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Questions & Réponses

Réponse à une question : La vente de l’or

September 05, 2015
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(Série de réponses du grand savant Ata Bin Khalil Abu Al-Rashtah, émir du Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook « Fikhi »)

Réponse à une question

Question :

As-salamu alaykum wa rahmatullahi wa barakatuh. Comme vous le savez, cher frère, la vente d'or à terme n'est pas valable, elle doit se faire de main à main et de manière immédiate, comme mentionné dans le hadith... Est-ce que cela s'applique également aux bijoux ?

La raison de cette question repose sur la réalité suivante :

L'or vendu sous forme de bijoux est généralement du 18 carats et non du 24 carats...

L'or 24 carats est de l'or pur à 99,9 %, ce qui le rend difficile à façonner. Quant au 18 carats, il est composé à 75 % d'or et le reste est un métal tel que le cuivre ou le fer, ce qui le rend malléable pour l'orfèvrerie. Il est même devenu possible de colorer l'or selon le type de métal ajouté. Ensuite, lors de la vente de ces bijoux, le bijoutier ajoute au prix de l'or contenu (basé sur le poids) le coût de la main-d'œuvre (siyaaghah).

Dans ce cas, les bijoux sont-ils considérés comme une marchandise quelconque contenant de l'or, pour laquelle la vente à crédit ou à terme est autorisée ? Ou bien sont-ils toujours considérés comme de l'or car l'or y est majoritaire à hauteur des trois quarts ou 75 % ?

Une autre question : lorsqu'un bijoutier vend un bijou, disons un bracelet par exemple, comportant une petite pièce comme le fermoir qui n'est pas en or (il peut être en platine, en zircon ou autre), celle-ci est pesée avec le bijou, incluse dans le poids total et multipliée par le prix de l'or. Autrement dit, elle est vendue comme étant de l'or. Est-ce valable étant donné qu'il s'agit d'une très petite pièce ? Ou faut-il séparer son prix ? Ou la considérer comme faisant partie des frais de façonnage ? Quel est votre avis ?

Qu'Allah vous bénisse et vous récompense par le bien, et pardonnez-nous de vous solliciter...

Réponse :

Wa alaykum as-salam wa rahmatullahi wa barakatuh,

Avant de répondre, j'attire votre attention sur le fait que les règles du change (sarf) pour les catégories ribawi (sujettes à l'usure) ne tiennent pas compte de la bonne ou de la mauvaise qualité d'une catégorie par rapport à l'autre... Les catégories ribawi sont celles mentionnées dans le hadith rapporté par An-Nasa'i d'après 'Ubadah bin As-Samit, selon lequel le Messager d'Allah ﷺ a dit :

الذَّهَبُ بِالذَّهَبِ تِبْرُهُ وَعَيْنُهُ وَزْنًا بِوَزْنٍ، وَالْفِضَّةُ بِالْفِضَّةِ تِبْرُهُ وَعَيْنُهُ وَزْنًا بِوَزْنٍ، وَالْمِلْحُ بِالْمِلْحِ، وَالتَّمْرُ بِالتَّمْرِ، وَالْبُرُّ بِالْبُرِّ، وَالشَّعِيرُ بِالشَّعِيرِ، سَوَاءً بِسَوَاءٍ مِثْلًا بِمِثْلٍ، فَمَنْ زَادَ أَوِ ازْدَادَ فَقَدْ أَرْبَى

« L'or pour l'or, en pépite ou ouvré, poids pour poids ; l'argent pour l'argent, en pépite ou ouvré, poids pour poids ; le sel pour le sel, les dattes pour les dattes, le froment pour le froment, l'orge pour l'orge, en quantité égale, de la même mesure. Quiconque donne plus ou demande plus a pratiqué l'usure (riba). »

Si vous vendez une catégorie ribawi parmi celles-ci contre une catégorie de même nature (jins), l'échange doit se faire en quantités égales quelle que soit la qualité. Une livre de dattes de bonne qualité ne peut pas être échangée contre deux livres de dattes de qualité médiocre ; une mesure (sa') de blé pur ne peut pas être échangée contre deux mesures de blé impur, et il en va de même pour l'orge et le sel. De même pour l'or : un lingot d'or pur ne peut pas être échangé contre un lingot et demi d'or impur, mais l'échange doit être égal, c'est-à-dire au même poids.

Ces règles spécifiques au change (sarf) diffèrent des règles régissant d'autres transactions liées à l'or. Par exemple, pour la zakat, on prend en compte l'or pur et l'argent pur. Ainsi, la zakat sur un lingot d'or 24 carats diffère de la zakat sur un lingot de même poids en 18 carats. On estime l'or pur lors du calcul du seuil légal (nisab). Le nisab pour l'or 24 carats est de 85 g, mais le nisab pour l'or 18 carats est supérieur car il est mélangé à des matières non dorées à hauteur d'un quart. Cela signifie que l'or 18 carats contient une quantité d'or pur équivalente aux trois quarts de l'or 24 carats. Par conséquent, le nisab pour l'or 18 carats est d'une fois et un tiers le nisab de l'or pur, soit 113,33 g. Ainsi, celui qui possède 85 g d'or pur 24 carats possède le nisab ; si une année lunaire s'écoule, il paie une zakat de 2,5 % de son poids. En revanche, celui qui possède 85 g d'or 18 carats ne possède pas le nisab tant qu'il n'atteint pas 113,33 g. Une fois ce poids atteint et l'année écoulée, il paie 2,5 % de son poids. Il est clair ici qu'en matière de zakat, le critère est l'or pur.

Quant au change (sarf), ses règles lui sont propres... Quelle que soit la catégorie ribawi, pure ou impure, de bonne ou de mauvaise qualité, pure ou mélangée à autre chose... l'échange doit se faire à poids égal tant que la vente concerne la même catégorie ribawi, à condition que les éléments purs et impurs soient mélangés et non séparés, et que l'or soit majoritaire dans le mélange, de sorte qu'on l'appelle « or ».

La preuve en est ce qu'a rapporté Abu Sa'id : Bilal apporta des dattes de qualité supérieure (barniy), et le Messager d'Allah ﷺ lui demanda :

« مِنْ أَيْنَ هَذَا؟ »

« D'où vient cela ? »

Bilal répondit : « Nous avions des dattes de qualité médiocre et j'en ai vendu deux mesures (sa') contre une mesure afin de nourrir le Prophète ﷺ. » Le Messager d'Allah dit alors :

« أَوَّهْ عَيْنُ الرِّبَا، لَا تَفْعَلْ، وَلَكِنْ إِذَا أَرَدْتَ أَنْ تَشْتَرِيَ التَّمْرَ فَبِعْهُ بِبَيْعٍ آخَرَ، ثُمَّ اشْتَرِ بِهِ »

« Ah ! C'est l'essence même de l'usure (riba). Ne fais pas cela. Mais si tu veux acheter des dattes, vends les tiennes dans une transaction séparée, puis achète les autres avec l'argent obtenu. » (Rapporté par Muslim).

Abu Sa'id et Abu Hurayrah (qu'Allah soit satisfait d'eux) ont également rapporté : Le Messager d'Allah ﷺ nomma un homme à la tête de Khaybar. Celui-ci lui apporta des dattes d'excellente qualité (janib). Le Messager d'Allah ﷺ lui demanda :

« أَكُلُّ تَمْرِ خَيْبَرَ هَكَذَا؟ »

« Toutes les dattes de Khaybar sont-elles ainsi ? »

Il répondit : « Non, par Allah, ô Messager d'Allah ! Nous échangeons une mesure de celles-ci contre deux mesures, ou deux mesures contre trois. » Le Messager d'Allah ﷺ dit alors :

« لاَ تَفْعَلْ، بِعْ الجَمْعَ بِالدَّرَاهِمِ، ثُمَّ ابْتَعْ بِالدَّرَاهِمِ جَنِيبًا »

« Ne fais pas cela. Vends le mélange (jam') contre des dirhams, puis achète avec les dirhams les dattes de qualité supérieure (janib). » (Authentifié par consensus).

Cela s'applique à toutes les catégories ribawi. Il est mentionné dans Le Système Économique (p. 264) ce qui suit :

« Si un homme achète à un autre un dinar de bon aloi contre deux dinars altérés (mélangés), cela n'est pas permis. Mais s'il achète un dinar de bon aloi avec des dirhams d'argent, puis achète avec ces dirhams deux dinars altérés, cela est permis... conformément au récit d'Abu Sa'id : "Bilal vint trouver le Prophète ﷺ avec des dattes de qualité supérieure (barniy). Le Messager d'Allah ﷺ demanda : 'D'où vient cela ?' Bilal répondit : 'Nous avions des dattes de qualité médiocre et j'en ai vendu deux mesures contre une mesure afin de nourrir le Prophète ﷺ.' Le Messager d'Allah ﷺ dit alors : 'Ah ! C'est l'essence même de l'usure, ne fais pas cela. Mais si tu veux acheter des dattes, vends les tiennes dans une transaction séparée, puis achète les autres avec l'argent obtenu.'" (Rapporté par Muslim). Abu Sa'id et Abu Hurayrah ont également rapporté : "Le Messager d'Allah ﷺ nomma un homme à Khaybar. Celui-ci lui apporta des dattes d'excellente qualité (janib). Le Messager d'Allah ﷺ demanda : 'Toutes les dattes de Khaybar sont-elles ainsi ?' Il répondit : 'Non, par Allah, ô Messager d'Allah ! Nous échangeons une mesure de celles-ci contre deux mesures, ou deux mesures contre trois.' Le Messager d'Allah ﷺ dit : 'Ne fais pas cela. Vends le mélange contre des dirhams, puis achète avec les dirhams les dattes de qualité supérieure.'" (Authentifié par consensus). » Fin de citation.

Il ressort clairement de tout cela qu'en matière de change, les catégories ribawi doivent être échangées à poids égal, quelle que soit leur qualité, tant qu'elles portent le nom mentionné dans le hadith, qu'il s'agisse d'or contre or, d'argent contre argent, de froment contre froment, d'orge contre orge, de dattes contre dattes ou de sel contre sel.

En conséquence, la réponse à votre question est la suivante :

1- Les bijoux en argent ou en or, quel que soit leur caratage, lorsqu'ils sont échangés contre leur propre catégorie, doivent l'être à poids égal. Par exemple, échanger une pièce d'or (de type Rashadi) contre un bracelet ou autre, que ce soit du 21 ou du 18 carats, doit se faire à poids égal. Aucun surplus n'est autorisé, qu'il s'agisse de frais de fabrication ou de bénéfice. La solution dans ce cas — si le vendeur ou l'acheteur refuse l'échange à poids égal — est de vendre la pièce d'or contre de la monnaie, puis d'acheter avec cette monnaie le bracelet, le collier ou tout autre type de bijou.

2- Lors de l'achat d'un bracelet en or comportant un « fermoir » qui n'est pas en or et qui n'y est pas mélangé de manière indissociable, s'il est possible de l'en séparer, alors on le sépare, on pèse l'or seul et on le vend seul contre sa catégorie à poids égal. Quant à cette pièce (le fermoir), elle est vendue seule au prix convenu. Cela s'applique si l'achat du bracelet en or se fait contre de l'or.

Cependant, si vous voulez acheter un bracelet en or contenant une autre pièce qui n'est pas en or et que vous voulez l'acheter avec de la monnaie fiduciaire, vous pouvez convenir de n'importe quel prix. S'il pèse l'ensemble pour vous à un prix convenu, il n'y a pas de mal, car la vente porte ici sur deux genres différents (un bracelet contre de la monnaie fiduciaire). Dans ce cas, il peut peser tout le bracelet avec ce qui y est incorporé et vous le vendre au prix sur lequel vous tombez d'accord, tant que vous achetez le bracelet avec une monnaie autre que l'or.

Votre frère Ata Bin Khalil Abu Al-Rashtah

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