Série de réponses de l'éminent savant Ata Bin Khalil Abu al-Rashta, Émir du Hizb ut-Tahrir, aux questions des visiteurs de sa page Facebook « Fiqhi »
Réponse à une question À Pipit Meidawati et Fatime Sulimanova
Question de Pipit Meidawati :
Assalamu'alaikum wa rahmatullahi wa baarakaatuh.
Je prie pour qu'Allah vous protège et vous aide toujours. La'ala Allahu yusahhil umuuraka.
J'aimerait poser une question sur le tabarruj. Comment le définir et l'appliquer ? Ce que je sais, c'est que le tabarruj signifie révéler ses charmes devant un homme étranger, puis les attirer à regarder, voire à nous fixer. Cela dépend aussi des habitudes, des traditions ou de l'urf.
Je vis en Indonésie, et nous débattons de l'application du tabarruj. En effet, le mode de vie occidental a influencé notre façon de nous habiller et de nous maquiller. Les femmes utilisent des produits cosmétiques tels que la poudre pour le visage, le rouge à lèvres, le fard à paupières, etc. Parfois, c'est juste un maquillage naturel ou quotidien. Elles travaillent, étudient à l'université, assistent aux majelis ta'lim, se rendent visite, etc., avec ce genre de maquillage. Parfois, elles veulent révéler leurs charmes plus que d'habitude lors de certaines occasions comme un jour de mariage, ou en assistant à une cérémonie de mariage ; elles n'appliquent pas de maquillage quotidien, mais un maquillage plus attrayant, prononcé ou glamour. Certaines femmes travaillent comme animatrices, célébrités ou chanteuses, et elles s'habillent et se maquillent de manière très, très prononcée.
Devons-nous abandonner tous ces cosmétiques parce qu'ils sont issus du mode de vie occidental ? N'avons-nous pas le droit d'appliquer quoi que ce soit sur notre visage, ou est-ce acceptable si nous appliquons seulement un maquillage quotidien/naturel ?
Parallèlement, certaines femmes appliquent de l'itsmid (khôl persan) sur leurs yeux, parce que le Messager d'Allah ﷺ l'a ordonné et l'a fait lui-même. Mais elles sont minoritaires et attirent parfois l'attention de l'entourage.
J'espère que vous, Cheikh Ata Abu al-Rashta, accepterez de m'expliquer l'application du tabarruj.
Merci beaucoup par avance, jazakallahu khairan katsiran.
Wassalamu'alaikum wa rahmatullahi wa baarakaatuh.
Pipit Meidawati, d'Indonésie.
Question de Fatime Sulimanova :
Assalamu'alaikum wa rahmatullahi wa barakatuh. Cher Cheikh, j'ai une question pour vous : si les femmes vont dans des lieux publics et se maquillent le visage, tombent-elles sous le terme de tabarruj ? Quel est le terme pour la féminité dans la Charia ?
Réponse :
Wa Alaikum Assalam wa Rahmatullahi wa Barakatuh,
Puisque les deux questions portent sur le même sujet, nous y répondrons conjointement.
Nous avons déjà publié des réponses concernant le sujet du tabarruj. Je cite l'une de ces réponses datant du 09/10/2016, qui devrait être suffisante, si Allah le veut :
(Avant d'entrer dans les détails de vos questions, je mentionne quelques points sur ce sujet, détaillés dans le livre "Le Système Social en Islam" au chapitre "Le regard porté sur la femme", dont voici les grandes lignes :
La sortie de la femme dans la vie publique doit se faire avec le vêtement légiféré comprenant : le jilbab, la couverture de la ‘awrah et l'absence de tabarruj.
La ‘awrah est l'ensemble du corps de la femme à l'exception du visage et des mains. Le fait que la femme dévoile sa ‘awrah est interdit, et l'argument de "ne pas attirer l'attention" n'intervient pas ici ; c'est-à-dire que, qu'elle attire l'attention ou non, dévoiler sa ‘awrah est interdit.
Le tabarruj dans la langue est le fait pour la femme de montrer sa parure et ses charmes aux hommes. Il est dit dans Lisan al-Arab : « Le tabarruj : c'est l'exhibition de la parure aux personnes étrangères (non-mahram), et cela est blâmable ; quant au mari, ce ne l'est pas... » Il est dit dans Al-Qamous al-Mouhit : « Elle s'est faite mutabarrija : elle a montré sa parure aux hommes... » Il est dit dans Mukhtar al-Sihah : « Le tabarruj est l'exhibition par la femme de sa parure et de ses charmes aux hommes... » Il est dit dans Maqayis al-Lugha : « Baraja : les lettres Ba, Ra et Jim ont deux racines, l'une d'elles signifie l'émergence et l'apparition... et de là vient le tabarruj, qui est l'exhibition par la femme de ses charmes. » On comprend du mot « exhibition » et des mots « émergence et apparition » que la parure doit être frappante, comme si elle se manifestait aux hommes. Le sens légiféré (charai) ne diffère pas de cela, car Allah le Très-Haut a dit :
وَلَا يَضْرِبْنَ بِأَرْجُلِهِنَّ لِيُعْلَمَ مَا يُخْفِينَ مِنْ زِينَتِهِنَّ
« Qu'elles ne frappent pas le sol de leurs pieds de façon que l'on sache ce qu'elles cachent de leurs parures. » (Sourate An-Nur [24]: 31)
Ainsi, la femme ne doit pas frapper ses pieds violemment sur le sol en marchant pour que le son des bracelets de cheville se fasse entendre, informant ainsi l'homme que la femme porte une parure sur sa jambe sous ses vêtements. Tout cela signifie que le tabarruj, linguistiquement et légalement, est la parure qui attire l'attention, et non la simple parure.
Ainsi, le tabarruj est la parure qui attire l'attention sans que la ‘awrah ne soit dévoilée. Quant au dévoilement de la ‘awrah, il est interdit, qu'il attire l'attention ou non... Le tabarruj n'est pas la parure en soi ; il existe une parure ordinaire qui n'attire pas l'attention et qui est autorisée pour les femmes, et il existe une parure qui attire l'attention, appelée tabarruj, et le tabarruj est interdit. Le tabarruj se manifeste de deux manières :
La parure de la femme sur les parties autorisées de son corps, c'est-à-dire sur ses mains et son visage, ainsi que sur ses vêtements s'ils attirent l'attention.
La parure de la femme sur les parties non autorisées sans que la ‘awrah ne soit dévoilée, par exemple en se parant la jambe avec des bracelets de cheville, ou en se parant les bras avec certains bracelets, alors que la jambe ou le bras sont couverts. Si la femme fait un mouvement avec son pied ou sa main qui informe l'homme de la présence d'une parure sur sa jambe ou son bras, cela constitue du tabarruj, même si la jambe ou le bras sont couverts.
Quant à la parure sur les parties autorisées du corps de la femme, ou sur ses vêtements, si elle attire l'attention, elle constitue du tabarruj et est donc interdite. "Attirer l'attention" signifie que cette parure dans cette zone n'est pas habituelle, c'est-à-dire que lorsqu'elle passe devant des hommes avec cette parure, elle attire leur attention sur la féminité de cette femme. "Ne pas attirer l'attention" signifie que si la femme passe devant des hommes, l'aspect féminin ne vient pas immédiatement à l'esprit... Cette question relève de la vérification du contexte (tahqiq al-manat), et je ne pense pas que ce soit difficile. La masculinité et la féminité existent chez l'homme et la femme, et il est facile pour lui ou pour elle de percevoir si cette parure attire l'attention ou non, particulièrement pour la femme car elle sait si sa parure est ordinaire ou si elle attire l'attention des hommes...
Quant à la parure sur les parties non autorisées sans que la ‘awrah ne soit dévoilée, comme si la femme se parait les jambes avec des bracelets de cheville puis frappait ses pieds au sol en marchant pour produire un son et faire savoir à l'homme qu'il y a une parure sur sa jambe, c'est du tabarruj et c'est interdit... Ou comme si elle se parait les bras et mettait un bracelet puis bougeait sa main pour que l'homme sache qu'il y a une parure sur son bras... C'est du tabarruj, et c'est interdit même si la jambe ou le bras sont couverts.
Après cela, je commence à répondre aux détails de vos questions :
a- Concernant le fait de se parer les doigts des mains avec des bagues : s'il s'agit de bagues habituelles, elles n'attirent pas l'attention... Mais si elle porte par exemple une bague lumineuse, ou qui produit un son, ou d'une taille provocante, ou quelque chose de similaire... Cela attire l'attention et constitue du tabarruj... Il en va de même pour le port de chaussures lumineuses ou autres.
Quant au port d'un collier par-dessus le jilbab, cela n'est pas permis, qu'il attire l'attention ou non, car le but du jilbab est de cacher la parure interne sur sa ‘awrah. Ce collier est une parure pour le cou, et le cou fait partie de la ‘awrah qui doit rester cachée sous le jilbab. Si elle souhaite porter un collier au cou, qu'elle le place sous le jilbab. Quant aux bracelets sur l'avant-bras ou le bras, si elle bouge son avant-bras ou son bras et que des bruits de bracelets en sortent, révélant qu'il y a une parure sur son bras, c'est du tabarruj et ce n'est pas permis.
b- Le jilbab est le vêtement ample qui couvre la parure interne et les vêtements de dessous. Il n'est pas lui-même un lieu de parure, c'est pourquoi les décorations et les broderies sur celui-ci ne sont pas autorisées...
c- Le fait que la femme mette du khôl dans ses yeux n'attire pas l'attention car c'est à l'intérieur de l'œil, alors que si elle appliquait certaines couleurs sur ses cils ou sur la paupière, cela attirerait l'attention...
d- De même, si elle nettoie la peau de son visage en enlevant des taches ou quelques boutons, de sorte que le visage paraisse plus beau qu'avant mais ressemble toujours à un visage ordinaire, cela n'attire pas l'attention. Cependant, si elle applique des colorants (maquillage) sur le visage avec des couleurs saillantes, cela attire l'attention. Naturellement, l'environnement où vit la femme joue un rôle dans le fait d'attirer l'attention, comme vivre dans un village ou vivre dans une ville... L'important dans ce sujet est que la parure qui se présente d'une manière inhabituelle dans cette région et qui attire l'attention constitue du tabarruj.) Fin de la réponse précédente.
En conclusion, la femme sait généralement si la parure qu'elle porte attire l'attention des hommes ou non. Il n'est pas difficile de distinguer la parure qui attire l'attention de celle qui ne l'attire pas, et les femmes le savent par leur ressenti... Dans tous les cas, la musulmane pieuse s'éloigne non seulement du haram, mais aussi de ce qui contient une ambiguïté (shubha). Certains compagnons s'éloignaient de certains types de choses permises car elles étaient proches des zones interdites... Il est rapporté authentiquement que le Messager d'Allah ﷺ a dit :
لَا يَبْلُغُ العَبْدُ أَنْ يَكُونَ مِنَ المُتَّقِينَ حَتَّى يَدَعَ مَا لَا بَأْسَ بِهِ حَذَراً لِمَا بِهِ البَأْسُ
« Le serviteur n'atteindra pas le rang des pieux tant qu'il ne délaissera pas ce qui est inoffensif par crainte de tomber dans ce qui est préjudiciable. » (Rapporté par At-Tirmidhi qui a dit : c'est un hadith hassan).
J'espère que cette réponse est suffisante. Allah est le plus Savant et le plus Sage.
Votre frère Ata Bin Khalil Abu al-Rashta
30 Chawwal 1441 de l'Hégire Correspondant au 21/06/2020
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