(Série de réponses du savant Ata Bin Khalil Abu Al-Rashtah, émir du Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook « Fiqhi »)
À Hamed Nazzal
Question :
As-salamu alaykum wa rahmatullahi wa barakatuh,
Il est mentionné dans le livre La Personnalité Islamique (Al-Shakhsiyyah Al-Islamiyyah), Tome III, au sujet de « l'existence des réalités législatives » (al-haqa'iq al-shar'iyyah), ce qui suit : « ...Cependant, il est établi que le Législateur a informé la Oumma du transfert de ces noms de leur sens linguistique vers un sens nouveau que la Shari’ah leur a attribué, et ce, par l'explication de ces sens par le Messager (saw). Allah (swt) dit :
وأَنْزَلْنَا إِلَيْكَ الذِّكْرَ لِتُبَيِّنَ لِلنَّاسِ مَا نُزِّلَ إِلَيْهِمْ
"Et vers toi, Nous avons fait descendre le Rappel, pour que tu exposes clairement aux gens ce qu'on a fait descendre pour eux." (Sourate An-Nahl [16]: 44)
Le but ici est d'en expliquer les sens, y compris les sens des noms légaux (al-asma' al-shar'iyyah). Le Messager (saw) a dit :
صَلُّوا كَمَا رَأَيْتُمُونِي أُصَلِّي
"Priez comme vous m'avez vu prier." (Rapporté par Al-Bukhari)
Il les a donc chargés d'actes et les leur a fait comprendre ; Il ne les a pas chargés de ce qu'ils ne comprenaient pas. »
La question est : devons-nous comprendre par là que le Messager (saw) a interprété le Coran et expliqué ses sens ? Ou bien son explication s'est-elle limitée aux sens des noms légaux ?
Qu'Allah vous récompense en bien.
Réponse :
Wa alaykum as-salam wa rahmatullahi wa barakatuh,
Pour clarifier la réponse, je mentionne les points suivants :
Premièrement : Votre question revient sur ce qui est mentionné dans le tome III de La Personnalité Islamique :
« En réalité, les noms légaux se retrouvent dans les termes de la Shari’ah et se manifestent comme des réalités distinctes des réalités linguistiques. Il s'agit d'un terme établi par les Arabes, puis la Shari’ah est venue et l'a transféré vers un autre sens par lequel il est devenu célèbre. Ce transfert n'est pas de l'ordre de la métaphore (majaz), mais plutôt du transfert de la réalité d'usage (al-haqiqa al-'urfiyya) ; car la Shari’ah ne l'a pas transféré vers le second sens en raison d'un lien d'analogie, comme l'exige la métaphore, sans compter qu'il est devenu prédominant dans ce second sens. La métaphore est un mot établi pour un sens, puis transféré à un autre en raison d'un lien d'analogie, sans qu'il ne devienne célèbre ou prédominant dans ce second sens. C'est pourquoi le transfert du nom légal vers le second sens que la Shari’ah lui a attribué n'est en aucun cas une métaphore, mais relève de la réalité légale (al-haqiqa al-shar'iyya)... Cependant, il est établi que le Législateur a informé la Oumma du transfert de ces noms de leur sens linguistique vers un sens nouveau que la Shari’ah leur a attribué, et ce, par l'explication de ces sens par le Messager (saw). Allah (swt) dit :
وَأَنْزَلْنَا إِلَيْكَ الذِّكْرَ لِتُبَيِّنَ لِلنَّاسِ مَا نُزِّلَ إِلَيْهِمْ
"Et vers toi, Nous avons fait descendre le Rappel, pour que tu exposes clairement aux gens ce qu'on a fait descendre pour eux." (Sourate An-Nahl [16]: 44)
Le but est d'en expliquer les sens, y compris les sens des noms légaux. Et le Messager (saw) a dit :
صَلُّوا كَمَا رَأَيْتُمُونِي أُصَلِّي
"Priez comme vous m'avez vu prier." (Rapporté par Al-Bukhari).
Il les a donc chargés d'actes et les leur a fait comprendre ; Il ne les a pas chargés de ce qu'ils ne comprenaient pas... » Fin de citation.
Deuxièmement : L'explication par le Messager (saw) de ce qui est mentionné dans le Noble Coran ne concerne pas seulement les sens des noms légaux ; l'explication de la Sunna vis-à-vis du Livre se résume comme suit :
1- Le détail de ce qui est global (Tafsil al-Mujmal) : Par exemple, Allah (swt) a ordonné la prière dans le Livre sans préciser ses horaires, ses piliers, ni le nombre de ses unités (rak’at). La Sunna est venue clarifier cela. Il (saw) a dit :
صَلُّوا كَمَا رَأَيْتُمُونِي أُصَلِّي
"Priez comme vous m'avez vu prier." (Rapporté par Al-Bukhari).
Ensuite, il (saw) a expliqué aux musulmans les détails de la manière de prier par ses actes, comme l'a rapporté Abou Houmayd as-Sa'idi (ra) :
كَانَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم إِذَا قَامَ إِلَى الصَّلَاةِ اعْتَدَلَ قَائِمًا وَرَفَعَ يَدَيْهِ حَتَّى يُحَاذِيَ بِهِمَا مَنْكِبَيْهِ فَإِذَا أَرَادَ أَنْ يَرْكَعَ رَفَعَ يَدَيْهِ حَتَّى يُحَاذِيَ بِهِمَا مَنْكِبَيْهِ ثُمَّ قَالَ اللَّهُ أَكْبَرُ وَرَكَعَ ثُمَّ اعْتَدَلَ فَلَمْ يُصَوِّبْ رَأْسَهُ وَلَمْ يُقْنِعْ وَوَضَعَ يَدَيْهِ عَلَى رُكْبَتَيْهِ ثُمَّ قَالَ سَمِعَ اللَّهُ لِمَنْ حَمِدَهُ وَرَفَعَ يَدَيْهِ وَاعْتَدَلَ حَتَّى يَرْجِعَ كُلُّ عَظْمٍ فِي مَوْضِعِهِ مُعْتَدِلًا ثُمَّ أَهْوَى إِلَى الْأَرْضِ سَاجِدًا ثُمَّ قَالَ اللَّهُ أَكْبَرُ ثُمَّ جَافَى عَضُدَيْهِ عن إبطيه وَفَتَخَ أَصَابِعَ رِجْلَيْهِ ثُمَّ ثَنَى رِجْلَهُ الْيُسْرَى وَقَعَدَ عَلَيْهَا ثُمَّ اعْتَدَلَ حَتَّى يَرْجِعَ كُلُّ عَظْمٍ فِي مَوْضِعِهِ مُعْتَدِلًا ثُمَّ أَهْوَى سَاجِدًا ثُمَّ قَالَ اللَّهُ أَكْبَرُ ثُمَّ ثَنَى رِجْلَهُ وَقَعَدَ وَاعْتَدَلَ حَتَّى يَرْجِعَ كُلُّ عَظْمٍ فِي مَوْضِعِهِ ثُمَّ نَهَضَ ثُمَّ صَنَعَ فِي الرَّكْعَةِ الثَّانِيَةِ مِثْلَ ذَلِكَ
"Lorsque le Messager d’Allah (saw) se levait pour la prière, il se tenait droit, levait les mains jusqu'à la hauteur de ses épaules. Lorsqu'il voulait s'incliner (ruku'), il levait les mains jusqu'à la hauteur de ses épaules, disait 'Allahu Akbar' et s'inclinait. Il ne baissait pas trop la tête et ne la relevait pas trop, mais plaçait ses mains sur ses genoux. Puis il disait 'Sami’a Allahu liman hamidah', levait les mains et se redressait jusqu'à ce que chaque os reprenne sa place. Puis il se prosternait au sol en disant 'Allahu Akbar', écartait ses bras de ses aisselles et repliait les orteils de ses pieds. Puis il repliait sa jambe gauche et s'asseyait dessus, se redressant jusqu'à ce que chaque os reprenne sa place. Puis il se prosternait, disait 'Allahu Akbar', repliait sa jambe, s'asseyait et se redressait jusqu'à ce que chaque os reprenne sa place. Puis il se relevait et faisait la même chose pour la deuxième unité." (Rapporté par At-Tirmidhi qui a dit : c’est un hadith Hassan Sahih).
2- La spécification de ce qui est général (Takhsis al-'Amm) : Des termes généraux figurent dans le Coran, et la Sunna est venue spécifier ce général. Par exemple, Allah (swt) a ordonné que les enfants héritent de leurs parents comme Il l'a exposé dans Sa parole :
يُوصِيكُمُ اللَّهُ فِي أَوْلَادِكُمْ لِلذَّكَرِ مِثْلُ حَظِّ الْأُنْثَيَيْنِ
"Voici ce qu'Allah vous enjoint au sujet de vos enfants : au fils, une part équivalente à celle de deux filles." (Sourate An-Nisa [4]: 11)
Cette règle était générale pour tout parent léguant et tout enfant héritier. La Sunna a alors spécifié que les Prophètes ne laissent pas d'héritage par sa parole (saw) :
لاَ نُورَثُ، مَا تَرَكْنَا صَدَقَةٌ
"Nous ne laissons pas d'héritage, ce que nous laissons est une aumône." (Rapporté par Al-Bukhari et Muslim).
Elle a également spécifié que le meurtrier ne peut hériter par sa parole (saw) :
.. وَلاَ يَرِثُ الْقَاتِلُ شَيْئاً
"...et le meurtrier n'hérite de rien." (Rapporté par Abou Daoud).
3- La restriction de ce qui est absolu (Taqyid al-Mutlaq) : Il y a dans le Coran des versets absolus, et la Sunna est venue restreindre cet absolu par une condition précise. Citons la parole d'Allah (swt) :
وَلَا تَحْلِقُوا رُءُوسَكُمْ حَتَّى يَبْلُغَ الْهَدْيُ مَحِلَّهُ فَمَنْ كَانَ مِنْكُمْ مَرِيضًا أَوْ بِهِ أَذًى مِنْ رَأْسِهِ فَفِدْيَةٌ مِنْ صِيَامٍ أَوْ صَدَقَةٍ أَوْ نُسُكٍ
"Et ne rasez pas vos têtes avant que l'offrande n'ait atteint son lieu d'immolation. Si l'un d'entre vous est malade ou souffre d'une affection de la tête, il doit se racheter par un jeûne, une aumône ou un sacrifice." (Sourate Al-Baqara [2]: 196)
Ces trois termes — jeûne, aumône, sacrifice — sont des noms indéfinis affirmatifs, donc des termes absolus. Ils ont été restreints par le hadith rapporté par Muslim d'après Ka'b bin 'Ujrah, où le Prophète (saw) lui a dit :
فَاحْلِقْ رَأْسَكَ وَأطْعِمْ فَرَقاً بَيْنَ سِتَّةِ مَسَاكِينَ وَالْفَرَقُ ثَلاَثةُ آصُعٍ أَوْ صُمْ ثلاَثةَ أَيَّامٍ أَوِ انْسُكْ نَسِيكَةً
"Rase-toi la tête et nourris six pauvres d'un 'faraq' (trois 'sa''), ou jeûne trois jours, ou sacrifie une bête."
Ainsi, il a restreint l'absolu du jeûne à trois jours, l'aumône à un faraq pour six pauvres (le faraq valant trois sa'), et le sacrifice à l'immolation d'un seul ovin.
4- Le rattachement d'une branche de règle à sa base mentionnée dans le Coran : Cette branche peut apparaître comme une nouvelle législation, mais à l'examen, il s'avère qu'elle est rattachée à son origine mentionnée dans le Coran, et cela est fréquent. Par exemple, Allah a mentionné les parts d'héritage déterminées (fara'id), mais n'a pas mentionné l'héritage des parents agnats ('asabah), sauf ce qui est stipulé dans Sa parole :
يُوصِيكُمُ اللَّهُ فِي أَوْلَادِكُمْ لِلذَّكَرِ مِثْلُ حَظِّ الْأُنْثَيَيْنِ
"Au fils, une part équivalente à celle de deux filles." (Sourate An-Nisa [4]: 11)
et Sa parole :
وَإِنْ كَانُوا إِخْوَةً رِجَالًا وَنِسَاءً فَلِلذَّكَرِ مِثْلُ حَظِّ الْأُنْثَيَيْنِ
"S’ils ont des frères et des sœurs, à l’homme alors la part de deux femmes." (Sourate An-Nisa [4]: 176)
Cela implique que l'agnat autre que les enfants et les frères n'a pas de part déterminée, mais prend ce qui reste après la distribution des parts fixes. Le Messager (saw) a clarifié cela en disant :
أَلْحِقُوا الْفَرَائِضَ بِأَهْلِهَا، فَمَا بَقِيَ فَهُوَ لأَوْلَى رَجُلٍ ذَكَرٍ
"Attribuez les parts de l'héritage à ceux qui y ont droit, et ce qui reste revient à l'homme le plus proche." (Rapporté par Al-Bukhari).
Il a donc rattaché l'agnat (autre que les enfants) aux frères et aux enfants. De même, les sœurs ont été considérées comme des héritières par agnation avec les filles, selon Al-Aswad : « Mu’adh bin Jabal a fait hériter une sœur et une fille, en attribuant à chacune d’elles la moitié, alors qu'il était au Yémen et que le Prophète d’Allah (saw) était alors vivant. » (Rapporté par Abou Daoud). Mu’adh n'aurait pas rendu un tel jugement du vivant du Prophète (saw) sans une preuve qu'il connaissait... etc.
Troisièmement : Malgré cela, il n'a pas été rapporté du Messager (saw) de hadith expliquant chaque verset, à ma connaissance... et les livres d'exégèse (Tafsir), malgré leur nombre et l'étendue de leurs explications, ne contiennent pas un hadith authentique pour chaque verset... C'est pourquoi on s'appuie sur ce qui est rapporté du Messager (saw), et pour ce qui n'a pas été rapporté, on suit la méthode correcte de l'exégèse comme suit :
- Ce qui est transmis comme exégèse de la part du Messager (saw) : si cela est authentique, c'est considéré comme faisant partie du Hadith. Ce n'est pas considéré comme un Tafsir au sens conventionnel des exégètes, car ce qui est authentifié du Messager (saw) dans l'explication d'un verset devient alors un texte législatif au même titre que le Noble Coran.
- Quant à ce qui est transmis des Compagnons (Sahaba) comme exégèse, on s'en inspire. Ils sont, parmi tous les hommes, les plus proches de la vérité dans l'interprétation du Coran en raison de leur excellence dans la langue arabe et de leur proximité avec celui à qui le Coran a été révélé (saw)...
- Cependant, la méthode de référence en exégèse consiste à utiliser la langue arabe et la Sunna prophétique comme seuls outils pour comprendre le Coran et l'interpréter au niveau de son vocabulaire, de ses structures, des sens légaux, des règles législatives et des idées ayant une réalité légale... Si un hadith authentique du Messager (saw) explique le verset, c'est lui qui prévaut. Sinon, on recourt à la langue arabe dans laquelle le Noble Coran a été révélé pour interpréter le verset, mais en s'adressant aux experts qui la maîtrisent parfaitement...
Telle est la méthode d'exégèse du Coran que l'exégète doit respecter et dont doit s'acquitter celui qui veut interpréter le Noble Coran. Et Allah Soubhanahou est plus Savant et plus Sage.
Votre frère, Ata bin Khalil Abu Al-Rashtah
25 Dhul-Hijjah 1439 de l'Hégire Correspondant au 05/09/2018
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