Série de réponses du savant éminent Ata bin Khalil Abu al-Rashtah, Émir du Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook « Fikri »
À Umm Salum
Question :
Notre Sheikh et Émir, savant éminent, qu'Allah vous préserve, vous garde, vous accorde santé et bien-être, et qu'Il accorde par vos mains la victoire et l'affermissement,
La question : Nous avons dit dans le livre Le Système de l'Islam, dans le sujet sur « La Voie de la Foi » que : « l'Essence d'Allah est au-delà de l'univers, de l'homme et de la vie ». Quel est le sens de ce propos ?! Allah, Gloire à Lui, a-t-Il une Essence (Dhat), et quel est le sens du mot « Essence » (Dhat) ? Quel est le jugement concernant celui qui nie son existence et se contente de dire : « Je crois en Allah et en Ses attributs », sans croire qu'Il a une Essence ?
Umm Salma al-Amiri – Yémen
Réponse :
Que la paix, la miséricorde et les bénédictions d'Allah soient sur vous,
Tout d'abord, qu'Allah vous bénisse pour votre aimable invocation à notre égard, et nous invoquons le bien pour vous. Voici la réponse :
Je cite à nouveau le texte dont est tirée la phrase faisant l'objet de la question, provenant du livre Le Système de l'Islam (p. 10) :
« Bien que l’homme soit dans l’obligation d’utiliser sa raison pour parvenir à la foi en Allah le Très-Haut, il ne peut cependant percevoir ce qui est au-dessus de ses sens et de sa raison. Cela s’explique par le fait que la raison humaine est limitée ; sa force, quels que soient son élévation et son développement, est confinée à des limites qu’elle ne peut franchir. Par conséquent, sa perception est limitée. C'est pourquoi la raison est nécessairement incapable de percevoir l'Essence d'Allah et ne peut saisir Sa réalité, car Allah est au-delà de l'univers, de l'homme et de la vie. La raison chez l'homme ne peut percevoir la réalité de ce qui est au-delà de l'univers, de l'homme et de la vie, et c'est pour cela qu'elle est incapable de percevoir l'Essence d'Allah. On ne dira pas ici : comment l’homme a-t-il pu croire rationnellement en Allah alors que sa raison est incapable de percevoir l'Essence d'Allah ? Car la foi est une foi en l'existence d'Allah, et Son existence est perçue à travers l'existence de Ses créatures, à savoir l'univers, l'homme et la vie. Ces créatures entrent dans les limites de ce qu'il peut percevoir ; il les a donc perçues, et à travers cette perception, il a perçu l'existence de leur Créateur, qui est Allah le Très-Haut. C'est pourquoi la foi en l'existence d'Allah est rationnelle et se situe dans les limites de la raison, contrairement à la perception de l'Essence d'Allah qui est impossible, car Son Essence est au-delà de l'univers, de l'homme et de la vie, elle est donc au-delà de la raison. La raison ne peut percevoir la réalité de ce qui est au-delà d'elle à cause de son incapacité à une telle perception. Cette incapacité elle-même doit être l'un des renforts de la foi... »
Pour clarifier le sens de « l'Essence d'Allah » (Dhat Allah), je vais t’expliquer, avant de répondre, comment le sens d’un terme est compris :
Premièrement : Pour connaître le sens d'un terme, on recourt au sens linguistique, c'est-à-dire à la réalité (Haqiqah) linguistique, puis coutumière (qu'elle soit générale chez les Arabes ou spécifique – la terminologie). Si la réalité est impossible à établir, on recourt alors au sens figuré (Majaz)... En examinant ces sens pour le mot Dhat, il apparaît ce qui suit :
1- Le sens linguistique :
a- Il est rapporté dans Mukhtar al-Sahah (p. 109) de son auteur Muhammad bin Abi Bakr bin Abdul Qadir al-Razi (mort en 660 AH) : [ذُو بمعنى صَاحب فلا يكون إلا مُضَافاً فإن وَصَفْتَ به نَكِرة أَضَفْتَه إلى نَكِرة وإن وَصَفْتَ به مَعْرِفَةً أضَفْتَه إلى الألف واللام. ولا يجوز إضافَتُه إلى مُضْمَر ولا إلى زَيْدٍ ونحوه. تقول مررت برَجُلٍ ذِي مالٍ وبامْرَأةٍ ذاتِ مالٍ وبرَجُلَين ذَوَيْ مالٍ بفتح الواو. قال الله تعالى:
أَشْهِدُوا ذَوَيْ عَدْلٍ مِنْكُمْ
"Et faites porter témoignage par deux hommes de justice parmi vous." (Sourate At-Talaq [65]:2)
... Quant à leur expression ذَاتَ مَرّةٍ et ذَا صَبَاح, c'est un adverbe de temps...] Ainsi, le mot Dhat dans la langue ne s'ajoute pas aux noms propres ; on ne dit pas Dhat Zayd par exemple. Cependant, on peut dire Dhu Zayd, ce qui signifie « ceci est Zayd », comme mentionné dans Lisan al-Arab : [(Sa parole "l'annexion à lui est ذوّيّ" ainsi dans l'original et l'expression de al-Sahah : et si tu t'y affiliais tu dirais ذوويّ comme عصوي...) et Ahmad bin Ibrahim, le professeur de Tha'lab, a rapporté des Arabes : هذا ذو زَيْدٍ et son sens est : ceci est Zayd, c'est-à-dire celui qui porte ce nom qui est Zayd...]
b- Le terme Dhat peut signifier « à cause de » ou « pour » : il est mentionné dans Fath al-Bari, explication du Sahih al-Bukhari : [...Al-Bayhaqi a titré dans Les Noms et les Attributs ce qui a été rapporté concernant la Dhat... et le hadith d'Abu al-Darda : « Tu ne comprendras pas toute la jurisprudence tant que tu ne détesteras pas les gens pour l'amour d'Allah (fi Dhat Allah) », ses rapporteurs sont dignes de confiance bien qu'il soit interrompu. Le terme Dhat dans les hadiths mentionnés signifie « à cause de » ou « au nom de ». De même, la parole de Hassan : « Et certes le frère des Ahqaf lorsqu'il se leva parmi eux, luttant pour la cause d'Allah (fi Dhat al-Ilah) et agissant avec équité »...] Ainsi, dans la parole de Hassan, cela signifie « pour Allah » ou « à cause d'Allah ».
c- Il peut signifier « direction » ou « côté », comme dans les exégèses :
- L'exégèse de al-Tabari (mort en 310 AH) dans son livre Jami' al-Bayan :
وَنُقَلِّبُهُمْ ذَاتَ الْيَمِينِ وَذَاتَ الشِّمَالِ
"Et Nous les tournions sur le côté droit et sur le côté gauche." (Sourate Al-Kahf [18]:18)
[Le Très-Haut dit : Et Nous tournions ces jeunes gens dans leur sommeil, tantôt sur le côté droit, tantôt sur le côté gauche...]
- Le livre : Al-Tahrir wa al-Tanwir par Muhammad al-Tahir bin Ashur al-Tunisi (mort en 1393 AH) :
[...Il est apparu dans leur langage annexé aux directions, aux temps et à d'autres, le traitant comme un attribut pour un qualifié indiqué par le contexte, comme la parole du Très-Haut : « Et Nous les tournions sur le côté droit et sur le côté gauche » dans la sourate Al-Kahf [18], selon l'interprétation de la direction...]
d- Il peut signifier « l'obéissance à Allah » : Al-Hakim a rapporté dans Al-Mustadrak d'après Abu Sa'id al-Khudri (qu'Allah l'agrée) : Les gens se sont plaints de Ali bin Abi Talib auprès du Messager d'Allah ﷺ. Il s'est alors levé parmi nous pour faire un discours et je l'ai entendu dire : « Ô gens, ne vous plaignez pas de Ali, car par Allah, il est certes rude dans l'obéissance à Allah (fi Dhat Allah) et dans Son sentier ». Ce hadith a une chaîne de transmission authentique... Commentaire de Al-Hafiz al-Dhahabi dans Al-Talkhis : Authentique.
Il est clair, d'après les sens linguistiques, qu'ils ne s'appliquent pas aux passages mentionnés dans le texte du Système de l'Islam cité dans la question, et la réalité coutumière chez les Arabes pour ce mot ne s'en éloigne guère. Dès lors, on recourt à la réalité coutumière spécifique : « la terminologie » (al-Istilah)...
2- Le sens terminologique : En méditant sur cette question, il apparaît que c'est le sens terminologique qui s'applique ici. Le mot « Essence » (Dhat), terminologiquement, signifie le Soi ou la « Réalité » :
a- Al-Bukhari l'a utilisé dans ce sens... Il a consacré un chapitre dans son Sahih intitulé : « Chapitre sur ce qui est mentionné concernant l'Essence (Dhat), les qualificatifs et les noms d'Allah... ». Voici ce qui a été rapporté à ce sujet dans Fath al-Bari par Ibn Hajar :
[Fath al-Bari (Sa parole : Chapitre sur ce qui est mentionné concernant l'Essence, les qualificatifs et les noms d'Allah le Puissant et Majestueux), c'est-à-dire ce qui est mentionné au sujet de l'Essence d'Allah et de Ses qualificatifs quant à la permission d'employer cela comme Ses noms, ou son interdiction par absence de texte. Quant à l'Essence (Dhat), Al-Raghib a dit : (C'est le féminin de Dhu, c'est un mot par lequel on parvient à la description par les noms de genres et d'espèces, il est annexé au nom apparent et non au pronom, il se décline au duel et au pluriel et rien de cela n'est utilisé sauf en étant annexé. Ils ont emprunté le terme Dhat pour désigner la substance même de la chose, et ils l'ont utilisé seul ou annexé, y ont introduit l'article défini et l'ont traité à la manière du "Soi" (an-Nafs) et du "Propre", et cela ne fait pas partie du langage des Arabes) Fin de citation.
Et 'Iyad a dit : (L'Essence de la chose est son Soi et sa réalité. Les gens du Kalam (théologie) ont utilisé al-Dhat avec l'article défini, et la plupart des grammairiens les ont critiqués, tandis que certains l'ont autorisé car il vient avec le sens du "Soi" et de la réalité de la chose... L'utilisation qu'en fait al-Bukhari prouve ce qui a été dit précédemment, à savoir que ce qui est visé est le Soi de la chose, suivant la méthode des théologiens concernant le droit d'Allah le Très-Haut...)]
b- Pour information, ce que Ibn Hajar a mentionné des paroles des juristes ci-dessus (Al-Raghib, 'Iyad) est ce qui figure dans leurs livres de la manière suivante :
- (Al-Mufradat fi Gharib al-Qur'an) par Abu al-Qasim al-Hussein bin Muhammad, connu sous le nom de Al-Raghib al-Asfahani (mort en 502 AH) :
[(Dhu a deux aspects : L'un par lequel on parvient à la description par les noms de genres et d'espèces... Les maîtres du sens ont emprunté le terme al-Dhat, en en faisant une expression désignant la substance même de la chose, qu'elle soit essence ou accident, et ils l'ont utilisé seul ou annexé au pronom avec l'article défini, et l'ont traité à la manière du "Soi" et du "Propre", ils ont dit : son essence (dhatuhu), son soi (nafsuhu) et son propre (khassatuhu), et cela ne fait pas partie du langage des Arabes... Le second aspect du mot Dhu : un dialecte de Tayy...]
- (Mashariq al-Anwar 'ala Sahah al-Athar) par le Cadi Abu al-Fadl 'Iyad bin Musa (mort en 544 AH) : [...et la parole de al-Bukhari « Chapitre sur ce qui a été rapporté concernant l'Essence »... L'Essence de la chose est son Soi, et cela revient à ce qui a précédé... Les juristes et les théologiens ont utilisé al-Dhat avec l'article défini... et ont dit qu'elle est une métaphore du "Soi" et de la réalité de la chose... Quant à l'utilisation qu'en fait al-Bukhari, elle est conforme à l'explication précédente, à savoir que ce qui est visé est la chose elle-même selon l'usage des théologiens concernant le droit d'Allah le Très-Haut. Ne vois-tu pas comment il a dit « ce qui a été rapporté concernant l'Essence et les qualificatifs », voulant dire les Attributs, distinguant ainsi entre les deux termes selon la méthode des théologiens...] Fin de citation.
Deuxièmement : De ce qui précède, il ressort que le mot « Essence » (Dhat) dans la terminologie signifie le Soi (an-Nafs). Ce sens ne relève pas de la réalité linguistique, c'est-à-dire qu'il ne fait pas partie du langage originel des Arabes comme mentionné par Al-Raghib, mais il relève de la réalité coutumière spécifique (la terminologie). C'est-à-dire que l'Essence au sens du "Soi" est un terme technique et non au sens linguistique. Or, l'attribution du "Soi" (an-Nafs) à Allah le Très-Haut est attestée :
- Il est mentionné dans l'exégèse de al-Tabari concernant le verset :
وَيُحَذِّرُكُمُ اللَّهُ نَفْسَهُ
"Allah vous met en garde à l'égard de Lui-même." (Sourate Al-Imran [3]:28)
Qu'il signifie : (Allah vous fait peur de Lui-même, afin que vous ne commettiez pas d'actes de désobéissance envers Lui). Puisque l'attribution du "Soi" (an-Nafs) à Allah est mentionnée dans les textes législatifs, l'utilisation de « l'Essence d'Allah » (Dhat Allah)...
au sens de (Soi d'Allah) est autorisée.
Ainsi, le sens linguistique ne s'applique pas au sens de « l'Essence d'Allah » figurant dans le texte cité plus haut dans notre livre Le Système de l'Islam, mais on utilise le sens terminologique... c'est-à-dire au sens de Soi ou « Réalité », comme mentionné dans Fath al-Bari cité précédemment.
Par conséquent, le sens de l'expression « l'Essence d'Allah » dans les deux passages de notre livre Le Système de l'Islam est le sens terminologique (le Soi d'Allah, « Sa réalité »). Nous ne percevons pas l'Essence d'Allah au sens de Son Soi, « Sa réalité » Gloire à Lui. L'Essence d'Allah dans ce sens est au-delà de l'univers, de l'homme et de la vie ; c'est-à-dire qu'Allah (Lui-même), Gloire à Lui, est extérieur à ces trois choses perceptibles et sensibles. Il ne relève donc pas du domaine de la réflexion intellectuelle humaine, c'est-à-dire qu'Il ne tombe pas sous la perception de nos sens :
لَّا تُدْرِكُهُ الأَبْصَارُ وَهُوَ يُدْرِكُ الأَبْصَارَ وَهُوَ اللَّطِيفُ الْخَبِيرُ
"Les regards ne peuvent l'atteindre, cependant qu'Il saisit tous les regards. Et Il est le Doux, le Parfaitement Connaisseur." (Sourate Al-An'am [6]:103)
Troisièmement : Quant à ta question : « Quel est le jugement concernant celui qui nie son existence et se contente de dire : Je crois en Allah et en Ses attributs, sans croire qu'Il a une Essence », il semble qu'il y ait une confusion chez celui qui tient ces propos. En effet, l'usage terminologique du mot « Essence d'Allah » au sens de Son Soi et de « Sa réalité » ne pose aucun problème. Nier qu'Il ait, Gloire à Lui, une Essence dans ce sens — c'est-à-dire qu'Il ait un Soi et une Réalité — ne peut être dit par quelqu'un qui comprend le sens correctement, d'autant plus que ce sens existe dans les textes législatifs comme : « Allah vous met en garde à l'égard de Lui-même » (Nafsahu)...
Cependant, lors des définitions législatives (char'i), on s'en tient à la définition sans y introduire d'autres éléments. Par exemple, le hadith du Messager ﷺ rapporté par al-Bukhari d'après Abu Hurayrah : « Le Prophète ﷺ était un jour dehors devant les gens quand Jibril vint à lui et dit : Qu'est-ce que la foi ? Il répondit : « La foi consiste à croire en Allah, en Ses anges, en Ses livres, en Sa rencontre, en Ses messagers, et à croire en la Résurrection... » (Rapporté également par Muslim).
En conséquence, si l'on t'interroge sur la foi, tu réponds par ce qui est mentionné dans le hadith. Il en va de même pour les sens législatifs comme le discours sur l'Islam dans le hadith de Jibril précédent, ainsi que sur l'Excellence (al-Ihsan). Il en est de même pour toutes les définitions législatives.
J'espère que cette réponse est suffisante. Allah est le plus Savant et le plus Sage.
Votre frère Ata bin Khalil Abu al-Rashtah
04 Rajab al-Khayr 1443 AH Correspondant au 05/02/2022
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