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Questions & Réponses

Réponse à une question : Khilaf al-Awla (L’action moins préférable)

October 11, 2015
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(Série de réponses du savant éminent Ata Bin Khalil Abu Al-Rashtah, Émir du Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook « Fiqhi »)

Réponse à une question : Khilaf al-Awla (L'action moins préférable)

À Numan Abo Ali

Question :

Assalamou Alaikoum. Le fait que le Messager ﷺ agisse d'une manière contraire au préférable (Khilaf al-Awla) est-il considéré comme de l'Ijtihad ou s'agit-il d'autre chose ? Je vous prie de clarifier cela. Qu'Allah vous bénisse, guide vos pas et vous soutienne par Sa victoire.

Réponse :

Wa Alaikoum Assalam wa Rahmatullahi wa Barakatuh,

Il semble que dans votre question, vous fassiez référence à ce qui est mentionné dans le livre La Personnalité Islamique (Ash-Shakhsiyyah) Tome 1, à savoir qu'il n'est pas permis au Messager ﷺ de recourir à l'Ijtihad, mais qu'il lui est possible de faire ce qui est contraire au préférable (Khilaf al-Awla). Vous avez donc interrogé sur la différence entre l'Ijtihad et le Khilaf al-Awla.

Pour répondre à cette question, il est nécessaire de comprendre la réalité de l'Ijtihad et celle du Khilaf al-Awla.

Premièrement :

L'Ijtihad, linguistiquement, signifie le déploiement de l'effort maximal pour accomplir une chose impliquant peine et difficulté. Quant à la terminologie des savants des fondements (U soul), il s'agit spécifiquement de l'effort maximal fourni pour obtenir une présomption de connaissance (dhann) concernant un jugement légal (hukm shar'i), de telle sorte que l'on ressente en soi une incapacité à en faire davantage.

Cela signifie que le jugement légal sur une question donnée n'est pas connu du Moujtahid au préalable ; il fait donc un effort pour le découvrir. Il s'efforce de comprendre la réalité du problème, examine minutieusement les preuves textuelles (adilla shar'iyyah) s'y rapportant, déploie tout son sérieux dans leur étude, puis en déduit une opinion qu'il estime être, selon sa plus forte probabilité, le jugement légal de la question.

L'Ijtihad, en ce sens, n'est pas valable pour le Prophète ﷺ, en raison des versets explicites qui indiquent que tout ce que le Messager ﷺ transmet provient de la Révélation (al-Wahi) :

قُلْ إِنَّمَا أُنْذِرُكُمْ بِالْوَحْيِ

"Dis : « Je ne vous avertis que par la Révélation. »" (Sourate Al-Anbiya [21]: 45)

إِنْ أَتَّبِعُ إِلَّا مَا يُوحَى إِلَيَّ

"Je ne fais que suivre ce qui m'est révélé." (Sourate Al-An'am [6]: 50)

وَمَا يَنْطِقُ عَنِ الْهَوَى * إِنْ هُوَ إِلَّا وَحْيٌ يُوحَى

"Et il ne prononce rien sous l'effet de la passion ; ce n'est rien d'autre qu'une révélation inspirée." (Sourate An-Najm [53]: 3-4)

Cela signifie que le Messager ﷺ transmet les lois de la charia à partir de la Révélation et non à partir de son propre Ijtihad.

De plus, le Moujtahid est sujet à l'erreur : s'il voit juste, il a deux récompenses, et s'il se trompe, il en a une seule. Comme il est rapporté dans le hadith du Messager d'Allah ﷺ :

إِذَا حَكَمَ الْحَاكِمُ فَاجْتَهَدَ ثُمَّ أَصَابَ، فَلَهُ أَجْرَانِ، وَإِذَا حَكَمَ فَاجْتَهَدَ ثُمَّ أَخْطَأَ، فَلَهُ أَجْرٌ

"Quand le juge rend un jugement, fait un effort d'interprétation (Ijtihad) et tombe juste, il a deux récompenses ; et s'il juge, fait un effort d'interprétation et se trompe, il a une seule récompense." (Rapporté par Al-Bukhari et Muslim)

Or, le Messager ﷺ est infaillible (ma'soum) face à l'erreur dans la législation (Shara’). Par conséquent, l'Ijtihad ne lui est absolument pas permis. Car l'Ijtihad comporte le risque de l'erreur ou de la justesse, alors que tout ce que le Messager ﷺ communique comme jugements — par sa parole, son acte ou son silence approbateur — n'est rien d'autre qu'une révélation d'Allah le Très-Haut.

De surcroît, le Messager ﷺ attendait souvent la Révélation pour de nombreux jugements, malgré le besoin urgent de clarifier la loi d'Allah. Si l'Ijtihad lui avait été permis, il n'aurait pas retardé le jugement mais aurait fait un effort d'interprétation. Le fait qu'il attendait la descente de la Révélation prouve qu'il ne pratiquait pas l'Ijtihad et que cela ne lui était pas permis ; car si cela l'avait été, il n'aurait pas retardé une réponse alors que le besoin s'en faisait sentir.

En conséquence, tout ce qui est émané du Messager d'Allah ﷺ provient de la Révélation et non de son Ijtihad.

Deuxièmement :

Quant au Khilaf al-Awla (le contraire du préférable), cela signifie que le jugement légal est déjà connu et qu'il est de nature « autorisée » (Moubah), mais que certains actes sont plus appropriés que d'autres. Ou bien, que le jugement est « recommandé » (Mandoub), mais que certains de ses actes sont plus prioritaires que d'autres.

Par exemple, il est permis (Moubah) à une personne d'habiter en ville ou à la campagne. Cependant, vivre en ville est préférable (awla) pour celui qui s'occupe des affaires du pouvoir et de la reddition de comptes des gouvernants. S'il habite à la campagne, il a fait un acte contraire au préférable (Khilaf al-Awla).

Donner l'aumône secrètement ou publiquement est recommandé (Mandoub), mais la donner secrètement est préférable à la donner publiquement. S'il la donne ouvertement, il a agi de manière contraire au préférable (Khilaf al-Awla).

Dans ce sens du Khilaf al-Awla, il est possible pour le Messager ﷺ d'accomplir ce qui est moins préférable. Et il l'a effectivement fait, ce pour quoi Allah l'a réprimandé par Sa parole :

عَفَا اللَّهُ عَنْكَ لِمَ أَذِنْتَ لَهُمْ حَتَّى يَتَبَيَّنَ لَكَ الَّذِينَ صَدَقُوا وَتَعْلَمَ الْكَاذِبِينَ

"Qu'Allah te pardonne ! Pourquoi leur as-tu donné congé avant que ne se distinguent pour toi ceux qui disaient vrai et que tu ne reconnaisses les menteurs ?" (Sourate At-Tawbah [9]: 43)

Ce verset n'indique pas un Ijtihad, car le jugement stipulant qu'il était permis au Messager ﷺ d'autoriser qui il voulait à rester en arrière avait été révélé avant ce verset. Allah a dit dans la sourate An-Nur :

فَإِذَا اسْتَأْذَنُوكَ لِبَعْضِ شَأْنِهِمْ فَأْذَنْ لِمَنْ شِئْتَ مِنْهُمْ

"S'ils te demandent l'autorisation pour quelque affaire personnelle, donne-la à qui tu veux d'entre eux." (Sourate An-Nur [24]: 62)

Cette sourate (An-Nur) a été révélée après la sourate Al-Hashr lors de la bataille du Fossé (Al-Khandaq), alors que le verset « Qu'Allah te pardonne » se trouve dans la sourate At-Tawbah, révélée à propos de l'expédition de Tabouk en l'an 9 de l'Hégire. Ainsi, le jugement était déjà connu, et le verset de la sourate An-Nur indiquait explicitement qu'il était permis au Messager ﷺ de leur donner congé.

Cependant, dans cet incident précis de l'expédition de Tabouk et de la préparation de l'armée de la difficulté (Jaysh al-'Usrah), il était préférable que le Messager ﷺ n'accorde pas aux hypocrites la permission de rester en arrière. Lorsqu'il leur a donné congé dans ce cas particulier, Allah l'a réprimandé pour cet acte, c'est-à-dire pour avoir fait ce qui était contraire au préférable (Khilaf al-Awla). Ce verset n'est pas une correction d'un Ijtihad, ni la législation d'un nouveau jugement contredisant un jugement qu'aurait produit le Messager par Ijtihad pour cette même situation ; il s'agit seulement d'un reproche pour avoir choisi l'option la moins préférable.

Troisièmement :

En conclusion, il n'est pas permis au Messager ﷺ d'être un Moujtahid. Il ne reçoit que la Révélation d'Allah le Très-Haut. Cette Révélation s'exprime soit par le mot et le sens, et c'est le Noble Coran, soit par le sens uniquement, que le Messager ﷺ exprime alors soit par ses propres mots, soit par son silence (valant approbation), soit par ses actes, et tout cela constitue la Sunna.

Ainsi apparaît la différence entre l'Ijtihad et le Khilaf al-Awla. L'Ijtihad n'est pas permis au Messager ﷺ car il est infaillible, mais le Khilaf al-Awla lui est possible car agir de manière moins préférable n'est pas une faute ou une erreur.

Votre frère, Ata Bin Khalil Abu Al-Rashtah

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