Réponse à une question
Question :
Mohammed ben Salmane, le prince héritier saoudien, a conclu sa visite en France entamée le lundi 09/04/2018, et qui a duré deux jours jusqu'au 10/04/2018... Auparavant, il avait visité la Grande-Bretagne à partir du 07/03/2018 pendant trois jours, suivie d'une visite aux États-Unis du 20/03/2018 au 08/04/2018... Il a été reçu avec les honneurs réservés aux chefs d'État. Que se cache-t-il derrière ces visites ? Il est frappant de constater que ces visites concernent des parties aux intérêts divergents. Quel est le point commun entre elles ? Nous vous prions d'éclaircir cette question, et que Dieu vous récompense par le bien.
Réponse :
La visite principale et visée est celle effectuée aux États-Unis. Quant à la visite en Grande-Bretagne, il s'agissait d'une visite d'apaisement, car il avait entrepris des actions directes contre les agents des Britanniques en Arabie Saoudite... Quant à sa visite en France, c'était une visite en marge, destinée à créer un climat de notoriété pour Ben Salmane, en le présentant comme ayant visité les grandes puissances en Amérique et en Europe. Voici les détails :
Premièrement : La visite de Mohammed ben Salmane en Grande-Bretagne :
La visite de Mohammed ben Salmane en Grande-Bretagne a débuté le 07/03/2018 et a duré trois jours jusqu'au 10/03/2018. Comme mentionné précédemment, il s'agissait d'une visite d'apaisement envers la Grande-Bretagne. Mohammed ben Salmane est conscient que les Anglais possèdent des racines profondes au sein de la famille royale et que la Grande-Bretagne est capable de lui créer des ennuis... C'est pourquoi il s'est rendu en Grande-Bretagne pour instaurer une atmosphère de détente en proposant certaines incitations économiques, bien que mesurées et non excessives...
Cela est confirmé par le communiqué final, qui s'apparente à celui des visites ordinaires, avec des accords habituels formulés en termes généraux et imprécis, à l'exception de quelques promesses économiques. Par exemple, le communiqué final mentionne :
A/ Des généralités habituelles dans les communiqués de presse routiniers :
- Le Royaume-Uni confirme son soutien indéfectible à la "Vision 2030" de l'Arabie Saoudite et au programme de réformes économiques et sociales visant à diversifier l'économie... Le prince Mohammed ben Salmane et la Première ministre britannique Theresa May ont lancé mercredi le Conseil de partenariat stratégique annuel pour servir de mécanisme principal de dialogue régulier afin de renforcer tous les aspects de la relation bilatérale... L'Arabie Saoudite loue l'expertise et l'expérience du Royaume-Uni dans divers secteurs de l'éducation, de la maternelle à l'enseignement supérieur... L'Arabie Saoudite reconnaît l'étendue de l'expertise britannique dans le domaine de la santé... Le Royaume-Uni a salué l'importance de l'introduction réussie en bourse d'Aramco dans le cadre du plan de réforme saoudien... L'Arabie Saoudite a soutenu le statut de Londres en tant que centre financier mondial majeur... Le London Stock Exchange Group a convenu avec la bourse saoudienne "Tadawul" d'un programme de renforcement des capacités et de formation... L'Arabie Saoudite et le Royaume-Uni ont souligné l'importance de la relation en matière de défense et de sécurité... Les deux pays ont annoncé leur intention de concentrer leurs efforts sur la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme par l'échange d'informations... Les deux gouvernements ont signé un certain nombre de protocoles d'accord pour approfondir la coopération... Cela inclut la signature d'une déclaration d'intention concernant l'achat potentiel par le Royaume de 48 avions Typhoon supplémentaires... Les deux pays ont souligné la nécessité pour l'Iran de respecter les principes de bon voisinage dans la région et de ne pas s'immiscer dans les affaires intérieures des États...
B/ Certaines questions politiques et sécuritaires qui restent générales et non focalisées sur des solutions détaillées :
- Les deux pays ont souligné l'importance de parvenir à une solution politique à la crise au Yémen sur la base de l'initiative du Conseil de coopération du Golfe, des résultats du dialogue national yéménite et de la résolution 2216 du Conseil de sécurité... Les deux parties ont exprimé leur ferme soutien au nouvel envoyé spécial de l'ONU pour le Yémen, Martin Griffiths... Ils ont convenu de l'importance pour la communauté internationale de faire pression sur les milices Houthis pour permettre l'accès humanitaire sans entrave... Le Royaume-Uni a salué l'engagement continu de l'Arabie Saoudite à garantir que la campagne militaire de la coalition se déroule conformément au droit international humanitaire... Les deux pays ont réaffirmé leur engagement envers la solution à deux États, basée sur l'Initiative de paix arabe et les résolutions pertinentes de l'ONU.
C/ Certaines questions économiques visant l'apaisement, suite aux mesures de Ben Salmane contre les hommes des Anglais :
- L'Arabie Saoudite et le Royaume-Uni s'engagent dans un partenariat à long terme pour soutenir la Vision 2030, incluant l'évaluation des opportunités et des investissements mutuels par le biais du Fonds d'investissement public (PIF). On s'attend à ce que ces opportunités atteignent jusqu'à 100 milliards de dollars sur 10 ans, dont 30 milliards de dollars d'investissements directs visés par le PIF.
- Le Royaume-Uni et l'Arabie Saoudite ont salué un grand nombre d'accords commerciaux majeurs convenus lors de cette visite, qui devraient dépasser les 2 milliards de dollars.
Il est clair de tout cela que le but principal de la visite ne dépasse pas l'apaisement et la détente ; la majeure partie consiste en des paroles générales, à l'exception de quelques promesses économiques qui restent limitées et sans impact majeur.
Deuxièmement : La visite de Mohammed ben Salmane aux États-Unis d'Amérique :
Quiconque suit les visites de Ben Salmane en Amérique constate que l'Amérique façonne Ben Salmane sous ses yeux comme un serviteur obéissant... Elle l'humilie en face et il sourit, elle le ranceonne et il capitule. Voici les faits :
Dès que Salmane a pris le pouvoir après la mort de son frère Abdallah le 23/01/2015, il a pris des mesures rapides pour consolider son règne et celui de son successeur. Il a évincé son frère Moqrin ben Abdelaziz du poste de prince héritier (considéré comme proche des Anglais) et a nommé son fils Mohammed ben Salmane comme vice-prince héritier, lui confiant de nombreux pouvoirs. Il a écarté de nombreux membres de la famille rivaux ou loyaux aux Anglais, affichant une loyauté absolue envers l'Amérique... La deuxième étape a consisté pour les Américains à tester Ben Salmane et ses capacités, en le recevant à Washington le 15/03/2017 après l'investiture de Trump. Trump l'a reçu au plus haut niveau à la Maison Blanche. L'étape suivante, le 04/11/2017, visait à renforcer le pouvoir de Ben Salmane en rognant les ailes des agents des Anglais et autres, en les soumettant à son contrôle et en les humiliant sous prétexte de lutte contre la corruption, gelant leurs comptes et collectant, selon ses dires, 100 milliards de dollars. Aujourd'hui vient l'avant-dernière étape avec sa seconde visite à Washington pour renforcer son allégeance à l'Amérique et préparer son couronnement effectif comme roi dans un avenir proche... Ben Salmane a commencé ses visites à l'étranger en étant reçu comme un roi, comme ce fut le cas en Égypte le 04/03/2018 et en Grande-Bretagne le 07/03/2018 où il a été reçu par la Reine... Puis cette longue visite aux États-Unis vient confirmer cela. Trump y a d'ailleurs fait allusion en s'adressant à lui : "De grandes choses se sont produites depuis votre dernière visite à la Maison Blanche. Vous étiez le prince héritier, et maintenant vous êtes plus que le prince héritier." (Sputnik russe, 21/03/2018).
À peine Ben Salmane était-il arrivé à Washington qu'il a rencontré Trump le 20/03/2018, lequel a déclaré : "C'est un honneur de recevoir le prince héritier saoudien. Nous partageons une amitié et une relation très forte... Je vous ai rencontré en mai dernier lors de ma visite en Arabie Saoudite quand vous nous avez promis 400 milliards de dollars... L'Arabie Saoudite est un pays très riche et elle donnera à l'Amérique une partie de cette richesse, nous l'espérons, sous forme d'emplois et d'achat de matériel." Ben Salmane a répondu que "les piliers de l'amitié entre les deux pays sont solides... nous travaillons sur un plan d'investissement de 200 milliards de dollars qui pourrait atteindre 400 milliards." (CNN, 20/03/2018). Ainsi, l'Amérique rackette l'Arabie Saoudite et pille les richesses des musulmans par l'intermédiaire de dirigeants qui ont trahi le dépôt de confiance (Amana) et l'Oumma... Ce qui importe à Trump et aux Américains, c'est de pomper l'argent des musulmans via les Al Saoud qui proclament leur loyauté aux mécréants et leur alliance avec eux.
Trump a exhibé devant les caméras des panneaux placés contre la poitrine de Ben Salmane, montrant des dessins et des photos des armes que l'Arabie Saoudite va acheter à l'Amérique, énumérant les contrats et la valeur en milliards, en lui disant : "C'est de la monnaie de poche pour vous". Trump a ajouté : "Ces contrats créeront 40 000 nouveaux emplois (en Amérique)." (Sputnik russe, 21/03/2018). Il ne manquait plus que Trump mette une corde aux panneaux pour les suspendre au cou de Ben Salmane, comme pour lui dire : "Notre soutien dépend des sommes colossales que vous nous donnez et de votre exécution de nos ordres sans la moindre objection." Ce comportement était une humiliation pour Ben Salmane, qui y répondait par un sourire idiot, tandis que Trump agissait avec une insolence totale.
Durant sa visite, il a rencontré de nombreux responsables de l'administration et d'autres secteurs clés :
A/ Il a rencontré le secrétaire à la Défense Mattis et le chef d'état-major Dunford, leur confirmant sa loyauté : "Les défis d'aujourd'hui ne sont pas les premiers auxquels les deux pays font face. Nous affrontons un défi sérieux dans la région et dans le monde, que ce soit par les actions du régime iranien... ou les défis posés par les organisations terroristes." (Al-Wiam saoudien, 24/03/2024). Mattis a déclaré à Ben Salmane : "Nous devons également relancer de toute urgence les efforts pour une solution pacifique à la guerre civile au Yémen, et nous vous soutenons à cet égard." (Reuters, 22/03/2018). La question du Yémen est un dossier où l'Amérique n'a pas encore atteint ses objectifs finaux, et l'Arabie Saoudite, qui a effectué la mission pour le compte des États-Unis, est toujours dans une impasse.
B/ Il a accordé des entretiens à plusieurs journaux, avec des déclarations montrant son lien étroit avec l'Amérique :
Ben Salmane a déclaré au magazine américain Time le 31/03/2018 : "Nous pensons que les forces américaines doivent rester au moins à moyen terme, sinon à long terme... La présence américaine en Syrie est le seul moyen d'arrêter l'expansion de l'influence iranienne." Trump lui a répondu le 03/04/2018 : "Je veux ramener nos troupes à la maison... L'Arabie Saoudite est très intéressée par notre décision. J'ai dit : eh bien, si vous voulez que nous restions, vous devrez peut-être payer." (AFP, 03/04/2018). C'est ainsi que Trump poursuit sa politique de racket.
Il a également déclaré au magazine américain The Atlantic le 02/04/2018, en réponse à une question sur le droit du peuple juif à avoir un État-nation : "Je crois que chaque peuple, n'importe où, a le droit de vivre dans sa nation pacifique. Je crois que les Palestiniens et les (Israéliens) ont le droit d'avoir leur propre terre." (Al-Wiam, 03/04/2018). Ben Salmane n'a même pas caché sa trahison concernant la Terre Bénie, la terre du Voyage Nocturne et de l'Ascension (Al-Isra wal-Mi'raj)...
Sous couvert de divertissement, il a alloué un budget colossal. Le président de l'Autorité générale du divertissement a annoncé l'intention d'investir 64 milliards de dollars dans le secteur sur dix ans, incluant la construction d'un opéra, le premier depuis la fondation du Royaume (Al Arabiya, 22/02/2018).
Le Washington Post a rapporté le 24/03/2018 que sa mission principale en Amérique était de gagner la confiance des investisseurs américains et d'obtenir une aide technologique. Il a été question de la guerre au Yémen, du processus de paix au Moyen-Orient, de l'Iran et des réformes internes. Cela signifie que tous les dossiers de la région ont été ouverts devant lui pour qu'il sache comment les exécuter selon la volonté américaine : le plan de Trump pour le Moyen-Orient ("l'Accord du Siècle"), faire de l'Iran l'ennemi à la place de l'entité juive avec laquelle la paix sera conclue, et la laïcisation du pays.
Le site Arabi21 a rapporté le 29/03/2018, citant l' Independent britannique, que son programme incluait des rencontres avec des PDG de grandes entreprises, des politiciens et des magnats du pétrole, visant à établir des liens avec l'opinion publique américaine... Il a accordé un entretien à l'émission 60 Minutes sur CBS, se présentant comme un jeune réformateur audacieux. Il a également rencontré d'anciens responsables comme Kissinger, Bill Clinton, Hillary Clinton, Obama, John Kerry et David Petraeus...
En signe de soumission extrême, Ben Salmane a envoyé, en quittant les États-Unis pour la France, un message débordant de loyauté à Trump : "Monsieur le Président Donald Trump... il m'est agréable, alors que je quitte votre pays ami, d'exprimer à Votre Excellence mes profonds remerciements... Je saisis cette occasion pour louer à nouveau les relations historiques et stratégiques entre nos deux pays... souhaitant à Votre Excellence santé et bonheur, et au peuple ami des États-Unis progrès et prospérité continus."
Nous concluons sur cette visite en répétant ce que nous avons dit au début : Quiconque suit les visites de Ben Salmane en Amérique constate que l'Amérique façonne Ben Salmane sous ses yeux comme un serviteur obéissant... Elle l'humilie en face et il sourit, elle le ranceonne et il capitule.
Troisièmement : La visite de Mohammed ben Salmane en France :
La visite de Ben Salmane en France était une visite accessoire, en marge, pour lui donner une image internationale. Faute d'importance, elle a même manqué de routine diplomatique. Par exemple, il a annulé une visite à la Station F, un grand incubateur de start-up à Paris. Selon le journal La Tribune, Ben Salmane avait posé une condition qui a irrité Macron : il a précisé que les entreprises françaises ne pourraient bénéficier de contrats que si elles ne commerçaient pas avec l'Iran.
De plus, le "partenariat stratégique" tant vanté n'a pas été signé ; la signature a été reportée de huit mois jusqu'à la fin de l'année 2018. Or, les changements en politique internationale sont rapides, et les promesses à long terme sont rarement tenues. Macron devrait se rendre en Arabie Saoudite à la fin de l'année pour signer ces contrats.
Ce que le président français a annoncé relève davantage de l'espoir et du protocole nécessitant des négociations futures. L'Élysée a déclaré : "Nous espérons obtenir une nouvelle coopération, moins axée sur des contrats immédiats et plus sur des investissements pour l'avenir." (AFP, 05/04/2018).
Aucun contrat économique d'envergure n'a été signé durant cette courte visite de deux jours, ce qui a causé un certain embarras à l'Élysée. Une source diplomatique française a confié à France 24 que la France "ne court pas après les contrats commerciaux comme par le passé".
Malgré tout cela, un accord a bel et bien été conclu, et il correspond aux penchants de Ben Salmane : un accord pour la création d'un orchestre national et d'un opéra, et ce, sur la terre des Deux Lieux Saints (Haramain) ! La ministre française de la Culture, Françoise Nyssen, a annoncé que Paris aiderait Riyad à créer un orchestre et un opéra. Ben Salmane avait préparé cet accord en assistant, à titre privé le dimanche, à un concert de musique classique dans le sud de la France (AFP, 08/04/2018).
Ainsi, la visite n'avait aucune importance réelle en termes d'accords ou de contrats, à moins que l'on considère l'opéra comme une affaire d'importance — qu'Allah nous en préserve ! Cela était flagrant lors de la conférence de presse finale le mardi 10/04/2018. Les 19 protocoles d'accord signés, d'une valeur de 18 milliards de dollars, ne sont que des lettres d'intention concernant la pétrochimie, le traitement de l'eau, le tourisme et la culture. Même les accords avec Aramco visent surtout à développer les revenus de la raffinerie française.
Enfin, Macron et Ben Salmane ont évoqué lors de la conférence de presse des sujets routiniers comme l'Iran, l'accord nucléaire, la Syrie et le Yémen... sans toutefois proposer de véritable solution à ces problèmes !
Quatrièmement : Conclusion :
Nous réitérons donc : la visite visée était celle aux États-Unis. Quant à la visite en Grande-Bretagne, c'était une visite d'apaisement après les actions menées contre ses agents en Arabie Saoudite. Quant à la visite en France, elle était accessoire, destinée à polir l'image médiatique de Ben Salmane en tant que dirigeant fréquentant les grandes puissances occidentales.
Le 24 Rajab 1439 de l'Hégire
11/04/2018