Question :
Au regard du déroulement des événements, les faits me semblent confus et ambigus :
Nous savons que l'influence réelle en Égypte appartient aux États-Unis. Comment se fait-il alors que l'Arabie Saoudite, les Émirats et le Koweït soutiennent financièrement le nouveau régime en Égypte, alors que ces pays sont sous influence britannique ?
De plus, les Émirats ont soutenu la France au Mali et ont envoyé un soutien financier au Mali, alors que l'influence réelle là-bas n'est pas britannique ?
De même, nous voyons des positions médiatiques opposées entre la chaîne Al-Arabiya aux Émirats et la chaîne Al-Jazeera au Qatar, bien que les Émirats et le Qatar soient des agents des Anglais. À ce propos, le récent changement au Qatar affecte-t-il la politique britannique dans ce pays ?
Nous remarquons également que les hommes de l'Arabie Saoudite au sein de la Coalition, comme Al-Jarba, semblent avoir un rôle actif contrairement aux hommes du Qatar. La faiblesse a-t-elle commencé à gagner les hommes du Qatar dans les événements actuels en Syrie, tandis que l'influence des hommes de l'Arabie Saoudite s'est renforcée ?
Enfin, l'abandon de Morsi par les États-Unis signifie-t-il qu'ils ont renoncé à l'idée de faciliter l'accession de ce qu'ils appellent « l’islam modéré » au pouvoir ?
Je vous prie de bien vouloir me « supporter » pour cette longue question, et que Dieu vous récompense par le bien. Je m'excuse par avance pour sa longueur et sa multiplicité, mais nous connaissons la patience de notre Émir ainsi que l'étendue de sa science. Peut-être trouverons-nous chez lui ce qui dissipera notre confusion.
Réponse :
Ceci, mon frère, n'est pas une question mais un « tas » de questions ! Quoi qu'il en soit, voici la réponse de manière concise mais complète, si Dieu le veut :
Il existe des lignes directrices concernant la politique britannique qui t'aideront à comprendre ce qui se passe :
Actuellement, la Grande-Bretagne n'ose pas s'opposer ouvertement aux États-Unis. Au contraire, elle apparaît comme étant dans leur camp, mais elle perturbe et entrave secrètement la politique américaine par l'intermédiaire de ses agents, après avoir élaboré des plans d'action pour apparaître sous une forme trompeuse...
La plupart des rôles que la Grande-Bretagne confie à ses agents consistent à paraître, comme elle, dans la direction suivie par les États-Unis sans entrer en collision avec eux. Par exemple, celui qui n'est pas politiquement averti pourrait penser que les relations de la Jordanie avec les États-Unis placent ce pays dans le camp américain, alors qu'il est un pilier fondamental pour la Grande-Bretagne. Il en va de même pour les Émirats et d'autres agents... Cependant, la Grande-Bretagne laisse certains de ses agents, comme le Qatar, s'opposer frontalement aux États-Unis, ce qui est un rôle différent de celui d'autres agents. En d'autres termes, ses agents ont des rôles divers : la plupart sourient aux États-Unis et leur témoignent de l'amitié tout en les gênant derrière le rideau, à la manière de la Grande-Bretagne, maîtresse de ces agents. Un petit nombre d'entre eux a pour rôle de causer des désagréments plus explicites aux États-Unis.
La Grande-Bretagne s'accorde avec la France pour contrer la politique américaine dans le cadre de la politique européenne, particulièrement entre la Grande-Bretagne et la France. La différence est que la Grande-Bretagne agit avec ruse, finesse et une voix douce et trompeuse envers les États-Unis, tandis que la France agit avec une voix forte et bruyante... Souvent, la Grande-Bretagne exécute sa politique derrière la France ! Le célèbre proverbe dit : « La Grande-Bretagne se bat jusqu'au dernier soldat français ». Même si cela appartenait aux époques révolues, il en reste encore des traces, bien qu'à un degré moindre.
Bien que le pouvoir en Arabie Saoudite soit dirigé par le roi Abdallah, qui fait partie des partisans de la Grande-Bretagne, les États-Unis exercent une influence sur certains autres princes, et cette influence offre une porte d'entrée à leur politique.
À la lumière de cela, la réponse à tes questions peut s'éclaircir :
a- En ce qui concerne le Qatar, l'ancien Émir du Qatar et son ministre des Affaires étrangères avaient réussi à faire du Qatar un centre névralgique pour la Grande-Bretagne dans le Golfe. Il a commencé à intervenir dans plusieurs pays par deux moyens influents : les médias (Al-Jazeera) et l'argent (le pétrole)... Ses mouvements ont efficacement perturbé la politique américaine en Syrie, en Palestine, et même en Égypte et ailleurs... Le mécontentement des États-Unis n'échappait pas à la Grande-Bretagne. Et parce que la Grande-Bretagne essaie de ne pas paraître gênante pour les États-Unis, elle a accepté le changement de cet Émir. Mais le remplaçant n'était pas loin de lui, c'était son fils. Cela signifie que la politique britannique n'a pas changé, mais ce fils a besoin de temps pour devenir aussi influent que son père dans l'agacement des États-Unis. La Grande-Bretagne a ainsi apaisé le mécontentement américain... En somme, ce qui s'est passé est une méthode britannique pour satisfaire les États-Unis sur la forme, mais pas sur le fond !
b- Le rôle du Qatar a légèrement diminué avec ce changement car les nouveaux hommes au pouvoir ont moins d'expérience dans les actions politiques influentes que les précédents. Cependant, le Qatar reste dans le giron de la politique britannique, agissant avec ruse et finesse, mais avec un rôle dont l'efficacité déclarée est moindre qu'auparavant. Par conséquent, ses hommes en Syrie sont devenus moins actifs qu'autrefois.
c- Quant aux hommes de l'Arabie Saoudite, ils sont plus actifs et plus acceptables pour les États-Unis et la Grande-Bretagne, car l'allégeance du Roi va à la Grande-Bretagne et parce que les États-Unis travaillent activement avec certains princes de la famille royale. Quant à Al-Jarba, bien qu'il soit proche de l'Arabie Saoudite, il s'inscrit dans la politique américaine et ne peut déroger à la volonté des États-Unis, quel que soit le soutien que l'Arabie Saoudite lui apporte. La Coalition dans son ensemble est une création américaine, et nul ne peut en assumer la présidence sans être soumis aux États-Unis.
d- Concernant le Mali et les aides financières des Émirats... Tu sais que les États-Unis étaient derrière le premier changement au Mali survenu le 22/03/2012, ce qui fut un coup dur pour la France. La France a travaillé d'arrache-pied pour restaurer son influence. La Grande-Bretagne sait qu'elle n'a pas d'influence au Mali, celle-ci appartenant à la France que les États-Unis concurrencent. Naturellement, la Grande-Bretagne soutient la France si le conflit se limite aux États-Unis et à la France. Les aides financières des Émirats au régime malien pro-français s'inscrivent dans le cadre du soutien de la Grande-Bretagne à la France.
e- Quant à l'explication de la position britannique sur ce qui s'est passé en Égypte (visites de la délégation des Émirats, du roi de Jordanie, et soutien financier des agents de la Grande-Bretagne à l'Égypte), elle ne sort pas des lignes directrices mentionnées plus haut. La confusion venant de la différence entre le rôle des Émirats et celui du Qatar relève d'une répartition des rôles selon la politique britannique : l'un se rapproche et l'autre s'éloigne en attendant les résultats des événements en Égypte... L'accueil par les Émirats des hommes du régime de Moubarak ne sort pas non plus de ces lignes directrices ; anticiper le retour des hommes de Moubarak constituerait une porte d'entrée, même étroite, pour la politique britannique via les Émirats, ne serait-ce que par gratitude.
f- Quant à savoir si l'abandon de Morsi par les États-Unis signifie qu'ils ont renoncé à faciliter le retour de ceux qu'ils appellent les « islamistes modérés » au pouvoir, la question n'est pas celle de l'abandon ou non, mais celle de la réalisation de la stabilité pour l'influence américaine en Égypte. L'influence américaine en Égypte est solidement ancrée dans la majeure partie de la classe politique depuis des décennies. Les États-Unis veillent à ce que l'Égypte reste un centre de stabilité pour leur influence. Cette stabilité n'est pas recherchée pour les beaux yeux de l'Égypte, mais pour que les États-Unis puissent en faire une base sûre pour leur influence et leurs projets... Lorsque les mouvements populaires du 25/01/2011 les ont surpris et que Moubarak n'a pas pu gérer ces mouvements ni rétablir la stabilité pour que l'Égypte reste un environnement propice aux intérêts américains, ils l'ont mis de côté et ont surfé sur la vague des mouvements populaires. Puis ils ont amené Morsi après qu'il leur a garanti l'exécution de leurs projets, particulièrement le traité de Camp David avec l'entité juive, et ils l'ont ensuite soutenu... Ils s'attendaient à ce qu'il instaure la stabilité, étant donné que les Frères sont le parti du président et le plus grand parti organisé après la dissolution du Parti National. Ils s'attendaient à ce qu'ils travaillent à stabiliser la situation comme l'avait fait le Parti National avec le président déchu... Mais Morsi n'a pas pu le faire, alors ils l'ont abandonné... Ils étaient derrière le nouveau pouvoir du 03/07/2013 et l'ont soutenu...
Par conséquent, l'abandon par les États-Unis des partisans de « l’islam modéré » en Égypte était dû à une raison extérieure à la politique américaine de ces dernières années consistant à faciliter l'accès au pouvoir de ceux qu'ils appellent « islamistes modérés ». Les États-Unis ont adopté cette politique pour faire d'une pierre deux coups, comme on dit :
Premièrement : Tromper la masse des musulmans qui aspirent au gouvernement de l'Islam... Bien que les « islamistes modérés » proclament la démocratie et la république et prêtent serment sur celles-ci, le fait qu'ils soient qualifiés d'« islamistes » flatte les sentiments des musulmans ordinaires qui pensent que l'arrivée de ces islamistes amènera l'Islam au pouvoir. Dès lors, leur détermination à œuvrer correctement pour instaurer le gouvernement par l'Islam, c'est-à-dire le système du Califat, s'affaiblit... Et affaiblir la détermination des musulmans à travailler pour le Califat est ce que les États-Unis recherchent, car le Califat hante leurs nuits...
Deuxièmement : Assurer la stabilité de leur influence en exploitant les sentiments religieux des gens par le biais des islamistes... Cependant, s'ils ne parviennent pas à assurer cette stabilité, les États-Unis les abandonnent, comme ils l'ont fait avec Morsi, et en soutiennent d'autres, d'autant plus qu'ils ne manquent pas d'hommes politiques agents qu'ils ont formés en Égypte durant toutes ces longues années !
g- Les gens d'Al-Kinana (l'Égypte) doivent prendre conscience de cela : les États-Unis sont restés les détenteurs de l'influence réelle sous l'ère du déchu Moubarak, sous l'ère de l'évincé Morsi, et sous l'ère du régime actuel. Ils sont la racine du mal et la source du fléau. Il est du devoir de chaque musulman qui croit en Allah et en Son Messager de travailler avec sérieux et acharnement pour extirper l'influence américaine, écarter ses agents, et restaurer le gouvernement de l'Islam, le Califat Rachidah, sur la terre d'Al-Kinana, afin qu'elle redevienne le centre des pays musulmans, qu'elle anéantisse les ennemis de l'Islam et des musulmans, qu'elle mette fin à l'entité juive et qu'elle rende la Terre Sainte à l'Islam et aux musulmans, comme elle l'a fait en éliminant les Croisés et les Tatars.
وَمَا ذَلِكَ عَلَى اللَّهِ بِعَزِيزٍ
« Et cela n’est point difficile pour Allah. » (Sourate Ibrahim [14]: 20)