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Questions & Réponses

Réponse à une question concernant les terres kharadjiyyah

September 01, 2011
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Question :

Il est mentionné dans l'Introduction de la Constitution - Deuxième partie, page 43, ligne 10, ce qui suit :

« Quant au mécréant, s'il possède une terre kharadjiyyah, il doit payer le Kharadj. S'il possède une terre 'ushriyyah, il doit payer le Kharadj et non la dîme ('Ushr), car la terre ne peut être exempte de fonction. Puisque le mécréant ne fait pas partie des gens redevables de la dîme, le Kharadj s'impose alors. »

Cette même idée a été formulée en d'autres termes dans le livre Al-Amwal (Les Biens), page 48, dans le dernier paragraphe qui se termine par : « ...et parce que la terre ne peut être exempte de fonction, qu'il s'agisse de la dîme ('Ushr) ou de l'impôt foncier (Kharadj). »

Cette expression « car la terre ne peut être exempte de fonction » est présentée comme une justification (ta'lil) pour l'imposition du Kharadj au mécréant qui possède une terre 'ushriyyah. Cependant, il n'a pas été précisé comment cette cause ('illah) a été déduite. Pour qu'une cause soit légale (shar'iyyah), elle doit figurer dans les textes juridiques, soit de manière explicite, soit par indication, déduction ou analogie (qiyas). Quelle est donc la preuve de cette cause ?

Si cette cause est établie, une autre question se pose : nous savons que la dîme ('Ushr) est une Zakat et qu'elle n'est obligatoire que pour le musulman, avec ses propres règles déterminant les biens sur lesquels elle est prélevée. Nous savons également qu'une terre 'ushriyyah appartenant à un musulman peut ne faire l'objet ni de dîme ni de Kharadj, notamment lorsqu'il y cultive des variétés de plantes pour lesquelles la Zakat n'est pas imposée, comme les cucurbitacées (concombres, etc.), les pêches, les olives et autres. Dans ce cas, la terre est exempte de fonction. Pouvons-nous alors dire que, puisque les concombres et les olives ne font pas partie des catégories soumises à la Zakat, le paiement du Kharadj devient obligatoire car la terre ne peut être exempte de fonction ?

Réponse :

Premièrement : La phrase « car la terre ne peut être exempte de fonction, qu'il s'agisse de la dîme ('Ushr) ou de l'impôt foncier (Kharadj) » n'est pas une justification (ta'lil), mais plutôt un exposé de la réalité des terres agricoles selon les preuves juridiques (adilla shar'iyyah). En effet, les preuves concernant les règles des terres agricoles n'ont laissé aucune terre sans qu'elle ne soit soit 'ushriyyah, soit kharadjiyyah.

Quant à la démonstration de cela, voici l'explication :

Les preuves relatives aux règles des terres agricoles citées dans la législation sont :

1- Des preuves générales pour toute terre, qui imposent au musulman la Zakat de la dîme ('Ushr) ou de la moitié de la dîme (1/20) :

فِيمَا سَقَتْ الأَنْهَارُ وَالْغَيْمُ الْعُشُورُ، وَفِيمَا سُقِيَ بِالسَّانِيَةِ نِصْفُ الْعُشْرِ

« Sur ce qui est irrigué par les rivières et la pluie, la dîme est due ; et sur ce qui est irrigué par traction animale (moyens artificiels), la moitié de la dîme est due. » (Rapporté par Al-Bukhari), ainsi que d'autres textes.

2- Après les conquêtes, une nouvelle problématique est apparue concernant les terres, qui ont été exclues du texte général pour être soumises au Kharadj :

قَضَى رَسُولُ اللهِ صلى الله عليه وسلم فِيمَنْ أَسْلَمَ مِنْ أَهْلِ البَحْرَيْنِ أَنَّهُ قَدْ أَحْرَزَ دَمَهُ وَمَالَهُ إِلاَّ أَرْضَهُ، فَإِنَّهَا فَيْءٌ لِلْمُسْلِمِينَ؛ لأَنَّهُمْ لَمْ يُسْلِمُوا وَهُمْ مُمْتَنِعُونَ

« Le Messager d'Allah (saw) a décrété, concernant ceux qui ont embrassé l'Islam parmi les habitants de Bahreïn, qu'ils avaient préservé leur sang et leurs biens, à l'exception de leurs terres, car elles sont un Fay' pour les musulmans, puisqu'ils ne s'étaient pas convertis alors qu'ils étaient en état de résistance. » (Rapporté par Abu 'Ubayd). Il y a aussi ce que 'Umar (ra) a décrété concernant les terres du Sawad (Irak) : « J'ai jugé bon de retenir les terres avec leurs occupants, et d'y imposer le Kharadj... », entre autres preuves.

3- Par conséquent, toute terre dans le territoire de l'Islam (Dar al-Islam) est soumise à la Zakat, à l'exception d'un type spécifique soumis au Kharadj.

4- Ainsi, la règle générale s'applique dans sa globalité : « toute terre dans le territoire de l'Islam appartenant à un musulman est soumise à la Zakat », et rien n'en sort excepté ce qui a été spécifié par un autre texte, à savoir « la terre kharadjiyyah ».

5- Tel est le statut des terres agricoles. Sans l'existence de textes sur la terre kharadjiyyah, la règle serait restée la Zakat de la terre incombant à son propriétaire musulman, conformément aux textes juridiques mentionnés.

6- C'est pourquoi la phrase n'est pas une justification (ta'lil). Son sens littéral (mantouq) n'indique pas la causalité, ni explicitement ni par indication, c'est-à-dire qu'elle ne contient aucun outil linguistique de causalité explicite ou implicite... De même, elle ne constitue pas une description explicative (wasf mufhim) qui distinguerait la terre selon qu'elle est 'ushriyyah ou kharadjiyyah. La terre reste la terre, c'est un terme figé (ism jamid). Une terre peut être 'ushriyyah tandis qu'une terre voisine est kharadjiyyah, sans qu'il n'y ait de différence entre elles, ni dans le sol, ni dans la culture...

La phrase n'est donc pas une justification du point de vue littéral, car il n'y a pas d'outils de causalité dans le texte, ni du point de vue du sens déduit (mafhoum), car elle n'est pas une description explicative liée à la règle...

En conclusion, la phrase n'est pas une justification, mais une description de la réalité des terres au regard des preuves juridiques qui s'y rapportent...

Deuxièmement : Concernant l'exemple que vous avez cité : « ...si la terre est cultivée avec des produits ne faisant pas partie des catégories de la Zakat... elle est alors exempte de fonction... ».

Vous avez mal interprété le sens du terme « fonction ». La terre ne cesse pas d'être 'ushriyyah si elle est plantée de pêchers... Si quelqu'un vous demandait : « Quelle est la catégorie de cette terre ? Est-elle 'ushriyyah ou kharadjiyyah ? »

Diriez-vous qu'elle n'est pas 'ushriyyah ? Au contraire, vous diriez nécessairement : « Sa catégorie est 'ushriyyah », vous ne diriez pas qu'elle est kharadjiyyah, ni qu'elle n'est ni l'une ni l'autre...

En revanche, si l'on vous demande si cette récolte est soumise à la Zakat, vous répondriez par la négative.

Le problème comporte donc deux aspects :

  1. La catégorie de la terre : elle est 'ushriyyah.
  2. La Zakat sur sa récolte : il n'y a pas de Zakat dessus.

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