Home About Articles Ask the Sheikh
Questions & Réponses

Réponse à une question : La réalité du conflit en Centrafrique

February 25, 2014
5862

Question :

Le 20/02/2014, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a appelé à l'envoi rapide de forces militaires supplémentaires en Centrafrique pour empêcher la détérioration de la situation sécuritaire. À noter que la France a envoyé 2 000 soldats aux côtés des forces africaines, dont le nombre a dépassé les 5 000, après que le Conseil de sécurité a adopté, le 05/12/2013, une résolution d'intervention militaire en Centrafrique. Des milices chrétiennes ont perpétré des actes de barbarie atroces contre les musulmans : meurtres, crémations, cannibalisme, destruction de maisons, pillage de biens et déplacements forcés. Michel Djotodia, le premier président d'origine musulmane de la République centrafricaine, a démissionné le 10/01/2014, et l'élection de Catherine Samba-Panza comme présidente a été annoncée le 20/01/2014. Les États-Unis ont annoncé leur soutien à la force africaine et ont appelé à la tenue d'élections avant février 2015. Quelle est la réalité du conflit là-bas ? Comment la situation a-t-elle explosé ? Quelles sont les causes de la crise et vers quoi se dirige-t-elle ?

Réponse :

Pour répondre à cela, nous devons d'abord aborder la situation des musulmans en Centrafrique, exposer l'histoire des coups d'État et leur lien avec le conflit international ainsi que les conséquences qui en découlent :

1- La proportion de musulmans en Centrafrique est estimée entre 15 % et 20 % d'une population totale d'environ 5 millions d'habitants. Cependant, ce chiffre est douteux au regard de l'expansion des musulmans dans le pays. Ces statistiques ne sont ni neutres ni honnêtes, car elles tendent systématiquement à minimiser le pourcentage de musulmans pour divers facteurs... Il est donc probable que la proportion réelle soit bien supérieure à cette estimation... Le reste de la population se partage entre chrétiens et païens... Les musulmans sont présents en masse dans la capitale, Bangui, où ils ont construit un grand nombre de mosquées et d'écoles coraniques. Ils sont également répartis dans de nombreuses autres villes et provinces clés, particulièrement dans le nord du pays. Un sultanat islamique y est né à la fin du XVIIe siècle, lorsque des sultans du sultanat de Baguirmi (sud du Tchad) se sont déplacés vers le nord de la Centrafrique après la chute de leur État. De nombreux païens se sont convertis à l'islam par leur intermédiaire, tout comme cela s'était produit au sud du Tchad. Il est à noter que l'islam est entré dans le nord de la Centrafrique au XIIIe siècle et que certaines tribus se sont converties, comme la tribu Runga, centrée à Ndélé, la capitale du Nord, et la tribu Vakaga, centrée à Birao, la capitale du Nord-Est — l'une des régions les plus riches en or, diamant et uranium. D'autres groupes de musulmans sont arrivés dans ces régions aux XVIIIe et XIXe siècles pour diverses raisons et ont contribué avec leurs frères à chasser le colonialisme français du pays. De même, des musulmans venus d'Afrique de l'Ouest, des tribus Haoussa et Peul, constituent la proportion la plus élevée dans les régions du sud-ouest limitrophes du Cameroun. Le régime, soutenu par la France, et particulièrement le régime de Patassé, a œuvré pour isoler les musulmans des païens par crainte de la propagation de l'islam. Il a même entrepris d'écarter les musulmans du gouvernement et des fonctions publiques. Les musulmans se sont alors tournés vers le commerce. Par conséquent, après les massacres de commerçants musulmans, le commerce s'est arrêté, entraînant une grave pénurie de denrées alimentaires pour les habitants de Bangui.

2- L'entrée du colonialisme français en Centrafrique a commencé en 1885. La France a établi une base à Bangui, et la région est devenue officiellement une colonie française en 1894. Lorsqu'elle a accordé une indépendance de façade en 1960, la France a confié le pouvoir aux chrétiens, tout en maintenant son influence et sa domination coloniale comme auparavant. Elle installait des dirigeants chrétiens, soit par coup d'État, soit par de prétendues élections... La France a ainsi installé David Dacko comme premier président. Mais après seulement deux ans de règne, la tyrannie a commencé à apparaître avec des campagnes de répression. Les États-Unis, qui progressaient en Afrique, ont exploité cette situation. À l'époque, l'Union soviétique œuvrait à combattre l'ancien colonialisme après s'être mise d'accord avec l'Amérique en 1961. Ces deux puissances, qui avaient annoncé une politique de détente, ont eu une influence sur l'incitation des peuples africains contre les anciens colonisateurs. Craignant pour son influence, la France a poussé le chef d'état-major Jean-Bedel Bokassa à mener un coup d'État en 1966 pour consolider son emprise sur le pouvoir. Bokassa a plus tard nommé l'ancien président David Dacko comme conseiller, prouvant que le coup d'État n'était qu'un arrangement français pour contrer l'offensive américano-soviétique, en nommant un militaire tyrannique pour réprimer quiconque s'opposerait à l'influence française. Bokassa a persisté dans sa tyrannie pour protéger l'influence française jusqu'à se proclamer empereur en 1976 ! Il glorifiait les Français au point d'appeler de Gaulle, alors président français, "Papa", et a fait de son pays un terrain de jeu pour les Français. De nombreuses rumeurs ont circulé sur Bokassa, notamment des accusations de cannibalisme et d'infanticide, soulevant l'opinion publique internationale contre lui. La France est alors intervenue avec ses troupes stationnées sur place pour l'évincer et a réinstallé David Dacko en 1979. Puis l'armée, dirigée par le général André Kolingba, a mené un coup d'État en septembre 1981, écartant Dacko. Après que la France a réussi à renverser Habré (pro-américain) au Tchad pour amener son agent Idriss Déby en 1990, sa puissance s'est renforcée en Centrafrique, car le Tchad constitue un pilier de soutien à l'influence française dans ce pays... Voyant son influence stabilisée, la France a voulu donner au pouvoir une teinte "démocratique". Elle a décidé d'écarter l'armée et d'organiser de nouvelles élections. En 1993, Félix Patassé, lié à la France et leader de l'opposition, a été déclaré vainqueur. La France visait ainsi à absorber l'effet des appels à la démocratie sur lesquels l'Amérique s'appuyait pour évincer l'ancien colonialisme. Ainsi, la France a instauré un pouvoir issu d'élections et une opposition dirigée par le pasteur François Bozizé, comprenant divers groupes ethniques, dont des musulmans. Cette opposition s'est révoltée contre la corruption de Patassé et sa persécution de l'opposition, en particulier des musulmans, évoluant vers une rébellion armée... La France a alors jugé nécessaire de remplacer Patassé et a porté le chef de l'opposition, le pasteur Bozizé, à la présidence le 15/03/2003, aidé par les musulmans pour accéder au pouvoir... Mais Bozizé a trahi ceux qui l'avaient soutenu, les traitant comme des ennemis ! Il a confié sa garde à une société de sécurité française dirigée par le général français à la retraite Jean-Pierre Pérez, puis a organisé les élections de 2005 et 2011, s'autoproclamant vainqueur. Durant ces périodes, une nouvelle rébellion est apparue : le mouvement Séléka (signifiant alliance ou accord entre cinq organisations, dont les chefs étaient musulmans, la plus importante étant dirigée par Djotodia...). Malgré toutes les élections théâtrales de Bozizé, la situation ne s'est pas stabilisée et sa tyrannie a augmenté, particulièrement contre les musulmans dont les biens ont été attaqués par ses forces, faisant des centaines de victimes alors qu'ils se défendaient.

3- Suite à cela, une conférence s'est tenue le 11/01/2013 à Libreville, capitale du Gabon, en présence du président Bozizé et du mouvement Séléka pour trouver une solution... La conférence a révélé l'ampleur de l'injustice subie par les musulmans, dont les droits les plus élémentaires étaient bafoués... Ils ont alors formulé des demandes simples : la reconnaissance de l'islam au même titre que les autres religions, la célébration officielle des fêtes de l'Aïd el-Fitr et de l'Aïd el-Adha, et l'arrêt de la persécution... Mais Bozizé excellait dans la procrastination. Bien qu'il ait accepté certaines demandes et que cet agent français soit censé rester au pouvoir jusqu'en 2016 — l'accord garantissant son maintien malgré ses massacres, avec le soutien des États-Unis rapporté par l'AFP — la France et Bozizé ont traîné à appliquer ces droits simples. Au contraire, ils les ont reniés et ont repris leurs actes de barbarie. La Séléka a alors marché sur le palais et s'en est emparée le 24/03/2013 sous la direction de Michel Djotodia, qui est devenu président... C'est alors que la France a crié au scandale car Djotodia est d'origine musulmane. Bien qu'il ait tenté de satisfaire l'Occident dès sa prise de fonction, déclarant : « La Centrafrique est un État laïc où chrétiens et musulmans vivent ensemble... Il est vrai que je suis musulman, mais mon devoir est de servir ma patrie et tous les citoyens » (31/03/2013, Al-Khaleej). Tout cela pour plaire à l'Occident, particulièrement à la France et aux chrétiens, au point qu'il n'a pas désarmé les milices chrétiennes. Pourtant, la France n'a pas reconnu le nouveau président, et ses agents ont suivi. La France a alors poussé les dirigeants d'Afrique centrale à une conférence à N'Djamena, au Tchad, le 03/04/2013, où son agent notoire Idriss Déby a déclaré : « Il nous semble impossible de reconnaître un homme qui s'est autoproclamé » (05/04/2013, Al-Wasat). Bien que le Conseil de transition ait annoncé l'élection de Djotodia le 13/04/2013, rien n'y a fait en raison de son origine musulmane. La France a coupé son soutien à ce gouvernement, tout en continuant à piller l'uranium, l'or et les diamants du pays, considérant ces richesses comme siennes !

4- La France a commencé à préparer le terrain pour une intervention en créant des troubles pour la justifier. Elle a obtenu une résolution du Conseil de sécurité le 05/12/2013 l'autorisant à intervenir militairement, ce qui fut fait le 08/12/2013. Le président français François Hollande a appelé à la démission de Djotodia et à des élections anticipées. La France a organisé un sommet régional à N'Djamena le 10/01/2014 et a exercé des pressions pour forcer Djotodia à démissionner. Samba-Panza, maire de Bangui, a été élue présidente de transition le 20/01/2014. S'en sont suivis des actes de barbarie perpétrés par les milices chrétiennes sous les yeux des forces françaises, qui avaient désarmé plus de 7 000 combattants de la Séléka sous prétexte de sécurité, tout en laissant les milices chrétiennes, notamment les "Anti-balaka", armées et soutenues ! Après la chute de Djotodia, ces milices ont commis des atrocités dépassant l'entendement : meurtres, crémations, cannibalisme, destruction de mosquées et pillages. Même des rapports de l'ONU ont accusé la France de soutenir les milices chrétiennes contre des musulmans désarmés... Face à l'horreur, la nouvelle présidente a admis : « Les Anti-balaka ont perdu le sens de leur mission, ils sont aujourd'hui ceux qui tuent... Ils pensent que je suis faible parce que je suis une femme, mais désormais ceux qui veulent tuer seront traqués » (BBC, 12/02/2014). La radio a ajouté : « Des dizaines de milliers de musulmans ont fui vers le Cameroun et le Tchad... Amnesty International a qualifié la situation de nettoyage ethnique ». Pourtant, la présidente a rejeté ce terme, prétendant qu'il s'agissait d'un simple "problème de sécurité" !

5- L'Amérique a tenté de tirer profit des massacres français et de leurs agents pour renforcer les forces africaines afin qu'elles fassent contrepoids aux forces françaises. Cela vise à briser l'exclusivité française pour, à terme, la remplacer ou partager l'influence... Des voix se sont élevées pour accuser les forces françaises de complicité, réclamant des troupes africaines. Christopher Coons, président de la commission des affaires africaines au Congrès américain, a déclaré : « La commission a tenu une audition pour déterminer ce que les États-Unis peuvent faire pour soutenir les efforts multilatéraux afin que les forces de l'Union africaine aient la capacité nécessaire pour assurer la sécurité » (IIP Digital, 23/12/2013). Samantha Power et Linda Thomas-Greenfield se sont rendues à Bangui le 19/12/2013. Greenfield a déclaré : « Nous pensons qu'un mandat fort pour la mission de l'UA est nécessaire maintenant pour affronter les groupes armés et les désarmer ». En réponse, la France a cherché à renforcer les forces internationales avec des contingents européens. Le 14/02/2014, la présidence française a décidé d'envoyer 400 soldats supplémentaires, portant leur nombre à 2 000, et a appelé l'UE à accélérer le déploiement de l'EUFOR. L'Amérique, de son côté, a décidé de financer les forces africaines avec 40 millions de dollars en équipement et formation (IIP Digital, 06/12/2013). Il est clair que ces forces (environ 8 000 soldats), qu'elles soient africaines sous influence américaine ou françaises épaulées par l'Europe, ne sont pas là pour protéger la sécurité. Elles n'ont rien fait pour empêcher les massacres atroces contre les musulmans, alors que le pays est peu peuplé... Il s'agit d'une compétition pour l'influence entre la France et les États-Unis. Ainsi, le sang des musulmans qui coule et leur chair qui est dévorée sont devenus une arène où la France et l'Amérique dansent, les pieds plongés dans le sang des musulmans.

6- Par conséquent, l'Amérique œuvre à renforcer son influence via les forces africaines. Ban Ki-moon, aligné sur la politique américaine, a demandé au Conseil de sécurité de déployer rapidement 3 000 soldats supplémentaires (AFP, 20/02/2014). Il est évident qu'ils viendront des forces africaines... L'Amérique semble viser à terme un processus politique et des élections pour exploiter le sang des musulmans et partager l'influence avec la France. Il est probable que la France s'aligne sur cette solution politique pour ne pas tout perdre, car cette crise est plus dure pour elle que les précédentes.

7- En conclusion, le sang des musulmans est devenu un champ de bataille entre l'Amérique et la France pour l'influence... Peu leur importe que le sang coule à flots, que des vieillards, des enfants et des femmes soient torturés ou mangés vifs... Ce qui importe à ces nations infidèles colonisatrices, c'est de savoir qui finira par applaudir sur ces cadavres... Les infidèles colonisateurs forment une seule et même communauté (milla), ils ne respectent envers un croyant ni pacte ni alliance... C'est pourquoi les deux parties se concentrent sur le meurtre des musulmans, quels que soient leurs méthodes ou objectifs, tout en laissant les milices chrétiennes s'abreuver du sang des musulmans...

Le plus douloureux est que les musulmans n'ont personne pour les pleurer. Leur sang est versé avec horreur en Palestine, en Birmanie, au Cachemire, en Tchétchénie, au Tatarstan, en Syrie, et maintenant en Centrafrique... Les dirigeants des terres d'Islam servent les intérêts de l'Occident, regardant ces massacres comme s'ils se déroulaient sur une autre planète, alors qu'ils ne sont qu'à quelques pas de leurs frontières... Malheur à eux pour ce qu'ils font.

Enfin, les musulmans manquent de la protection (junnah) qui repousse les agresseurs, ils manquent du Calife qui est leur bouclier.

« وَإِنَّمَا الإِمَامُ جُنَّةٌ يُقَاتَلُ مِنْ وَرَائِهِ وَيُتَّقَى بِهِ »

"Certes, l’imam est un bouclier derrière lequel on combat et par lequel on se protège." (Rapporté par Al-Bukhari d'après Abu Hurayrah)...

﴿وَيَقُولُونَ مَتَى هُوَ قُلْ عَسَى أَنْ يَكُونَ قَرِيبًا﴾

"Et ils disent : 'Quand cela arrivera-t-il ?' Dis : 'Il se peut que ce soit proche.'" (QS. Al-Isra [17]: 51)

Share Article

Share this article with your network