le-feu, au contraire, les tirs se sont intensifiés sur Wadi Barada ! Naturellement, sans aucune solution politique, les négociations d'Astana sont descendues bien en dessous du niveau que la Russie souhaitait, et les négociations se sont terminées en piétinant autour du point du cessez-le-feu !) Fin de citation.

4- La situation est restée ainsi jusqu'à fin 2017, moment où la situation russe s'est dégradée. La Russie commençait à menacer d'éliminer l'opposition à Idlib, et cette préoccupation était telle que l'Amérique craignait que la Russie ne n'en fasse qu'à sa tête et ne sorte de l'obéissance américaine en préparant l'attaque finale sur Idlib avant la solution finale américaine pour la crise syrienne. À cette étape, il était nécessaire que la Turquie se rapproche fortement de la Russie dans ce qui ressemblait à une alliance, afin qu'aucune attaque massive sur Idlib n'ait lieu sans l'accord des deux parties. C'est ainsi qu'est né le contrat S-400 d'un montant de 2,5 milliards de dollars, un contrat alléchant pour la Russie, surtout durant sa crise économique. Erdogan l'a justifié par le fait que plus de la moitié des pilotes turcs avaient été arrêtés après la tentative de coup d'État militaire manquée de la mi-juillet 2016, et que par conséquent, les forces aériennes turques ne disposaient pas d'un nombre suffisant de pilotes capables d'utiliser tous les chasseurs F-16 en possession de la Turquie. Elle avait donc besoin du contrat des S-400 russes sophistiqués pour compenser le manque de pilotes de chasse, afin que la Turquie soit en sécurité en matière de défense aérienne.

5- La Russie s'est réjouie de ce contrat car elle se concentre sur l'obtention d'avantages matériels. Le contrat des S-400 avec la Turquie avoisine les 2,5 milliards de dollars, et Moscou veut compenser ses pertes dues aux sanctions européennes et américaines et au boycott par beaucoup d'entre eux du pétrole et du gaz russes. Ce contrat constituait un nouveau rapprochement entre la Russie et la Turquie. Lorsque la Turquie a posé comme condition pour finaliser le contrat la production conjointe (le journal « Akşam » a cité le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu disant lundi 09/10/2017 que son pays pourrait chercher un accord avec un autre État pour acquérir un système de défense antimissile si la Russie n'acceptait pas la production conjointe du système S-400, DW le 09/10/2017), la Russie a ensuite refusé la production conjointe. La Turquie a alors reculé et a accepté le contrat pour arrêter l'offensive russe sur Idlib, que la Russie avait effectivement commencée (AFP : Au moins 28 civils ont été tués dans la nuit de vendredi à samedi dans des raids aériens sur la ville d'Armanaz dans la province d'Idlib, qui fait partie des zones de désescalade dans le nord-ouest de la Syrie, selon l'Observatoire Syrien des Droits de l'Homme. Un précédent bilan faisait état de 12 morts vendredi soir... La province d'Idlib avait été déclarée zone de désescalade en vertu de l'accord d'Astana, et pourtant la Russie l'a attaquée... Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire, a souligné : « Les avions de combat ont mené un second raid ciblant la ville d'Armanaz dans la campagne nord-ouest d'Idlib, où ils ont bombardé les zones du premier raid pendant l'opération de sauvetage des blessés et de dégagement des personnes coincées sous les décombres des bâtiments détruits ». L'Observatoire a poursuivi par ailleurs que 13 autres civils ont été tués dans des bombardements dans diverses zones de la province. La province d'Idlib subit depuis deux semaines des raids russes et syriens intensifs... Akhbar Al-Khaleej le 30/09/2017). C'est ainsi que le contrat fut conclu sans la production conjointe ! Erdogan a déclaré – lors de son retour d'un voyage en Ukraine et en Serbie – (qu'il n'y aurait pas de production conjointe dans la première phase pour les missiles « S-400 » que son pays allait acheter, mais que dans la deuxième phase « nous prendrons, si Dieu le veut, des mesures concernant la production conjointe ». Le « S-400 » est un système de missiles sophistiqué capable de détruire des cibles à de longues distances, le nombre de cibles qu'il peut suivre simultanément s'élève à trois cents, et la portée de destruction des avions varie entre trois et 240 kilomètres. Il peut détruire tous les types de chasseurs et intercepter les missiles de croisière... En plus de sa capacité destructrice, le système « S-400 » n'a besoin que de cinq minutes pour que le missile soit prêt au lancement, et l'armée russe en est équipée depuis 2007... Al Jazeera le 29/12/2017).

6- Naturellement, l'Amérique a adopté face à cet accord une position calme, s'apparentant uniquement à une réserve, bien que la Turquie soit membre de l'OTAN et que l'organisation des armements au sein de l'alliance soit une organisation occidentale incompatible avec la présence d'armes russes, particulièrement le S-400 qui peut pénétrer le système occidental de l'alliance... Mais l'Amérique et l'OTAN ont montré à l'époque une position souple pour deux raisons : la première est que l'Amérique avait besoin de maintenir ce rapprochement entre la Russie et la Turquie pour empêcher la Russie d'attaquer Idlib avant l'achèvement de la solution finale américaine pour la crise syrienne. La seconde est que l'Amérique excluait l'exécution de ce contrat tant que la Turquie était dans l'OTAN ; l'Amérique ne permettrait pas à la Turquie d'introduire un système russe à l'intérieur du système occidental de l'OTAN... Pour ces deux raisons, la position de l'Amérique, et par extension de l'OTAN, était calme et ne dépassait pas la réserve ! (... Washington continue d'insister sur sa position de réserve face à l'achat par la Turquie de ces missiles, tandis que l'OTAN a estimé que la Turquie a le droit d'acquérir les armes qui l'aident à assurer sa sécurité après qu'Ankara a annoncé que le système principal ne serait pas intégré dans les systèmes de l'OTAN... Asharq Al-Awsat 28/12/2017).

7- À la suite de ce contrat, les relations entre la Russie et la Turquie ont connu un regain notable et le front d'Idlib s'est relativement calmé... La Russie pensait que cette amitié et ces discussions conjointes avec la Turquie accéléreraient l'arrivée d'une solution permettant à la Russie de sortir de son impasse. Mais la situation a duré environ un an, jusqu'à fin 2018, et rien n'a changé concernant l'impasse russe. L'Amérique n'accordait aucune importance aux discussions qui se déroulaient, particulièrement à Astana, elle n'y assistait qu'en tant qu'observateur comme la Jordanie, ou se faisait représenter par son ambassadeur au Kazakhstan ! La Russie est consciente qu'il n'y a pas de solution si l'Amérique ne participe pas de manière sérieuse... Il semble que la Russie ait compris le jeu américain et ait décidé d'attaquer Idlib. Par stupidité, elle pensait que la Turquie se tiendrait à ses côtés, mais elle fut surprise par sa position de refus et a donc ramené ses forces dans ses casernes ! Nous avons clarifié ce point dans une réponse précédente le 22/09/2018 : [Lorsque la révolution syrienne armée a été acculée à Idlib, et que la Russie a voulu poursuivre ses opérations militaires, elle a mobilisé, menacé et manœuvré en Méditerranée avec de grands navires de guerre et des bombardiers stratégiques, fermant l'espace aérien dans l'est de la Méditerranée pour la première fois de son histoire. Elle s'est alors retrouvée face à une grande impasse en constatant des choses qu'elle n'avait pas prévues :

a- ... La Turquie n'a pas accepté une guerre totale contre Idlib (le ministre turc a estimé qu'il fallait identifier les « terroristes » et les combattre, et qu'il ne convenait pas de lancer une guerre totale contre Idlib en la bombardant de manière aveugle. Enab Baladi 14/08/2018). L'opposition de la Turquie à la guerre s'est clairement manifestée lors de la conférence de Téhéran entre les présidents de la Russie, de la Turquie et de l'Iran. La Turquie a exposé, d'une manière qui a surpris la Russie, ses craintes concernant la guerre à Idlib et le flux de réfugiés vers elle, et a embarrassé la Russie en considérant la guerre comme un outil pour anéantir la solution politique en Syrie (le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré ce vendredi que la poursuite des attaques sur la province d'Idlib contrôlée par l'opposition entraînerait l'effondrement du processus politique en Syrie... Youm7 07/09/2018). De ce fait, la Turquie est devenue un obstacle à l'ambition russe d'éliminer les factions militaires à Idlib. C'est pourquoi une seconde rencontre entre Erdogan et Poutine a été nécessaire le 16/09/2018 à Sotchi, soit seulement neuf jours après leur rencontre à Téhéran...

b- Ainsi, l'Amérique veut que la Russie reste enlisée en Syrie, incapable d'en sortir jusqu'à ce que l'Amérique finisse de mettre en œuvre la solution politique selon ses plans... La Russie commence à prendre conscience de cette politique américaine, et a peut-être compris que l'Amérique l'a piégée en Syrie. Elle y est effectivement coincée et ne peut en sortir qu'avec la permission de l'Amérique, qui détient tous les outils d'influence en Syrie. C'est pourquoi elle n'a pas pu achever son offensive qu'elle avait préparée pour mettre fin à la crise à Idlib à sa manière, car la Turquie, poussée par l'Amérique, s'y est opposée et l'Iran est resté silencieux... Ainsi, la réunion en Iran du 07/09/2018 a échoué à approuver le plan russe d'attaque d'Idlib... Quelques jours plus tard, la rencontre Erdogan-Poutine a eu lieu et la création d'une zone démilitarisée a remplacé l'offensive ! Cela s'est fait avec la bénédiction américaine. L'agence Novosti a rapporté le 18/09/2018 les propos d'un responsable du département d'État américain : « Nous saluons et encourageons la Russie et la Turquie à prendre des mesures pratiques pour empêcher l'attaque militaire du gouvernement Assad et de ses alliés sur la province d'Idlib... » Le président russe a déclaré à l'issue de sa rencontre avec son homologue turc dans la station balnéaire russe de Sotchi : « Nous avons décidé d'établir une zone démilitarisée d'une largeur comprise entre 15 et 20 kilomètres le long de la ligne de contact, à partir du 15 octobre de cette année »... Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a déclaré aux agences russes que cet accord empêcherait l'attaque attendue depuis des jours contre le dernier bastion des factions en Syrie. À la question de savoir si cet accord signifiait qu'il n'y aurait pas d'attaque militaire contre Idlib, le ministre a répondu « oui », selon les agences Interfax et Tass... En contrepartie, Erdogan a déclaré lors de la conférence de presse après la rencontre entre les deux présidents : « La Russie prendra les mesures nécessaires pour garantir qu'aucune attaque n'ait lieu sur la zone de désescalade à Idlib »... France 24 / AFP 17/09/2018)... C'est ainsi que la Russie a arrêté ses bombardements sur Idlib et a rappelé ses navires qui manœuvraient en mer Méditerranée... C'est-à-dire que l'intérêt de la Turquie et, derrière elle, de l'Amérique à empêcher l'attaque russe sur Idlib était en premier lieu dans l'intérêt de l'Amérique et non pour empêcher le régime d'atteindre Idlib ou pour protéger les civils. Au moment où l'Amérique finalisera la solution qu'elle veut et à laquelle la Russie se soumettra, alors le sang d'Idlib, civil ou non, en zone démilitarisée ou non, n'aura que peu d'importance pour eux... Leur passé en témoigne dans les différentes régions de Syrie, et leurs crimes les précèdent de toutes parts...] Fin de citation.

8- Par conséquent, l'Amérique s'est rassurée sur le succès de son plan et sur le fait que la Turquie était désormais capable de faire échouer toute attaque russe sur Idlib avant l'achèvement de la solution américaine à la crise syrienne, à savoir que l'Amérique trouve un nouvel agent qui succéderait à l'agent actuel et qui soit acceptable pour l'opposition actuelle. Cela nécessite naturellement que l'opposition reste à Idlib pour négocier avec le régime afin d'établir le nouveau gouvernement selon le plan américain... Sur cette base, l'Amérique n'a plus eu besoin de la coopération turco-russe. La Russie n'étant plus capable de mobiliser ses troupes et d'attaquer Idlib, la raison pour laquelle l'Amérique gardait le silence sur l'accord Turquie-Russie concernant les S-400 a disparu. En conséquence, les positions américaines ont commencé à devenir fermes et menaçantes envers la Turquie si le contrat était exécuté en tant que système russe au sein du système de l'OTAN... Les positions américaines contre le contrat sont devenues intransigeantes, alors qu'elles étaient souples lors de sa conclusion en raison de la différence du besoin américain de rapprochement entre la Turquie et la Russie lors de la signature en 2017, et de la fin de ce besoin en 2019...

9- Parmi ces positions fermes qui ont été annoncées :

a- (Des responsables des États-Unis et de l'OTAN ont averti Ankara que le système russe ne pouvait être intégré au système antimissile de l'Alliance et que l'achat du système S-400 affaiblirait la possibilité pour la Turquie d'acheter des chasseurs F-35 de l'américain Lockheed Martin et pourrait entraîner des sanctions de la part de Washington... Sky News Arabia. 26/02/2019).

b- (Le porte-parole du département de la Défense américain, Charles Summers, a annoncé vendredi 08/03/2019 que la Turquie pourrait faire face à des conséquences graves si elle achetait le système antiaérien russe, puis a ajouté lors d'une conférence de presse au Pentagone : « Si la Turquie achète les S-400, il y aura des conséquences graves pour notre relation en général et nos relations militaires en particulier... et ils ne pourront pas obtenir d'avions F-35 ni de missiles Patriot... DW le 08/03/2019).

c- (Tandis qu'un responsable du département d'État américain a déclaré mardi que les États-Unis avaient informé la Turquie que la poursuite de l'accord sur les "S-400" menacerait sa participation au programme "F-35", ainsi que tout futur contrat d'armement avec Washington... Dans une première mesure américaine pour empêcher la livraison des F-35 à la Turquie, un porte-parole du Pentagone a indiqué lundi que les États-Unis avaient arrêté l'expédition d'équipements liés à ces avions vers Ankara... Deux sources informées ont déclaré à l'agence Reuters que des responsables américains ont informé leurs homologues turcs ces derniers jours qu'ils ne recevraient pas d'autres expéditions d'équipements liés au F-35 nécessaires pour préparer l'arrivée des avions furtifs fabriqués par Lockheed Martin... Le porte-parole du Pentagone, le lieutenant-colonel Mike Andrews, a déclaré dans un communiqué : « Jusqu'à ce qu'une décision turque sans équivoque soit prise de renoncer aux livraisons de S-400, les expéditions et les activités liées aux capacités de la Turquie à exploiter les avions F-35 cesseront ». Al-Arabiya.net le 02/04/2019).

d- (L'adjoint du secrétaire d'État américain, Robert Palladino, a déclaré que Washington était sérieusement préoccupé par cet accord. Palladino a également souligné qu'il y avait une remise en question potentielle de la production conjointe des avions F-35 avec la Turquie, ainsi que de tout autre contrat d'armement futur. Il a également mentionné que l'État ou les institutions privées et les personnalités impliquées dans l'achat des S-400 pourraient être soumis à d'éventuelles sanctions en vertu de la loi « CAATSA ». Kurdstreet le 11/03/2019).

10- Quant à ce qui est attendu concernant l'exécution du contrat, cela oscille entre les points suivants :

a- Que la Turquie décide de ne pas donner suite au contrat, compte tenu de ses liens étroits avec l'Amérique sur les plans politique et économique, et qu'elle compense le contrat par l'achat d'armes tactiques, comme des hélicoptères, auprès de la Russie au lieu des S-400. Ces armes tactiques ne susciteraient pas de réaction hostile de la part de l'OTAN ou des États-Unis. Ensuite, la Turquie obtiendrait de l'Amérique les équipements de défense préservant sa sécurité... Patrick Shanahan, secrétaire à la Défense américain par intérim, a déclaré aux journalistes au Pentagone ce mardi : « Je m'attends à ce que nous résolvions le problème de sorte qu'ils obtiennent les équipements de défense appropriés concernant les missiles Patriot et les avions F-35 ». (Al-Arabiya.net le 02/04/2019).

b- Ou bien les Américains proposent la « solution grecque », c'est-à-dire placer les missiles russes dans des entrepôts et les laisser à la merci de la rouille, en échange de l'achat de batteries de missiles Patriot aux États-Unis pour un coût de trois milliards et demi de dollars. L'histoire des missiles russes en Grèce remonte au fait que Moscou les avait initialement vendus à Chypre qui en avait payé le prix, mais les vives objections d'Ankara ont forcé Athènes à les conserver chez elle pour éviter une crise grave avec la Turquie. Ce qui signifierait que les Turcs paieraient cette somme en plus des deux milliards et demi de dollars pour les missiles russes ! Cette solution conviendrait certainement à Donald Trump, mais son coût financier exorbitant placerait le gouvernement turc sous le feu des critiques de l'opposition turque, qui aurait le droit d'accuser le gouvernement de gaspiller l'argent du peuple turc sur l'autel des erreurs de politique étrangère du gouvernement.

c- Ou bien il est possible d'envoyer ce système à un État tiers comme l'Inde pour ne pas mécontenter la Russie, ce qui s'inscrit également dans la stratégie américaine d'encerclement de la Chine.

Il semble que l'hypothèse la plus probable soit la première (point a) car on observe que les déclarations actuelles des parties concernées préparent le terrain à cela, comme la déclaration de Shanahan mentionnée plus haut le 02/04/2019, ainsi que celle du vice-premier ministre russe chargé de l'industrie militaire : (Nous n'avons aucune crainte quant à l'éventualité d'un retrait de la Turquie de l'accord S-400, Al Jazeera le 03/04/2019) et aussi ce qu'a rapporté Al Jazeera le même jour 03/04/2019 (Le président de la commission de la défense de la Douma russe, Vladimir Chamanov, n'a pas exclu la possibilité que la Turquie renonce à l'accord sur le système de missiles S-400 avec la Russie... Al Jazeera.net le 03/04/2019), ainsi que ce qu'a rapporté Al-Arabiya Al-Hadath aujourd'hui 04/04/2019 : (La Turquie appelle à un groupe de travail avec Washington pour examiner le danger du système de missiles russes S-400)... Tout cela renforce l'hypothèse de la non-exécution du contrat de missiles avec la Russie, c'est-à-dire l'annulation du contrat.

Le 28 Rajab 1440 AH 04/04/2019 AD

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